Mario Escudero : "Mario Escudero and his flamenco guitar" / "Niño de Alicante plays spanish dances"

mardi 5 mai 2020 par Claude Worms

Mario Escudero : "Mario Escudero and his flamenco guitar" - LP Montilla FM 57, 1956.

Mario Escudero : "Niño de Alicante plays spanish dances. Arranged by Mario Escudero" - LP Folkways FW 08829, 1959.

"Mario Escudero and his flamenco guitar" est le deuxième disque produit par le guitariste en tant que soliste (cf. ci-dessous). Il doit cette opportunité au succès qu’obtiennent ses intermèdes au cours des spectacles de Vicente Escudero, notamment celui du 30 octobre 1955 à Carnegie Hall. Récemment installé aux USA, il était depuis une dizaine d’années l’un des accompagnateurs du baile de référence en Espagne, et avait déjà travaillé avec Carmen Amaya, Regla Ortega, Rosario y Antonio, José Greco etc. On retrouve ici son expérience de l’accompagnement du baile dans les siguiriyas (avec quelques citations de Javier Molina cependant), les sevillanas, les fandangos de Huelva, et surtout les alegrías, conçues selon les codes chorégraphiques du genre, avec force escobillas et final canonique (castellana, ida et bulería). Notons cependant le trémolo emprunté à Niño Ricardo et surtout l’une de ses premières falsetas personnelles enregistrées pour ce palo, qui deviendra l’une des ses signatures (de 1’43 à 2’01). Le toque a cuerda pelá (en picado) qu’il utilise tout au long des sevillanas et des fandangos de Huelva, et pour figurer le cante à la fin de la granaína (ligados multiples à valeur de mélismes) est typique du style standard des guitaristes des années 1930-1940.

Le premier maître de Mario Escudero fut Ramón Montoya, qu’il avait côtoyé au Villa Rosa madrilène, et qui l’avait désigné comme "le meilleur guitariste" de sa génération. La soleá (avec des passages por caña) et la granaína sont des relectures des classiques enregistrés par Montoya en 1936. Mais Mario Escudero a ensuite étendu ses références à trois autres guitaristes-compositeurs, auxquels il ne manque pas de rendre hommage : Estebán de Sanlúcar ("Mantillas de feria"), Niño Ricardo ("Almoradi" et la falseta en arpèges des fandangos) et, très récemment à l’époque, Sabicas (le picado sur les deux cordes graves et les arpèges au début de la siguiriya).

Mais le grand talent du compositeur affleure déjà dans ce disque. D’une part, après une entrée en matière héritée de Ramón Montoya, dans la deuxième partie des guajiras ("Para Amina", dédié à sa fille), avec ses variations modulantes sur un thème mélodique. D’autre part et surtout, avec le zapateado "Repiqueteos flamencos", qui le rendit célèbre à juste titre, et qu’il reprendra d’ailleurs pour ABC en 1961. Même si Estebán de Sanlúcar avait déjà composé une œuvre de grande qualité pour ce genre ("Perfil flamenco"), on peut affirmer que le "zapateado de concert" est né avec ces repiqueteos. Tous les guitaristes postérieurs devront désormais composer leur(s) zapateado(s), à commencer par Víctor Monge "Serranito" ("Planta y tacón", 1966), Manolo Sanlúcar ("Los caireles", 1969) et Paco de Lucía ("Percusión flamenca", 1972), tous incontestablement débiteurs de la pièce de Mario Escudero (comme de la deuxième partie de "Para Amina").

Le premier disque en solo de Mario Escudero lui avait été commandé par Moses Asch (Varsovie, 1905 - New York, 1986), fondateur de "Asch Records" devenu Folkways Records en 1948 - "Flamenco played by Mario Escudero", LP 25 cm Folkways FP 920, 1955. Moses Asch était l’un des chefs de file du "folk revival", dont Mario Escudero fréquentait régulièrement les réseaux à Greenwich Village. Le label étendait à l’époque ses productions aux musiques populaires latino-américaines, même s’il restait spécialisé dans le folk et le blues : Leadbelly, Big Bill Broonzy, Lightnin’ Hopkins, Snooks Eaglin, Dock Boggs, The Carter Family, Elisabeth Cotten, Woody Guthrie, Cisco Houston, Peete Seeger, Charles Ives, John Lomax etc. Mario Escudero récidive en 1959 sous son autre nom de scène, Niño de Alicante, avec "Niño de Alicante plays spanish dances".

Comme son titre l’implique, l’album est plus encore consacré à l’accompagnement du baile que le précédent, mais cette fois, paradoxalement, sans castagnettes ni danse - sans doute une exigence du producteur, soucieux d’"authenticité". On n’y trouvera donc pas les innovations du disque précédent. La comparaison entre les deux zapateados est éclairante : "Zapateado flamenco" est strictement conçu selon les codes du baile, "campanas" rallentando comprises. C’est le cas également des alegrías, des verdiales, des sevillanas, de la farruca (cette fois sans aucune citation de Niño Ricardo) et des fandangos de Huelva, après l’introduction en arpèges. A tel point que l’on pourrait recommander prioritairement l’étude de cet enregistrement à qui voudrait s’initier à l’accompagnement du baile traditionnel - ce qui ne signifie pas que l’exécution de ces pièces est facile : la précision des combinaisons rasgueados/golpes, par exemple, n’est pas à la portée du premier guitariste venu (farruca, fandangos de Huelva, zapateado).

Nous retrouvons pour tous ces palos la prédominance du jeu "punteado" ("a cuerda pelá") - attaque butée du pouce et picado -, ce dernier, combiné aux ligados, étant là encore utilisé pour figurer le chant dans les malagueñas (cante de Enrique "el Mellizo"). Mais même cette "fiesta malagueña" renoue dans sa deuxième partie avec les malagueñas de baile façon XIXe siècle, avant de conclure por verdiales. Si les falsetas classiques de Ramón Montoya sont bien évoquées dans la soleá, les compases en rasgueados propres à l’accompagnement de la danse y sont beaucoup plus développés que dans le disque précédent. Les siguiriyas justifient leur titre, "Jerezana", par un hommage marqué aux falsetas de Javier Molina ("las campanas" et falseta en Ré mineur) et aux phrasés de Perico "el del Lunar". Le titre du tanguillo cite le premier vers de "No me digas que no", écrit par Rafael de León et mis en musique par Manuel Quiroga. L’arrangement de Mario Escudero est parfaitement respectueux de la partition originale (cf. la version de María Dolores Pradera : No me digas que no"). Enfin, la granaína, dès son introduction en rasgueados, rappelle plus la version gravée par Luis Yance pour Brunswick Records (BR 41198, 1930) que celle de Ramón Montoya pour la Boîte à Musique (1936).

Claude Worms

Programme des disques

"Piropo a la soleá"
"Para Amina"
"Sevillanas"
"Brisas del Genil"
"Ritmos gaditanos"
"Mantillas de feria"
"Ya ríe la seguidilla"
"Repiqueteos flamencos"
"Fantasia onubense"
"Almoradi"

"Mario Escudero and his flamenco guitar"

"Piropo a la soleá" / "Para Amina" (guajira) / "Sevillanas" / "Brisas del Genil" (granaína) / "Ritmos gaditanos" (alegrías) / "Mantillas de feria" (Estebán de Sanlúcar) / "Ya ríe la seguidilla" (siguiriyas) / "Repiqueteos flamencos" (zapateado) / "Fantasia onubense" (fandangos de Huelva) / "Almoradi" (farruca - Manuel Serrapi "Niño Ricardo")

"Salinera gaditana"
"Serranía"
"Jerezana"
"A la vera del agua"
"Fiesta malagueña"
"Patio sevillano"
"El bailaor"
"Cordobesa"
"Huelvanas"
"Zapateado flamenco"
"Ecos granadinos"

"Niño de Alicante plays spanish dances. Arranged by Mario Escudero"

"Salinera gaditana" (alegrías) / "Serranías" (verdiales) / "Jerezana" (siguiriyas) / "A la vera del agua" (tanguillo - Manuel Quiroga)/ "Fiesta malagueña" (malagueñas) / "Patio sevillano" (sevillanas) / "El bailaor" (farruca) / "Cordobesa" (soleá) / "Huelvanas" (fandangos de Huelva) / "Zapateado flamenco" / "Ecos granadinos" (granaína)


"Piropo a la soleá"
"Para Amina"
"Sevillanas"
"Brisas del Genil"
"Ritmos gaditanos"
"Mantillas de feria"
"Ya ríe la seguidilla"
"Repiqueteos flamencos"
"Fantasia onubense"
"Almoradi"
"Salinera gaditana"
"Serranía"
"Jerezana"
"A la vera del agua"
"Fiesta malagueña"
"Patio sevillano"
"El bailaor"
"Cordobesa"
"Huelvanas"
"Zapateado flamenco"
"Ecos granadinos"




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