Melchor de Marchena (1) : tarantas

vendredi 3 juillet 2020 par Claude Worms

Transcription intégrale de la composition de Melchor de Marchena.

Melchor de Marchena : "Guitarra gitana" - Hispavox HH 10-151 (1959)

Réédition en CD : Hispavox 7 99213 (1989)

La carrière de Melchor de Marchena commence dans les années 1930. Il devient alors l’un des guitaristes attitrés de Tomás Pavón et Pastora Pavón "Niña de los Peines", dont il accompagne les derniers cantes enregistrés (1947 avec Tomás ; de 1946 à 1950 avec Pastora). Après la Guerre Civile, il est engagé dans les compagnies de Concha Piquer et de Manolo Caracol, avec lequel il enregistrera les deux LPs d’une "Historia del cante flamenco" (Hispavox, 1958), puis devient le premier guitariste de la troupe d’ Antonio (LP "Antonio : genio y duende flamenco", Columbia, 1967 ;avec Currito de Jerez et Enrique de Melchor - guitare, et Chano Lobato et Sernita de Jerez - cante). Résidant à Madrid, il travaille jusqu’en 1970 au tablao "Los Canasteros", dont il est le premier guitariste.

Mais c’est surtout son étroite et longue collaboration discographique avec Antonio Mairena qui assure définitivement sa notoriété : initiée en 1959 à l’ occasion de l"Antologia del cante flamenco y cante gitano" (Columbia) dirigée par Mairena (si l’on excepte des cantes non commercialisés de 1952, réédités par Pasarela en 1988 : "Antonio Mairena y Juanito Mojama : grandeza y dulzura del cante"), elle se poursuivra jusqu’en 1976 ("Esquema histórico del cante por Seguiriyas y Soleares", LP Zafiro). Parallèlement, il enregistre abondamment avec les artistes liés à l’esthétique d’Antonio Mairena, notamment Curro Mairena, Manuel Mairena, Luis Caballero, et surtout José Menese, qui lui doit une bonne part de sa formation - de 1963, premier EP de Menese pour RCA, à "... los que pisan la tierra" (2 LPs RCA, 1974).

Le style de Melchor de Marchena, tel qu’on peut l’entendre dans ses premiers enregistrements avec Tomás et Pastora Pavón, est nettement marqué par les influences de Niño Ricardo et Manolo de Huelva, en particulier pour les cantes festeros, et singulièrement pour les bulerías (pour ces dernières, il restera fidèle aux courts traits incisifs en "picado", à la manière de Manolo de Huelva, jusqu’à la fin de sa carrière). On pourra cependant déjà remarquer la vélocité de sa technique de pouce / index alternés (l’ équivalent de notre actuelle "alzapúa"), par laquelle il se montre plus proche de Manolo de Badajoz, puis de Manuel Morao (tangos, soleá, bulería por soleá, siguiriya...).

Mais c’est par l’accompagnement du cante que son style va évoluer. Il est l’un des premiers à utiliser abondamment les silences et le rubato, souvent pour pallier aux éventuelles défaillances de compás du cantaor, avec une intuition exceptionnelle - quelques guitaristes contemporains, tels Antonio Carrión et Eduardo Rebollar, s"en sont inspirés. Ces caractéristiques de son accompagnement vont progressivement modifier l’esthétique de ses falsetas. Elles présenteront dès lors un contraste singulier entre le conservatisme de leur conception musicale (jeu fréquent en première position, accords fondamentaux, variations sur les "paseos" traditionnels...), et la modernité de la texture et de l’interprétation (contrastes de dynamique et d’ agogique, silences, léger vibrato sur les notes tenues, brusques interruptions du son ou "apagado" etc.). Ajoutons à cette conception originale du toque une sonorité immédiatement identifiable, fondée elle aussi sur une alliance des contraires : son métallique (les cordes sont très proches du diapason, et l’effet est encore accentué par le capodastre placé à la quatrième ou la cinquième case pour les solos), mais douceur et clarté du jeu en ligados par des attaques très maîtrisées.

Tout cela rend très aléatoire la transcription rythmique des falsetas de Melchor de Marchena. Nous nous sommes efforcés de les rendre intelligibles en les basant sur les appuis des lignes mélodiques, mais l’écoute attentive des enregistrements est dans ce cas absolument indispensable, tant l’interprétation est déterminante.

Comme pour beaucoup d’autres maîtres de l’accompagnement du cante qui furent plus ou moins ses contemporains (Manolo de Badajoz, Diego del Gastor, Manuel Morao, Paco de Antequera, José Cala "el Poeta", Manolo Brenes, Juan Habichuela etc.), le solo est pour Melchor de Marchena une discipline accessoire. Aussi n’enregistra t-il, après "Guitarra gitana" (1959), que deux disques sous son nom : "Melchor de Marchena" (LP Fontana,1971 - des versions instrumentales de chansons andalouses) ; "Tesoros de la guitarra gitano-andaluza" (LP Ariola, 1973 - souvent des montages de falsetas de Melchor et de son fils Enrique). Le premier album est le plus emblématique de son style, et doublement quintessentiel : d’une part parce que Melchor y interprète une anthologie de ses falsetas les plus célèbres ; d’autre part parce que chaque pièce est une plongée dans l’ ADN historique de chaque palo, non seulement de leurs modes mélodiques et rythmiques, de leurs harmonisations fondamentales et de leurs clichés traditionnels (compases en rasgueados, llamadas etc.), mais aussi de leur ethos. Nous vous proposerons donc les transcriptions de toutes les compositions de ce disque, à l’exception de celles accompagnées par le guitariste Atanasio Duque (tanguillo, sevillanas, fandangos de Huelva et zapateado). Leur étude sera salutaire, et même indispensable, pour tout aspirant tocaor soucieux de construire son propre style sur une connaissance approfondie des canons de chaque palo. Répétons le pour conclure : le jeu de Melchor de Marchena est inimitable, et s’apparente au cante en ce que le texte musical en lui-même, souvent limité aux traits patrimoniaux communs à tous les guitaristes de flamenco, importe beaucoup moins que son interprétation - une manière singulière de "decir le toque". On ne s’attachera donc pas à le reproduire à l’identique, mais plutôt, après des écoutes répétées, à en restituer l’intentionnalité de manière personnelle avec les mêmes procédés expressifs (agogique, dynamique et silences).

Claude Worms

Transcription (Claude Worms)

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