Salvador Andrades (5) : "A mis niños" (milonga)

dimanche 23 février 2020 par Claude Worms

Transcription intégrale de la composition de Salvador Andrades

Par le choix du palo, et plus encore par son traitement, "A mis niños" peut être considéré comme une quasi première dans le répertoire pour guitare flamenco soliste. La milonga a très peu inspiré les compositeurs flamencos. On en trouvera quelques versions antérieures, mais la plupart adopte le compás du tango, décliné en farruca ou en colombiana :

_ Ramón Montoya : en solo (La Boîte à Musique, 1936 - en fait une farruca en Mi mineur) et en duo avec le saxophoniste Fernando Vilches (Gramófono, 1932).

_ Sabicas : "Milonga flamenca" (deux versions, en duo et trio de guitares - respectivement, Elektra, 1957 ; Columbia, 1960, cette dernière titrée "Inspiracíon de Sabicas") ; "Mosaico flamenco. Milonga y colombiana" (ABC, 1968).

_ Mario Escudero : "Aires lejanos. Milonga Farruca" (Musical Heritage Society, 1969).

Avant Salvador Andrades, seul Manolo Sanlúcar s’était efforcé de donner à la milonga un caractère musical distinct de celui de la farruca ou de la colombiana : "Canto a una lagrima" (Vegara, 1970), en Mi mineur comme "A mis niños", se distingue des pièces précédentes par son lyrisme mélodique et son tempo très modéré qui, combiné à un rubato très prononcé, tend à diluer le compás de tango qui reste sous-jacent.

La grande originalité de Salvador Andrades est d’abandonner totalement les références rythmiques des quelques milongas antérieures, et d’écrire une composition que l’on peut comprendre comme un vaste arioso instrumental figurant le cante, du moins dans les versions très ornées et dénuées de pulsation imposées par Niño de Marchena, Angelillo, Juan Valderrama etc. - il évite même la traditionnelle coda a compás de rigueur depuis la version gravée en 1913 pour Gramophone par Antonio Chacón et Ramón Montoya ("¡ A y cucú, y tú me estás matando !...").

Sans recourir jamais à la facilité du trémolo ou des arpèges pour développer des cellules mélodiques, la pièce est conçue comme un dialogue chant/guitare dans lequel le discours mélodique continu, sans reprises plus ou moins variées, est assumé par des techniques de main droite "a cuerda pelá" (picado et attaque butée du pouce), quelques ponctuations harmoniques transitoires évoquant ce que serait l’accompagnement d’un guitariste. Fondamentalement, l’éloquence du chant tient à l’amplitude de courbes mélodiques déployées sans césures sur plus de trois octaves, du Mi grave, sixième corde à vide, au Fa# première corde et quatorzième case. Son expressivité repose sur la flexibilité du phrasé (ligados multiples), sur des chromatismes affectant surtout les deuxième et septième degrés de la tonalité (Fa#/Fa bécarre et Ré#/Ré bécarre) et sur l’ornementation (trilles, mordants, retards mélodiques etc.). A cet égard, on trouvera par exemple une magnifique figuration des fameux passages de registre sur une octave de Niño de Marchena, du Ré# en première position (deuxième corde, quatrième case) au Ré# supérieur (première corde, onzième case) sur un accord arpégé de B7(b9) - cf. page 2, deuxième système.

La réitération des deux chromatismes sus-mentionnés renvoient aux procédés harmoniques que nous avions déjà décrits pour la granaína "Pequeñas manitas". D’une part, des modulations insistantes entre la tonalité de Mi mineur et son mode flamenco relatif sur Si, soulignées à deux reprises par les ligados caractéristiques de "toque por granaína" (chromatisme Ré#/Ré bécarre) - cf. page 3, troisième système et page 4, du deuxième au quatrième système. D’autre part, le deuxième degré diminué (chromatisme Fa#/Fa) génère des tensions expressives résolues, soit immédiatement par une cadence phrygienne F-Em9 (dès l’introduction, page 1, deux premiers systèmes), soit par une modulation plus développées vers le mode flamenco sur Mi - (F7(13)-Bm7-F7(9#11)-E7(b13), à fonction de dominante de l’accord de Am7 - cf. page 5, dernier système.

NB : nous sommes particulièrement reconnaissant à Salvador Andrades, qui a eu la courtoisie de nous autoriser gracieusement à publier cette pièce (d’autres suivront) et la patience de réviser minutieusement notre transcription.

Autres compositions de Salvador Andrades disponibles sur ce site :

"Alaía" (alegrías)

"A la que me dió la vida" (taranta)

"Pequeñas manitas" (granaína)

"En la cuna" (malagueña)

Photo : Agustín Areta

Transcription (Claude Worms ; révision : Salvador Andrades)

A mis niños / 1
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A mis niños / 6
A mis niños (milonga)

A mis niños (milonga)




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