Vicente Escudero : "Flamenco ! Sings and dances"

jeudi 9 avril 2020 par Claude Worms

Vicente Escudero : "Vicente Escudero. Flamenco ! Sings and Dances" - Columbia CL 982, 1957.

Photo : Richard Avedon

Nul n’ignore que Vicente Escudero fut un danseur et chorégraphe de génie. On sait moins qu’il fut aussi chanteur, ce dont témoigne "Flamenco ! Sings and Dances" (Columbia, 1957). Le label avait inauguré ses productions flamenca en LP dès 1952, en rééditant des cantes de Pastora Pavón "Niña de los Peines" accompagnée par Niño Ricardo ("Columbia presents. Cantos flamencos. La Niña de los Peines" - Columbia FL 9536). Selon les notes de présentation de son album "Stay with me" (Verve, 1958), le disque avait fortement impressionné Billie Holiday [1].

Selon le témoignage de Vicente Escudero, c’est le président de CBS qui fut à l’initiative de l’enregistrement : l’un de ses collaborateurs avait entendu le bailaor chanter au cours d’une réunion entre amis à New York, et lui avait fait un rapport circonstancié de la soirée. Escudero demanda un délais de réflexion d’un mois, acheta un magnétophone pour faire quelques essais, et finalement accepta la proposition.

Le disque fit l’objet d’une présentation soignée, avec en couverture un magnifique portrait de Richard Avedon de deux ans antérieur - puisqu’il est question du photographe, ne manquez pas, si vous pouvez encore le trouver, "Sans allusion", un livre de portraits sur des textes de James Baldwin traduits par Eric Kahane (René Julliard, 1964). Certaines des traductions-interprétations des titres des palos par Lilian Barash ne manquent pas de fantaisie : "La debla" : "The virgin" / "La caña" : "The reed" / "El polo" : "The polo song" / "Romeras" : "Pilgrims songs" / "Soleares" : "Song of loneliness" / "La farruca" : "The young galician maid" / "La serrana" : "The mountain-maiden".

Curieusement, de tous les cantes du programme, Vicente Escudero considère que le plus difficile est la farruca, qu’il dit avoir apprise en 1902 en écoutant Antonio Pozo "el Mochuelo". Mario Escudero (sans lien familial avec le bailaor-cantaor), s’acquitte remarquablement de l’accompagnement, et nous offre deux pièces en solo, des soleares classiques ("Ecos de Jerez") et une version d’une composition de Niño Ricardo, "Recuerdo a Sevilla" (""Recuerdo moro"). On sait que le guitariste a enregistré diverses pièces de collègues qu’il admirait, notamment d’Estebán de Sanlúcar ("Panaderos flamencos", "Mantilla de feria", "Castillo de Xauén"). Le pianiste Pablo Miguel donne en intermèdes la "Danza del molinero" de Manuel de Falla et "Sevilla et Córdoba" d’Isaac Albéniz - la première est dansée par Vicente Escudero, les deux autres en duo avec les castagnettes de Carmencita García, à l’époque la partenaire du danseur. Malgré une justesse d’intonation perfectible, le disque s’écoute avec agrément et est un précieux document sur le cante du début du XXe siècle. Dans les limites de ses cordes vocales, le style de Vicente Escudero évoque parfois celui de Pepe "el de la Matrona". Il ne fut malheureusement jamais distribué en Espagne, dont les aficionados durent se contenter d’une sélection de quatre titres (EP Fontana 467 227 TE - années 1960).

Après son enregistrement, Vicente Escudero fut chargé d’effectuer une mission de collectage par le "United States Department of Education". Il renonça cependant au projet, peut-être parce que le musicologue Manuel García Matos était précisément en train de se livrer à la même entreprise.

[1] Une fois de plus, nous avons éhontément pillé José Manuel Gamboa pour rédiger cet article. Plus précisément, le troisième volume de sa saga flamenca-new-yorkaise, dont nous ne saurions trop vous recommander la lecture : "¡ En er mundo ! De cómo Nueva York le mangó a París la idea moderna de flamenco. 3. Jet lag ole stars in Hi-Fi. 1a parte : El varón danzante". Séville, Athenaica, 2017 - 454 pages.

Claude Worms

NB : notre ami Nicolas Villodre nous envoie un lien vers le "Romance al molino" dansé par Vicente Escudero, extrait du film "Bailes primitivos flamencos mascúlinos" tourné à New York par Mura Dehn et son ami H. Matter, probablement en 1955 : https://www.youtube.com/watch?v=eXxr9OPqL-c&feature=youtu.be. Il nous précise que le bailaor José de la Vega avait hérité de Vicente Escudero ce film rare, et en avait fait don au musée Reina Sofía de Madrid pour l’exposition "La noche española" (2007), présentée ensuite à Paris au Petit Palais en 2008.

"Tango de los anticuarios de Cádiz"
"Danza del Molinero"
"Ecos de Jerez"
"La debla"
"Sevilla"
"La caña y el polo"
"Romeras"
"Soleares y soleá apolá"
"Córdoba"
"La farruca"
"Recuerdo moro"
"La serrana"

Programme du disque - Vicente Escudero (chant et danse) / Carmencita García (castagnettes) / Mario Escudero (guitare) / Pablo Miguel (piano)

"Tangos de los anticuarios de Cádiz" (tanguillos) / "Danza del molinero" (Manuel de Falla) / "Ecos de Jerez" (soleá) / "La debla" (debla et martinete) / "Sevilla" (Isaac Albéniz) / "La caña y el polo" / "Romeras" / "Soleares y soleá apolá" / "Córdoba" (Isaac Albéniz) / "La farruca" / "Recuerdo moro" (Manuel Serrapi "Niño Ricardo") / "La Serrana"


"Tango de los anticuarios de Cádiz"
"Danza del Molinero"
"Ecos de Jerez"
"La debla"
"Sevilla"
"La caña y el polo"
"Romeras"
"Soleares y soleá apolá"
"Córdoba"
"La farruca"
"Recuerdo moro"
"La serrana"




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