Niño Ricardo (14) et Melchor de Marchena : "Aires de Triana" (bulerías) & "Bulerías sobre motivos de Los Piconeros"

mardi 2 janvier 2024 par Claude Worms

Transcription de toutes les falsetas (uniquement les parties de Niño Ricardo) des deux compositions de Niño Ricardo et Melchor de Marchena.

Ces deux bulerías enregistrées par Niño Ricardo et Melchor de Marchena sont archétypales de la première période d’évolution du palo vers sa codification actuelle. Leur date d’enregistrement reste incertaine. Dans deux de ses livraisons, le site web Flamendro Sociedad Pizarras, dont nous vous conseillons chaudement la fréquentation, donne successivement 1936, puis 1940, pour "Aires de Triana". Nous pencherions plutôt pour 1940, date donnée pour "Bulerías sobre motivos de Los Piconeros", parce qu’il semble que les deux pièces aient été enregistrées au cours d’une même séance. D’une part parce que l’accord approximatif des guitares est identique : un peu au-dessus ou au-dessous du La 440 (d’où notre mention : capodastre à la troisième ou à la quatrième case). D’autre part, parce que le couplage des deux faces des deux 78 tours est identique et que les numéros de matrice sont cohérents : “Bulerías sobre motivos de Los Piconeros" / "Recuerdo a Sevilla. Serenata", solo de Ricardo (Odeón 203560 — SO 8898 / SO 8896) "Aires de Triana" / "Almoradí", solo de Ricardo (Odeón 203641 — SO 8897 / SO 8895). Enfin, "Los Piconeros" est une canción española composée par Juan Moztazo et Ramón Perello, chantée par Imperio Argentina pour le film Carmen La de Triana de Florián Rey, sorti en 1938. Deux enregistrements de 1940, par Enrique Rodríguez y su Orquesta et par Concha Piquer, qui la sous-titre "Bulerías del Siglo XVIII", attestent sa popularité.

Quoi qu’il en soit, les deux compositions sont marquées par la systématisation de trois caractéristiques de la bulería "moderne", développées par Manolo de Huelva et Niño Ricardo pour l’accompagnement des cuplés por bulería (essentiellement avec Pastora Pavón "Niña de los Peines", Manuel Vallejo et Canalejas de Puerto Real) que l’on ne trouve que sporadiquement chez leurs illustres prédécesseurs, tels Ramón Montoya, Miguel Borrull père et fils ou Luis Molina :

• pour les compases en rasgueados, alternance (hémiole : croche = croche) 6/8 (temps 12 à 5) / 3/4 (temps 6 à 11) et placement de l’accord de tension sur le troisième temps (dominante pour les tonalités majeures et mineures, deuxième degré pour les tonalités flamencas).

• attaque fréquente des falsetas sur le temps 12, et non sur le temps 1, comme c’était plutôt l’usage auparavant. Il faut peut-être y voir l’influence de l’accompagnement des cuplés, que les falsetas en picado paraphrasent fréquemment : leurs compositeurs ont tendance à placer la première note mélodique sur le premier temps de la mesure (sauf anacrouse) à éviter les attaques acéphales courantes chez leurs confrères flamencos.

• structuration des falsetas par medios compases de 6 temps (temps 12 à 5 / temps 6 à 11), binaires ou ternaires. C’est ce qui explique la fréquence des notes conclusives sur le temps 6, le compás de 12 temps étant complété par un "cierre" en rasgueados jusqu’au temps de conclusion canonique, le temps 10 — Niño Ricardo remplace souvent les rasgueados par des notes répétées en triolets de doubles croches ou en triples croches, sans doute pour ne pas rompre le flux mélodique.

Nous nous sommes limité à transcrire la voix la plus aigüe, qui est vraisemblablement la partie de Niño Ricardo, du moins nous semble-t’il : par le style et parce que le duo respecte sans doute la hiérarchie flamenca — Niño Ricardo est le plus ancien dans le métier et donc le "patron". La plupart des falsetas sont construites en deux parties : énoncés mélodiques (répétés ou non) suivis d’un "remate" sur gammes descendantes en notes conjointes — le tout en picado, presque exclusivement.

La transcription d’"Aires de Triana" ne pose pas de problèmes particuliers, si ce n’est quelques notes couvertes par la seconde guitare, que nous nous sommes efforcé de deviner.

Tel n’est pas le cas de "Bulerías sobre Motivos de Los Piconeros", le brouillard sonore y étant nettement plus impénétrable. Les accords de ponctuation en rasgueados apparaissent en arrière-plan, et sont donc peut-être joués uniquement par Melchor de Marchena, moins présent que dans "Aires de Triana". Nous les avons cependant insérés dans la partition, de manière à ce que la pièce soit jouable en solo — l’accord de Am en demi-barré V (page 11, dernier système) n’existe pas dans l’enregistrement. D’autre part, les conclusions de l’introduction et de la première falseta sont hors compás : elles sont placées sur le temps 12 et non sur le 10, sans doute parce que les deux guitaristes sont influencés par la carrure de la chanson d’origine. Il est aisé d’y remédier. Pour la première falseta, il suffit d’écourter la durée du Do placé sur le temps 6, page 5, premier compás (cf. schéma sur la partition). Pour l’introduction, après le La placé sur le temps 6, page 3, deux solutions : soit remplir en rasgueados (accord de A) jusqu’au temps 10 ; soit développer la gamme en picado jusqu’au temps 10 (vous en trouverez un exemple, parmi beaucoup d’autres possible, à la fin de la partition, page 12).

La fin de l’enregistrement est pour le moins étrange, avec trois fois du même schéma : après trois accords martelés sur les temps 12 à 2 (Am/C - E7/B - Am/C), Niño Ricardo semble improviser plus ou moins adroitement à partir de cellules mélodiques extraites des falsetas précédentes, surtout de la deuxième. Ce pourrait être la conséquence des aléas des conditions d’enregistrement de l’époque : une prise, et c’est dans la boîte. A la fin de la cinquième falseta, la durée de la bulería étant insuffisante pour remplir décemment une face de 78 tours, on imagine les gestes péremptoires de l’ingénieur du son, sur le mode "encore, encore" !, Niño Ricardo reprenant tant bien que mal sa machine à picado et Melchor de Marchena s’accrochant comme il peut (il semble de plus en plus assuré à chaque répétition) — c’est aussi souvent la cas des postludes de guitare : un cante étant trop court, mais deux étant trop longs, le guitariste était chargé du remplissage final. Nous nous sommes donc contenté de transcrire ce que nous avons pu (ou cru) entendre de la deuxième occurrence, la plus claire (de 2’03 à 2’35).

Claude Worms

Compositions de Niño Ricardo disponibles sur Flamencoweb :

"Caí calorri" (tientos)

"Variaciones por granadinas"

"Almoradi" (farruca)

Un cours particulier avec Niño Ricardo

Sept falsetas por fandango

"Seguiriyas en La" / "Rosa flamenca" (zapateado)

"Rosa flamenca" (alegría) / "De Chiclana a Caí" (alegría)

"Fantasía minera (taranta)

"Aires gaditanos" (bulerías)

"Recuerdo a Sevilla" (serenata) / "Sevilla es mi tierra" (soleá)

"Espeleta" (alegría)

"Gitanería arabesca" (zambra)

"Rocieras mañaneras" (alegría)

Transcriptions (Claude Worms)

"Aires de Triana" (bulerías)
"Aires de Triana" (bulerías)
"Bulerías sobre motivos de Los Piconeros"
"Bulerías sobre motivos de Los Piconeros"

"Cai calorri" (tientos)
"Aires de Triana" (bulerías)
"Aires de Triana" (bulerías)
"Bulerías sobre motivos de Los Piconeros"
"Bulerías sobre motivos de Los Piconeros"




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