XXXIIe Festival Flamenco de Nîmes (du 13 au 22 janvier 2022)

mercredi 24 novembre 2021 par Claude Worms

"El flamenco es de quien lo trabaja" (José Manuel Gamboa). Aussi le flamenco appartient-il por derecho au Festival Flamenco de Nîmes et à son public...

Le flamenco est un hôte généreux, qui naturalise les artistes qui le cultivent et les publics qui l’aiment sans leur demander ni carte d’identité ni certificat de "pureté". La programmation de la trente-deuxième édition du Festival Flamenco de Nîmes, conçue par François Noël et Chema Blanco est respectueuse de cette longue tradition d’ouverture d’un art qui, dès ses origines, a pratiqué avec génie le métissage culturel et générationnel. Les festivaliers y trouveront ample matière à découvertes (six jeunes artistes sont des nouveaux venus à Nîmes) et y pourront vérifier que le langage musical et chorégraphique du flamenco est si riche et plastique qu’il persévère dans son être par-delà les frontières géographiques (Chili, Ghana et Jamaïque via Londres et Canada seront à l’affiche) et stylistiques, du chant intemporel d’Inès Bacán à la musique électronique.

Rocío Molina et Yeray Cortés

Rocío Molina est déjà bien connue de nos lectrices et lecteurs et des habitués de Nîmes. En compagnie de Rafael Riqueni, elle y avait créé en 2020 le premier volet de sa "Trilogía sobre la guitarra". Avec Eduardo Trasierra et Yeray Cortés, elle y donnera cette année le deuxième, "Al Fondo Riela (lo otro de uno)", plus sombre et impétueux — jeudi 13 et vendredi 14 janvier, 20h, au Théâtre Bernadette Lafont. Yinka Esi Graves sera au contraire une magnifique surprise : "The disappering act" est une introspection chorégraphique sur la diaspora telle qu’elle est vécue par les femmes africaines, entre "résistance et invisibilité" — samedi 15 janvier, 18h, salle de l’Odéon ; avec Raúl Cantizano (guitare), Rosario Heredia (chant) et Remi Graves (batterie). Le même jour, le Théâtre Bernadette Lafont vivra à partir de 21h une première grande soirée de cante, avec Pedro "el Granaíno" et son guitariste attitré, Antonio de Patrocino Hijo. On sait que le cantaor est le créateur d’une synthèse originale de la manière de Camarón de La Isla et des compositions d’Enrique Morente. On sait moins qu’il possède cependant un style vocal unique et un engagement exceptionnel sur scène, qui lui permettent de livrer des versions personnelles du répertoire traditionnel.

Pedro "el Granaíno"

La journée festivalière du 16 janvier commencera à ’auditorium du Musée de la Romanité, à 16h, avec un concert acoustique de María Marín, chanteuse, guitariste et compositrice. Entre folk espagnol et flamenco (on ne naît pas impunément à Utrera), la musicienne séduit immédiatement par la limpidité de ses mélodies et la subtilité de ses harmonisations. Vous aurez ensuite juste le temps de vous précipiter au Théâtre Bernadette Lafont, pour ne pas manquer à 18h le spectacle "More (no) More" de María Moreno, que nous avions découverte à Toulouse en 2020 pour une autre création, intitulée "Yo bailo". Un baile si gracieux et spontané (on ne naît pas impunément à Cádiz) qu’il semble improvisé, même si bien sûr il n’en est rien : avec Óscar Lago, Juan Requena (guitare), Pepe de Pura et Ismael de la Rosa (chant), chaude soirée dominicale en perspective.

María Moreno

Le Théâtre Bernadette Lafont accueillera le 18 janvier, à 20h, un flamenco "grand spectacle" avec le Ballet Flamenco de Andalucía. Le titre, "El maleficio de la mariposa", renvoie à celui de la première pièce de Federico García Lorca. Encore !, objecterez-vous. En effet, mais... la chorégraphie est signée par Úrsula López et la direction musicale par Alfredo Lagos (guitare) et Juan Jiménez (saxophone). Trois signatures qui garantissent une pièce de haut vol, entre reconstitution historique du "baile de mujer" de l’époque et avant-garde.

Chloé Brûlé et Yinka Esi Graves

Les 19 et 20 janvier seront l’occasion d’admirer deux styles chorégraphiques singuliers. D’abord, au Théâtre Bernadette Lafont (20h), Marco Vargas et Chloé Brûlé, dont "Naufragio universal" nous avait enchanté en juin dernier au Festival Flamenco en Loire. Nous retrouverons sans doute avec "Los Cuerpos Celestes" leur univers onirique résolument inclassable — avec Yinka Yesi Graves, Gero Domínguez (danse) et Miguel Marín (musique). Le lendemain, salle de l’Odéon (18h) Florencia O’Z (chorégraphie et danse) et sa sœur Isidora O’Ryan (composition, violoncelle et chant) donneront une pièce en duo tout aussi rare, "Antípodas", épure poétique justement primée au dernier Festival de Jerez.

Florencia O’Z et Isidora O’Ryan

Inés Bacán est une cantaora comme il n’en existe plus guère, qui semble habiter un monde musical dont elle seule détient la clé. Comme son défunt frère Pedro Bacán, elle recrée sa maison sur scène, et y invite qui a la sensibilité et la réceptivité nécessaires pour y pénétrer. Il y faut de la concentration, mais elle vous sera rendue au centuple, tant Inés chante à chaque fois comme si "elle allait mourir le lendemain" (Maguy Naïmi) — cante introverti, mais non tout uniment tragique, certes hérité de la "casa de los Pinini", mais inlassablement revisité et recréé dès le premier temple. Elle sera accompagnée par Domingo Rubichi, dont le toque jerezano devrait lui insuffler le dynamisme rythmique qui lui fait parfois défaut — avec "Orígenes", chair de poule inévitable au Théâtre Bernadette Lafont, le 20 janvier, 20h.

Inés Bacán

En contraste total avec l’univers d’Inés Bacán (encore que...), la salle de l’Odéon sera vouée le 21 janvier à l’expérimentation sonore, en deux parties. Après "Nocturno" (Nîmes, 2019), Leonor Leal (danse) et Antonio Moreno (percussions) récidiveront à 19h avec ""En Talleres" : leur nouvelle création devrait abondamment documenter la recherche en cours de Corinne Savy sur la danse en tant que production sonore. A 21h, le "Visto en el Jueves" de Rocío Márquez et Juan Antonio Suarez "Canito" sera suivi d’une collaboration inédite entre la cantaora, Álvaro Romero (chant) et Toni Martín (musique électronique). Le lendemain, l’Odéon persévérera avec la musique composée par Miguel Marín pour la prochaine pièce d’Ana Morales, "Peculiar" (18h). Elle en donnera l’état actuel (d’où le sous-titre, "work in progress") avec Antonio Molina "el Choro" (danse), avant sa création à Nîmes en 2023.

Enfin, pour le concert de clôture, le Festival Flamenco de Nîmes donne carte blanche à Dani de Morón. Il sera seul avec sa guitare : c’est plus que suffisant pour une grande soirée de musique — le 22 janvier, 21h, au Théâtre Bernadette Lafont.

Dani de Morón

En marge des concerts et spectacles :

• Rencontres au bar du Théâtre Bernadette Lafont, à 1230 :

13 janvier : présentation du livre "Une introduction musicale au flamenco, par Corinne Savy et "un servidor".

14 janvier : entretien avec Pedro "el Granaíno", par José María Velázquez-Gaztelu.

16 janvier : présentation du livre "De la noche a la mañana", de et par José María Velázquez-Gaztelu.

18 janvier : "Comment rendre grâce au corps ? ", conférence par Alain Guyard.

20 janvier : entretien avec Álvaro Romero, par Chema Blanco.

21 janvier : entretien avec Dani de Morón, par José María Velázquez-Gaztelu.

22 janvier : entretien avec Rocío Márquez, par José María Velázquez-Gaztelu.

• Exposition :

"Flamenco 1962-1982 : Fotografías de Colita" — du 11 au 23 janvier, à la Galerie du Hall de Carré d’Art Jean Bousquet.

• Cinéma :

"Nueve Sevilla", de Pedro G. Romero et Gonzalo García-Pelayo — le 17 janvier à 19h, au cinéma Le Sémaphore.

• Master Class :

Leonor Leal : technique corporelle et bulería de Jerez — le 22 janvier, de 10h30 à 12h, au Studio de Danse du Théâtre Bernadette Lafont.

• "La Soleá, affluences et confluences" :

Pepe Linares dédicacera son livre le 19 janvier, à 11h, au restaurant La Marmite.

• "Les petits reporters de la Coletilla" :

Programme "Por derecho" animé par Cathia Poza : réalisation d’un documentaire sur le festival par les élèves de La Calandreta Aimat Serre, du Lycée Alphonse Daudet, du Lycée professionnel Voltaire et par les étudiants de l’Université de Nîmes.

Claude Worms





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