José Menese : "Renuevos de cantes viejos" / "Cantes para el hombre nuevo"

mercredi 1er avril 2020 par Claude Worms

José Menese : "Renuevos de cantes viejos" - LP RCA LSP-10417, 1970.

José Menese : "Cantes para el hombre nuevo" - LP RCA LSP-10447, 1971.

"Cuando yo le conocí vivían en una casa de miseria, no tenían luz eléctrica, se íluminaban con un candilito, todos durmiendo en una habitación. Eso, aunque no se diera cuenta, lo descubrío cuando llegó aquí (à Madrid. NDR.) Muchas letras las ha hecho él. Tiene mucha intuición. Yo las modifico. Quiero decir que no soy yo sólo el letrista ; las letras están hechas casi entre los dos". (Francisco Moreno Galván - cité par Génesis García Gómez, José Menese. Biografía jonda. Madrid, El País Aguilar,1996, page 138).

Dans le documentaire sur José Menese de Remedios Málvarez [1], Manuel Gerena - lui aussi né à La Puebla de Cazalla - définit ainsi le projet politico-musical commun à quelques jeunes cantaores (lui-même, Menese, Paco Moyano et Enrique Morente, entre autres) : "Nueva palabra al son del viejo cante". A partir de 1970, toutes les jaquettes des LPs de José Menese que nous vous proposons dans cette série reproduisent l’intégralité des letras - une pratique courante de la discographie flamenca actuelle, mais rare à l’époque. De plus, le portrait rituel du cantaor disparaît, remplacé par des œuvres de Francisco Moreno Galván. Dès cet époque, Menese est passionné par les arts plastiques, et fréquente des artistes issus du collectif "El Paso" (1957-1960), parmi lesquels figurent Rafael Canogar, Luis Feito, Juana Francés, Manuel Millares, Manuel Rivera, Antonio Suárez, Antonio Saura, Manuel Viola (peintres), Manuel Chirino et Pablo Serrano (sculpteurs). A Paris, à l’occasion de son concert à l’Olympia en 1974, il rencontre le peintre chilien Roberto Matta qui lui dédie et lui offre deux œuvres : l’une décrit l’évolution de sa voix por siguiriya, et l’autre est intitulée "Los Estados de América contra Allende"...

Outre l’intérêt de José Menese pour l’avant-garde picturale, cette conception originale du disque de flamenco reflète sa volonté d’unir en un seul objet la musique, la poésie et la peinture - d’exprimer la "voz del pueblo" au présent et comme une expression artistique à part entière, avec la dignité qui lui convient. S’il n’oublie pas d’où il vient et entend s’adresser autant à sa classe [2] qu’à l’intelligentsia progressiste, il le fait en refusant tout ce qu’il considère comme des concessions au divertissement. Pour lui, la vérité du cante (sa "pureté") est le tragique de combat, pour les textes comme pour l’interprétation ; Il appliquera progressivement les univers émotionnels des tonás, siguiriyas et soleares aux palos traditionnellement plus récréatifs, tels le garrotín ou la guajira. D’une certaine manière, il reste mairéniste en ce qu’il considère que les "cantes básicos" sont intangibles - il vivra très mal les expérimentations du "nuevo flamenco". Mais il s’émancipe de la doxa par sa tentative de transformation de la totalité des palos du répertoire en "cantes jondos", au sens d’expressions d’une Andalousie tragique, allergique à tout ce qui pourrait évoquer le "fiesta" ou "el artisteo". Au fond, son modèle est moins Antonio Mairena que Juan Talega : "El cante por soleá ya no es igual, es un cante dulce, pero ha habido quien sin proponérselo,, como Tomás (Pavón. NDR) Manuel Torres o Juan Talega han metido en la soleá el drama de la siguiriya, como cuando el gañán va arando y abriendo un surco" (García Gómez. Ibid. page 223). Le 22 mai 1970, il organise au théâtre de La Zarzuela (Madrid), en son honneur et à son bénéfice, un concert dont l’affiche fait rétrospectivement rêver : Camarón de La Isla, les trois frères Mairena (Antonio, Curro et Manuel), El Lebrijano, José Menese, Enrique Morente, Rafael Romero et Juan Varea pour le chant ; Manuel Cano, Paco de Lucía, Perico "el del Lunar", Melchor de Marchena et Niño Ricardo pour la guitare ; Merche Esmeralda, Miguel Funi, Tomás Torre, Paco Valdepeñas et Alejandro Vega pour la danse.

A Madrid, le public de José Menese est essentiellement formé d’étudiants et d’intellectuels. Il fait figure de chef de file du flamenco de combat, social et, de plus en plus, politique. De ce point de vue, le concert du Colegio Mayor San Juan Evangelista (el "Jony") du 19 novembre 1972 a valeur de manifeste. A part José Menese lui-même, aucun des artistes présents n’avait jamais été confronté à une audience aussi exclusivement universitaire : Camarón de La Isla, Fosforito, El Lebrijano, Pepe de Lucía (chant), Paco Cepero, Juan Habichuela, Manolo Sanlúcar (guitare) et Merche Esmeralda (danse). Le "Jony" programmera ensuite la plupart des jeunes cantaores de même tendance, dont Enrique Morente, Manuel Gerena et Carmen Linares, qui se souvient encore du soir où Menese lança un vigoureux "¡Viva Mao !" en guise de jaleo... S’il multiplie les récitals dans les facultés et les centres culturels, José Menese est tout aussi présent dans les usines, les spectacles bénévoles pour diverses causes, les meetings du PCE... et les festivals andalous - à commencer naturellement par la "Reunión de Cante Jondo" fondée à son initiative en 1968, et la premier à se terminer par une rituelle "ronda" de martinetes et tonás.

Un succès aussi universel fait de lui la cible de critiques acerbes, venues à la fois de la gauche révolutionnaire et des milieux réactionnaires. Pour les uns, il est coupable de s’adresser à - et de recherche le soutien de - l’intelligentsia bourgeoise progressiste ; pour les autres, de dénaturer le cante en y introduisant des thématiques politiques qui lui seraient étrangères. Adressées à un artiste aussi écorché vif et déterminé à défendre son honneur de militant et de cantaor (honneur et dignité sont des termes qui reviennent aussi souvent dans ses interviews que les mots vérité et liberté), de telles attaques ne pouvaient que déclencher de virulentes ripostes. D’une part, les letras des albums des années 1970 reflètent de plus en plus ses combats personnels : "Hablando y hablando / se ensañan conmigo / por esas esquinas / estoy en candelero / Con tanta palabrería / están tirando por tierra / el crédito que yo tenía" - "Tiros al aire, tiros al aire / que el toro que anda suelto / no hay quien lo amarre" - "He oído muchos cantaores / que era un gusto el escuchar / más no quieren opinar / y se divierten cantando / Pero yo canto opinando / que es mi modo de cantar". D’autre part, dans les albums des années 1960, les letras socialement contestataires étaient mêlées dans une même suite de cantes à d’autres thématiques plus traditionnelles, et faisaient en général allusion à des situations concrètes vécues à La Puebla - cf. "Cantes de José Menese". A partir de "Renuevos de cantes viejos" et plus encore de "Cantes para el hombre nuevo", elles sont formulées de manière plus universelle et politique ("Señor que vas a caballo / y no das los buenos días / si el caballo cojeara / otro gallo cantaría" - "Las lindes del olivar / son anchas pa los don mucho / y estrechas pa los don ná"), voire à la manière de slogan ("Guerrillero, guerrillero / qué bien me suena tu nombre..." - "O la libertad o la muerte / es preciso conquitar..., et constituent parfois la totalité des textes d’une pièce musicale - marianas et tangos de Málaga (cantes del Piyayo) dans chacun de ces deux albums (cf. ci-dessous, "letras").

Claude Worms

[1] Remedios Malvárez : "Menese", Producciones Singulares. Très beau documentaire. Avec les témoignages de : son épouse, Encarnación Gil ; ses fils Diego et Francisco Meneses ; le peintre Patricio Hidalgo ; le photographe Pepe Lamarca ; les cantaores Calixto Sánchez et Manuel Gerena ; le guitariste Antonio Carrión ; les critiques et/ou aficionados Fernando Guerrero, Pepe "el Cachas", Miguel Nuñez et Manuel Martín Martín. On pourra également y voir des interprétations de classiques de José Menese par trois cantaoras actuelles : Laura Vital ("No te desveles" - nana), Rocío Márquez ("Empezaron los cuarenta" - rondeña) et Rosario "la Tremendita" ("Cayó al suelo una paloma" - farruca).

[2] Il adhère au PCE en 1968 et ne reniera jamais son engagement .

A écouter sur Flamencoweb - 1976, Paris : entretien avec José Menese, Francisco Moreno Galván et Enrique de Melchor + enregistrement du concert de José Menese et Enrique de Melchor à l’Olympia.

Homenaje a José Menese

Letras

Renuevos de cantes viejos

"Cuando llegara el momento" (marianas) :

"Cuándo llegará el momento / que las agüitas vuelvan a su cauce, / las esquinas con sus nombres : / ni reyes ni roques, ni santos ni frailes. / A la dina dana.

Borrico de noria, / vuelta y más vueltas este borriquito ciego, / pero no deja la orilla, / mare de mi alma /del río revuelto. / A la dina di.

Ya las tormentas pasaron / las torrenteras están como laguna / serena laguna y siguen pescando.

Tú no pierdas hermano la esperanza / que el mañana llegará / que donde hubo candela /rescoldito queda / y humo saldrá.

Alza la vela y arriba el limón. / Matita de romero verde, / ¡ ay ! huele que huele / si el romero no florece, / carne de mi carne, / se muere, se muere."

"En tierra de los Parrales" (deux derniers cantes : romera et cantiña del Pinini) :

"Ya viene la guardia, madre, / qué pasa en la esquina el Poyo, / llevan las capas al vuelo / y los fusiles al hombro.

Tiros al aire, / que el toro que anda suelto / no hay quien lo amarre.

Con mucho jumo llegaron / y van saliendo de allí / enfilados como si fueran / la camá de una perdiz."

Cantes para el hombre nuevo

Yo vengo a cantar mis pesares" (tangos del Piyayo) :

"¡ Ay ! Yo vengo a cantar mis pesares / a contar mis alegrías. / Lástima que puedan más / que estas sangrientes partías / las penas de cada cual.

¡ Ay ! Debiera contar cada uno / como cada uno va viviendo, / sus pasos en esta feria / y según le fueran yendo.

¡ Ay ! Esta tierra me parió, / en estos aires naciera, / por eso tengo derecho / de respirarlos siquiera.

¡ Ay ! Que toítos nos estamos viendo / como pajaros en bandada, / porque allí donde no hay pan, / unos detrás de los otros / hasta los perros se van.

¡ Ay ! Por tierras desconocidas / pasan fatigas y suores, / la tierra donde han nacido / pa cotos de cazaores.

¡ Ay ! Yo creí que el sol salía / a todo el mundo calentando, / y ahora veo que le va dando, / según la experiencia mía / a algunos calor todo el día / y a muchos de cuando en cuando.

¡ Ay ! Parece que el pueblo es suyo / y el que se encuentre se coma, / en cuanto en la calle asoma / ’ablanda viento de Pata’ ; / que no olvida que el que mata / que donde las da las toma."

"Ni dolor sentía" (dernier cante - cabal de Silverio Franconetti) :

" ¡ Ay ! Qué buena la tierra / si hubiera otro amo. / Como yo andaba a salto de mata / ¡ Ay ! me fui por otro pago."

"Así donde va la mar" (dernier cante - toná) :

"Que no me vengan a mí / con blasones ni linajes, / porque todo el que quiera gloria / ¡ Ay ! de honra y sangre que la gane."

Programme des disques

"Renuevos de cantes viejos" - José Menese (chant) / Melchor de Marchena (guitare) / Enrique de Melchor (seconde guitare - bulerías et cantiñas)

NB : la version des marianas a été enregistrée pour la télévision espagnole, avec le guitariste Manolo Brenes. Elle est similaire à celle du disque, trop usée par trop d’écoutes...

"Hablando y hablando"
"El limón es amarillo"
"Así la candela"
"Estoy como un alma en pena"
"Cuándo llegará el momento"
"En tierra de los Parrales"
"El viento a favor"
"Ni dolor sentía"

"Hablando y hablando" (tientos) / "El limón es amarillo" (soleares)/ "Así la candela" (siguiriyas) / "Estoy como un alma en pena" (bulerías) / "Cuándo llegará el momento" (marianas) / "En tierra de los Paralles" (cantiñas) / "El viento a favor" (Soleares de La Serneta) / "Ni dolor sentía" (siguiriyas)

"Vengo a cantar mis pesares" (tangos de Málaga)
"Miraba de trecho en trecho" (soleares)
"Cuando tú me miras" (tientos)
"Así va la mar" (martinetes)
"Del monte los Pedernales" (polo)
"Mis penas las llevo yo" (tangos de Pastora)
"Fue un gran dolor" (malagueñas)
"De mal en peores" (siguiriyas)

"Cantes para el hombre nuevo" - José Menese (chant) / Parrilla de Jerez (guitare - tangos de Málaga, soleares, polo, tangos de Pastora) / Manolo Brenes (guitare - tangos de Málaga, tientos, malagueñas, siguiriyas)

"Vengo a cantar mis pesares" (tangos del Piyayo) / "Miraba de trecho en trecho" (soleares) / "Cuando tú me miras" (tientos) / "Así donde va la mar" (martinete et tonás) / "Del monte los Pedernales" (polo et soleá apolá) / "Mis penas las llevo yo" (tangos de Pastora Pavón "Niña de los Peines") / "Fue un gran dolor" (malagueñas del Perote et de Antonio Chacón) / "De mal en peores" (siguiriyas)


"Hablando y hablando"
"El limón es amarillo"
"Así la candela"
"Estoy como un alma en pena"
"Cuándo llegará el momento"
"En tierra de los Parrales"
"El viento a favor"
"Ni dolor sentía"
"Vengo a cantar mis pesares" (tangos de Málaga)
"Miraba de trecho en trecho" (soleares)
"Cuando tú me miras" (tientos)
"Así va la mar" (martinetes)
"Del monte los Pedernales" (polo)
"Mis penas las llevo yo" (tangos de Pastora)
"Fue un gran dolor" (malagueñas)
"De mal en peores" (siguiriyas)

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