vendredi 27 décembre 2019 par Claude Worms
Transcriptions intégrales de sept compositions de Manuel Cano : "BulerÃas del Anda Jaleo" / "Canción albaicinera" / "El Café de Chinitas" / "Nana de Sevilla" / "Tres morillas" / "El Vito" / "Zorongo".
Colección de tonadas populares - LP Hispavox HH 10376, 1970
Manuel Cano Tamayo "Manuel Cano" (Grenade, 1925-1990) fut à la fois l’héritier d’une longue tradition et un précurseur. Comme ses compatriotes et prédécesseurs Francisco RodrÃguez "Murciano", Manuel Jofré ou à ngel Barrios, il puisa son inspiration dans la totalité du répertoire vernaculaire andalou - folklorique et flamenco -, perpétuant ainsi l’Å“uvre de guitaristes-compositeurs de la seconde moitié du XIXe siècle (Julián Arcas, Tomás Damas, Juan Parga et Rafael MarÃn notamment).
Comme se contemporains Sabicas et Mario Escudero, il opta rapidement pour une carrière de concertiste, qu’il mena essentiellement hors d’Espagne, sans toutefois émigrer comme eux - ce qui ne l’empêcha pas de pratiquer assidà »ment l’accompagnement du cante, pour des artistes de premier plan tels Manuel Celestino "Cobitos", Curro de Utrera, Antonio Mairena, Naranjito de Triana, José Menese et Carmen Linares. Amateur passionné autant que musicien, il collectionna les 78 tours incunables et les guitares, dont il fit généreusement profiter les aficionados. A une époque où ils étaient inaccessibles, son livre pionnier sur la guitare flamenca était accompagné d’enregistrements restaurés de Juan Breva, Manuel Centeno, Antonio Chacón, "Chaconcito", Cojo de Málaga, Niño Gloria, Niño de La Isla, Niño Medina, Cayetano Muriel "Niño de Cabra", Pastora Pavón "Niña de los Peines", Sebastián Muñoz "el Pena", José Muñoz "Pena hijo", Antonio Rengel, Manuel Torres et Diego Bermúdez "el Tenazas". (CANO, Manuel. La guitarra : Hhstoria,estudios et aportaciones al arte flamenco. Cordoue, Universidad de Córdoba, 1986 - réédition : Séville, Ediciones Giralda, 2006). Sa collection de guitares a fait l’objet de la création à Tokyo d’une "Fondation Manuel Cano", où les guitaristes peuvent jouer ses instruments historiques en concert ou pour enregistrer.
C’est sans doute cette orientation vers le concert soliste qui conduisit Manuel Cano à adopter, le premier, les guitares "negras" (en palissandre), dont il tirait une inimitable sonorité pleine et puissante. On sait que son exemple sera suivi par la plupart des guitaristes de la génération suivante, à commencer par VÃctor Monge "Serranito", Manolo Sanlúcar et Paco de LucÃa. "Musicien de flamenco" avant l’heure (selon l’heureuse expression de notre ami Norberto Torres Cortés) plutôt que "flamenco de vivencias", il resta cependant volontairement marginal par rapport aux us et coutumes du "mundillo" professionnel de son époque. C’est sans doute l’une des raisons du purgatoire dans lequel son Å“uvre est inexplicablement reléguée depuis son décès, en dépit de nombreuses innovations qui préfigurent certaines tendances de la guitare flamenca contemporaine - nous aurons l’occasion de nous y attarder à propos des compositions dont nous vous propserons les transcriptions. Pour l’heure, il serait urgent que le label EMI se décide enfin à rééditer dignement au moins ses deux chefs d’Å“uvre, gravés pour Hispavox en 1963 et 1966 - respectivement : "Temas flamencos para concierto" (Hispavox HHS 10-342) et "El flamenco fabuloso de Manuel Cano" (Hispavox HH 10-295). En attendant que la ténacité de José Manuel Gamboa nous rendent ces précieux témoignages, nous y puiserons toutes les pièces des prochains chapitres de cette anthologie.
NB : pour plus d’informations sur la biographie et la discographie de Manuel Cano, nous renvoyons nos lectrices et lecteurs à notre article "Les fondateurs de la guitare flamenca soliste. Manuel Cano".
Avant d’aborder le répertoire strictement flamenco de Manuel Cano, nous commençons notre anthologie par sept pièces brèves de veine "folklorique", un domaine dans lequel il fut également pionnier. Il s’inspira essentiellement des "Canciones españolas antiguas" harmonisées par Federico GarcÃa Lorca, mais également du style d’à ngel Barrios, dont il enregistra d’ailleurs plusieurs Å“uvres, plus ou moins remaniées : "BulerÃas del AlbaicÃn", "De Cádiz a La Habana" (guajiras) et cinq autres pièces regroupées en une suite intitulée "Motivos andaluces" (pour cette dernière : LP RCA PL 35213, 1979). Sa propre "Suite granadina" (LP Vik 3046, 1968) s’inscrit dans la même esthétique.
Manuel Cano livre ses propres versions des "Canciones" de GarcÃa Lorca dès 1961, avec un premier EP enregistré pour RCA ("Cuatro canciones de GarcÃa Lorca" - RCA LPC-5030). Ce coup d’envoi sera suivi de trois autres gravures pour Hispavox : les trois volumes de ses "Tonadas populares (1962 et 1963 - EPs HH 16391, 16392 et 16393) seront finalement compilés en un LP intitulé "Colección de tonadas populares" (Hispavox HH 10-376, 1970). Selon les éditions, le programme de l’album comprend quinze ou dix-sept pièces, Manuel Cano ayant ajouté quelques thèmes originaux à ceux de GarcÃa Lorca, dont la "Canción albaicinera" dont vous trouverez la transcription ci-dessous. Manuel Cano reviendra sur les "Canciones" de GarcÃa Lorca en 1967, en duo avec VÃctor Monge "Serranito" ("Tensión de sonoridades para dos guitarras flamencas" - LP Hispavox HH S 10-300).
Nous aurons l’occasion ultérieurement de voir comment ce répertoire peut être considéré comme le laboratoire de la production flamenca de Manuel Cano. Remarquons d’ores et déjà la fréquence des formes en thème et variations et en rondo varié, et son goà »t pour la scordatura avec la sixième corde en Ré, qu’il utilise aussi bien pour les tonalités de Ré majeur et Ré mineur que, de manière plus originale, pour le mode flamenco sur La ("por medio"). Plus singulière encore, la scordatura avec sixième corde en Ré et cinquième corde en Sol ("Canción albaicinera", dont seul Estebán de Sanlúcar avait déjà fait usage ("Mantillas de feria") sera reprise pour les "Fandangos de la Alpujarra" (de l’album "El flamenco fabuloso de Manuel Cano", et anticipe sur les expérimentations de Rafael Riqueni, Gerardo Nuñez ou Tomatito.
Claude Worms.
Autres compositions de Manuel Cano disponibles sur ce site :
Transcriptions (Claude Worms)
NB : dans le livre sus-mentionné, on trouvera cinq autres "Canciones" de GarcÃa Lorca arrangées par Manuel Cano : "Despierte la novia" (romance de boda), "Los mozos de Monleón", "La Tarara", "Los peregrinitos" et et "Sevillanas del siglo XVIII" (transcriptions : José Corrales).
1) BulerÃas del Anda Jaleo
2) Canción albaicinera
3) El Café de Chinitas
4) El Vito
5) Nana de Sevilla
6) Tres morillas
7) Zorongo
NB : pour le Zorongo, nous avons adopté une écriture "à l’ancienne", en 3/8. On pourra rétablir les hémioles (2 mesures à 3/8 = une mesure à 3/4) en fonction du placement des accords dans la mesure.
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