Le cante, une histoire populaire de l’Andalousie / Sixième partie (mémoire gitane)

vendredi 28 janvier 2022 par Claude Worms

Le titre de cet article fait référence à deux livres fondamentaux d’Howard Zinn (Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Marseille, Éditions Agone, 2002) et de Michelle Zancarini-Fournel (Les luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, Paris, Éditions La Découverte, 2016). Des générations de "flamencologues" ont répété à satiété la thèse selon laquelle le cante était d’autant plus "pur" que les coplas traitaient de thèmes réputés universels, tels la mort, l’amour, la mère, etc. Il s’agit là d’un postulat essentialiste selon lequel les andalous en général, et les gitans en particulier, seraient enclins à un fatalisme qui engendrerait passivité et soumission à l’ordre social établi...

... Or, si les letras sont effectivement rarement engagées politiquement ou socialement, au sens strict du terme (du moins jusqu’à la fin du franquisme), leur lecture sans a priori montre qu’elles racontent une histoire populaire de l’Andalousie : parfois directement, par des prises de position dans des conflits politiques et des luttes sociales ; plus souvent indirectement, par le constat accablant des énormes inégalités qui marquent la société andalouse pendant un siècle et demi d’histoire du flamenco.

La "Gran redada"

VI) Mémoire gitane

I A Les gitans en Espagne

Le premier texte mentionnant la présence de gitans en Espagne est un sauf-conduit accordé en janvier 1425 (Saragosse) par Alphonse V d’Aragon à "Don Johan de Egipte Menor". En Andalousie (Jaén), le 22 novembre 1462, les "Condes de Egipte Menor", accompagnés par cinquante à deux cents personnes, sont accueillis avec tout l’apparat dû à leur rang par le connétable Lucas de Iranzo. Ces bonnes dispositions ne dureront guère : entre 1493 et 1783, pas moins 250 textes réglementaires et législatifs, du niveau local au niveau national, ont pour objet une répression anti-gitane plus ou moins dure et suivie d’effets. En mars 1493, puis en mars 1499, les Rois Catholiques leur interdisent le nomadisme et ordonnent leur expulsion à court terme. Dans le cas ou un gitan serait pris pour la troisième fois "sans emploi ni seigneur", il deviendrait l’esclave à vie de qui l’aurait arrêté. Dès le départ, et même si les accusations de sorcellerie, de cannibalisme, de rapts d’enfants, etc. ne manquent pas, il ne s’agit donc pas, comme pour les mesures de l’époque visant les juifs et les musulmans, nouveaux convertis ou non, de chasse à l’hérétique ou à l’infidèle, mais de chasse à l’ "étranger", ou du moins perçu comme tel — en termes quelque peu anachroniques, de xénophobie et/ou de racisme. C’est le radicalement autre qui est visé, avec une obsession frappante du nomadisme, non sans quelque paradoxe : le nombre des villes et bourgades où les gitans sont autorisés à s’établir est singulièrement réduit (41 pour toute l’Espagne sous Charles II, 30 sous Philippe IV, dont 6 en Andalousie : Cordoue, Jaén, Úbeda, Antequera, Ronda et Álcala la Real., avec évidemment interdiction de s’en éloigner — au cours des deux premiers tiers du XVIIIe siècle, les contrevenants risquent théoriquement d’être condamnés à mort : cf., les dispositions prévues par les ministres Pedro Pablo Abarca de Bolea y Ximénez de Urrea (comte d’Aranda) , Pedro Rodríguez de Camponanes et Zenón de Somodevilla y Bengoechea (marquis de La Ensenada). Le nomadisme est alors progressivement interprété comme un trait "racial", et non comme une nécessité engendrée par cette législation restrictive. Cependant, la réitération même de ces textes montre leur relative inefficacité. La solidarité entre voisins cohabitant de longue date et l’inquiétude des autorité locales multiplièrent les protestations et contraignirent le pouvoir politique à assouplir bon gré mal gré les prohibitions et les sanctions. C’est que les gitans exerçaient des métiers nécessaires à la vie quotidienne. D’autre part, on redoutait que le nombre restreint des localités "aptes" à recevoir des gitans provoque des concentrations trop nombreuses — les mesures contre le "regroupement familial" ne manquent pas.

En 1539, Charles Ier réitère les pragmatiques antérieures, en en modifiant toutefois marginalement les sanctions (fouet, prison). De même, en 1611, Philippe III écarte toute exemption pour maladie ou pour asile ("immunité") accordé par l’Église. La même année, dans le "Tesoro de la lengua castellana o española", Sebastían de Covarrubias définit le mot gitan en ces termes :

"Ce sont des gens perdus et vagabonds, agités, trompeurs et menteurs […] et des voleurs manifestes dans les campagnes et dans les villes. […] En Espagne, on les châtie sévèrement et on les envoie aux galères s’ils ne s’établissent pas quelque part". (traduction de l’auteur)

Philippe III tire les conséquences de cette définition en 1619 : les gitans "ne sont pas une nation, mais un groupe de gens vicieux sortis de la lie de la société espagnole". En foi de quoi il leur est interdit d’utiliser leurs noms, leurs vêtements et leur langue, sous peine d’exil — souvent une migration forcée vers les colonies espagnoles d’Amérique, qui malgré l’esclavage manquaient de bras. Cette proclamation montre qu’il était difficile de distinguer les gitans au sein de groupes de fugitifs qui mêlaient morisques fugitifs, prisonniers évadés, contrebandiers brigands, etc. Y apparaît également l’hésitation entre répression et assimilation. Les deux grandes lois du XVIIIe alternent ces deux pôles.

Le 30 juillet 1749, les chefs militaires, les maires et les officiers de justice prirent connaissance de ce qui est resté dans les annales comme la "gran redada" (le "grand raid"). Il s’agissait de rafler le maximum de gitans, hommes, femmes et enfants (la séparation des familles était explicitement ordonnée) en un minimum de temps. L’opération avait été soigneusement planifiée par le marquis de La Ensenada, sur ordre de Ferdinand VI : nombre de soldats mobilisés par localité, nom des responsables militaires, soldes payées par anticipation, itinéraires, etc. Les biens des victimes seraient confisqués et vendus aux enchères pour couvrir les frais de l’opération. Sous prétexte de saine gestion économique, telle que la concevaient les pionniers du libéralisme des Lumières (rééducation disciplinaire, apprentissage d’un métier… bref, dressage à l’ "employabilité")), l’objectif immédiat était en fait de fournir à la production nationale une main d’œuvre forcée abondante. Les hommes "adultes" (catégorie incluant les garçons de plus de sept ans…) furent déportés en majorité aux arsenaux de Cadix, Carthagène et Alicante, subsidiairement aux mines d’Almadén ; les femmes et les enfants prioritairement à Séville et Valence (ateliers textiles). A plus long terme, l’eugénisme était aussi au programme : on attendait de la séparation des familles la limitation des naissances et, à terme, l’extinction de la "race" gitane. L’Andalousie, qui comptait le plus grand nombre de gitans, était la cible principale. Selon les rapports envoyés au Conseil de Castille, 4971 gitans avaient été capturés en Andalousie entre le début de la rafle (31 juillet) et le 4 octobre 1749 — total pour l’Espagne : 7760. En tenant compte des morts et des fugitifs, l’estimation des historiens est supérieure : 5500 victimes en Andalousie — total pour l’Espagne : 9000. Les très nombreuses plaintes conduisirent à amender le dispositif. Ferdinand VI réunit à Madrid, le 7 septembre 1749, une nouvelle "Junta de Gitanos" dirigée par Francisco Benito Marín, José Ventura Güell et le marquis de Los Llanos, qui n’avaient pas participé à la "Gran redada". Au début d’octobre, elle ordonna la libération de tous les gitans qui n’étaient convaincus d’aucune infraction aux pragmatiques : au cours de ce mois, 3648 internés furent relâchés en Andalousie (4402 pour toute l’Espagne), mais le rythme des remises en liberté ralentit considérablement ensuite. Le destin des autres dépendait toujours du marquis de La Ensenada : les hommes "adultes" continueraient à travailler dans les arsenaux ; les garçons de moins de sept ans resteraient avec leur mère, après quoi ils seraient transférés aux arsenaux pour y apprendre un métier. Les jugements prononçant la libération ou le maintien aux travaux forcés étant toujours entachés de nombreuses irrégularités, ils furent à leur tour contestés, par des intendants locaux comme par des geôliers : en avril 1751, l’intendant de Grenade sollicitait la libération de toutes les femmes et de tous les enfants restés emprisonnés dans la ville, puisque, les chefs de famille ayant été déportés, il leur était impossible de produire les pièces justificatives exigées par la justice. Environ un millier de gitans restèrent internés jusqu’à l’amnistie décidée par Charles III en 1763.

Gustave Doré : "Toilette d’une jeune gitane à Diezma, Grenade" / "Gitane dansant"

Pendant les premières années du règne de Charles III, les partisans de la "cuerda tirante" ("tirer la bride") ne désarment pas. Le comte d’Aranda conseille de séparer les enfants de leur mère, non à sept ans, mais à la naissance, pour qu’ils n’aient pas l’occasion d’apprendre leur "jerigonza" (leur "argot" — lire : le "caló") et reprend l’idée de déportation massive dans les colonies américaines. Le ministre de la Marine, Pedro González de Castejón, s’y opposa, non par scrupule humaniste, mais parce qu’il craignait les « êtres humains les plus infâmes que l’on connaisse contaminent » les autres marins (cité par Martínez Martínez, traduction de l’auteur). Dans la même veine, José de Gálvez (ministre des Indes et ardent propagandiste des Lumières), combattait la présence de gitans dans les colonies : ils "seraient capables d’altérer […] la constitution et la sécurité de ces grandes possessions" (ibid.). Finalement, sur le conseil du secrétaire d’État José Moñino y Redondo (comte de Floridablanca), Charles III opta définitivement pour l’assimilation. La pragmatique de 1783 stipulait que "ceux qui se nomment et se disent gitans ne le sont pas par nature, ni ne sont issus d’une race impure". Les gitans n’existent pas et il est interdit d’utiliser ce terme considéré comme une insulte — ce qui n’empêcha pas d’ailleurs d’en faire un recensement : 11000 personnes se déclarèrent gitans, dont 7993 en Andalousie (4084 pour le royaume de Séville, 2999 pour celui de Grenade, 470 pour celui de Cordoue et 380 pour celui de Jaén). En revanche, on exigeait d’eux qu’ils abandonnent "la langue, les vêtements et le mode de vie errant qui étaient les leurs jusqu’à présent", et on spécifiait les sanctions encourues par les "gitans désobéissants", qui incluaient la condamnation à mort. Les "bons gitans" se voyaient confirmer l’exercice de leurs métiers, "toute profession étant honorable". Associée à l’interdiction du nomadisme, cette disposition n’allait pas sans quelque paradoxe et rendait difficile l’application de la pragmatique : nombre de gitans étaient vendeurs ambulants ou négociants en bétail, en chevaux surtout. Ils se rendaient chaque année aux grandes foires ("ferias de ganados"), d’Andalousie occidentale et d’Estrémadure, 176 au milieu du XIXe siècle de Séville à Mérida (Zafra, Badajoz, Cáceres, etc.), où les familles gitanes négociaient aussi les fiançailles et célébraient les mariages. Quoi qu’il en soit, l’attitude officielle envers les gitans ne changea plus jusqu’à la fin du franquisme : paternalisme sous haute surveillance. Elle est la conséquence de deux points de vue à la fois complémentaires et contradictoires, produisant à la fois fascination et méfiance :

Gustave Doré : "Danse de gitanos"

• d’une part, une image véhiculée par les voyageurs romantiques européens, anglais et français surtout, finalement adoptée en Espagne. Il s’agit d’une variante de l’orientalisme ambiant, qui voit en l’Andalousie la destination orientale la plus proche, dont le "Voyage en Espagne" de Charles Davillier (1862) et ses illustrations par Gustave Doré sont emblématiques. Dans ce contexte imaginaire, les gitans apparaissent comme des andalous au carré. On insiste naturellement sur les chants et les danses des gitans, et plus encore des gitanes : une "zambra" à Grenade (représentée plutôt dans un hôtel qu’in situ), ou une fête à Triana, sont indispensables à toute "aventure" touristique qui se respecte. Dans ces conditions, à partir du dernier tiers du XIXe siècle, le flamenco ne peut être que gitan. Les illustrations associent souvent gitans et animaux, symbolisant ainsi des êtres humains guidés par leur "instinct naturel", qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore. Les songeries érotiques s’en mêlant (le syndrome de Carmen), les femmes en sont le principal sujet (objet ?) : fantasmes coloniaux bon marché parce que proches, le harem et la bayadère ne sont pas loin. Même les défenseurs du flamenco, ou plutôt du "cante jondo", partagent ces stéréotypes du bon sauvage : en 1922, pour le concours de Grenade dont il est l’un des promoteurs et qui vise à préserver la "pureté" du cante jondo, Manuel de Falla affirme qu’il est en Europe l’unique témoignage d’un chant "naturel", remontant à la plus haute antiquité, voire à la préhistoire, voire au chant des oiseaux…, et que les gitans en sont les conservateurs les plus authentiques.

Café del Burrero — Séville, 1881

• d’autre part, ce qu’il reste des coutumes gitanes est grandement suspect, en ce qu’elles sont des contre-modèles quotidiens des bonnes conduites dans une société bourgeoise capitaliste libérale, d’autant plus pernicieux en Andalousie qu’ils s’y accordent bien avec une tradition populaire de convivialité intergénérationnelle. Les gitans s’obstinent à mesurer la valeur d’un être humain, non selon sa réussite et donc sa richesse et/ou son pouvoir, mais selon son respect d’un code de l’honneur, qu’on le partage ou non. Surtout, la solidarité, au sein des familles élargies et au sein des quartiers, est un impératif moral et pratique qui s’étend également aux voisins, non-gitans ("payos") inclus. De telles conduites, qui mettent à mal la liberté de propriété individuelle et la fiction d’une société agglomérant des agents économiques indépendants visant exclusivement et rationnellement à optimiser leur bien-être personnel en passant des contrats entre eux, doivent évidemment être éradiquées, au même titre que les coopératives de production ou, plus récemment, la Sécurité Sociale et le droit du travail. Les gitans sont suspects d’anarcho-syndicalisme spontané.

Ils et elles furent plus nombreux qu’on ne le pense habituellement à le confirmer en s’engageant dans le camp républicain pendant la guerre civile, d’autant que leurs revendications ne différaient en rien de celles de leurs camarades : ils (elles) étaient majoritairement, comme eux, journaliers et journalières agricoles, dockers, ouvriers dans les abattoirs, ouvrières dans les usines textiles ou les manufactures de tabac, etc. :

En Sevilla, los gitanos de la Cava, de Pagés del Corro y del Puerto Camaronero estuvieron diez días batiéndose desesperadamente contra Queipo de Llano. En Barcelona los gitanos de Sans, la barriada de mayor significación proletaria, fueron los primeros que se movilizaron, y con escopetas de caza, con viejos pistolones, con navajas, cortaron el paso, en la plaza de España, a las fuerzas del Cuartel de Pedralbes. Luego he visto a los gitanos batirse como héroes en el frente de Aragón, en Bujaraloz y en Pina. Gitanos vinieron en la columna Bayo a Mallorca y desembarcaron en Puerto Cristo, y allí, en una centuria del Partido Socialista Unificado de Cataluña, había gita- nos que pelearon como leones en un parapeto que se llamó de la Muerte. Y ahora mismo, en una columna de Caballería que se está formando, los primeros inscritos son los gitanos. Yo te digo que de esta guerra civil que alumbrará tantas cosas magníficas ha de salir, también en España, la reivindicación de los gitanos, su integración total a la vida civil”. (cité par Sierra : extrait d’une lettre envoyée par Helios Gómez à la revue Crónica, 1936).

Helios Gómez (à gauche) sur une barricade — 19 juillet 1936

Cependant, la majorité gitans s’efforça surtout d’échapper aux désastres de la guerre et se garda de prendre parti. On comprend qu’il n’ait pas été enclins à défendre une République qui avait promulgué en août 1933, après un vote consensuel de tous les partis, une loi de "Vagos y maleantes qui ciblait évidemment surtout les gitans et prévoyait la construction de quatre camps de concentration, l’un en Guinée équatoriale et les trois autres en Espagne. Elle fut maintenue par Franco, maquillée en loi de "Peligrosidad social" en 1970, et ne fut abrogée qu’en 1978 — les promoteurs de la "transition démocratique" n’étaient pas pressés d’étendre la démocratie aux gitans. Beaucoup de gitans fuyant la guerre civile finirent dans d’autres camps, ceux des nazis, marqués d’un triangle marron et fusillés ou gazés (plus d’un demi-million de victimes tsiganes au total) — Mengele affectionnait particulièrement les enfants tsiganes pour ses expérimentations (Birkenau / Auschwitz).

Les deux militants gitans les plus célèbres pour leur engagement républicain sont incontestablement Helios Gómez et Mariano Rodríguez Vázquez "Marianet". Ils ne doivent cependant pas occulter les nombreux quasi anonymes, tel José Palma León, "qui fut toujours dans les premières lignes des tranchées, dans les positions les plus dangereuses. Nous venons de recevoir la nouvelle de sa mort sur un front proche de Madrid (La Voz, 17 octobre 1937). Helios Gómez (Séville, 1905 - Barcelone 1956) était un dessinateur et peintre reconnu mondialement pour ses œuvres. D’abord d’obédience anarchiste, il adhère ensuite au communisme et passe deux ans en URSS, de 1932 à 1934. De retour en Espagne, il publie une série de reportages dans le journal catalan Rambla ("Dos años entre los bolcheviques). Responsable important du PCE, il participe aux combats à Barcelone, en Aragon et à Madrid. En 1938, il est exclu du PCE pour avoir ordonné des opérations militaires sans ordre de ses supérieurs. Il rejoint alors les anarchistes, comme milicien à la culture de la 26e division (anciennement "Durruti") avec laquelle il passe la frontière française en 1939 — exil ensuite en Algérie, dans divers camps de travail forcé, puis retour en Espagne en 1943, à Barcelone, où, ne cessant pas sa résistance antifranquiste, il passe le plus clair de ses dernières années en prison. Mariano Rodríguez Vázquez "Marianet" (Hostafrancs, Barcelone, 1909 - La Ferté-sous-Jouarre, 1939) se familiarise à l’anarchisme en prison (mendicité, petits vols de subsistance), puis adhère à la FAI en 1931. Dirigeant du syndicat de la construction, il est incarcéré plusieurs fois pendant la deuxième République, et nommé en novembre 1935 Secrétaire Général du Comité National de la CNT. Il participe aux combats à Barcelone, mais est contesté pour son choix en faveur de la constitution d’un front commun avec les communistes et les républicains, qui échoue malgré une tardive union syndicale entre l’UGT et la CNT. Exilé à Paris en avril 1939, il crée le "Consejo General del Movimiento Libertario", sous autorité de la CNT espagnole (siège à Londres), dont il assume la direction pendant les deux mois précédant sa mort, et participe à l’organisation du "Servicio de Evacuación Refugiados Españoles".

Mariano Rodríguez Vázquez "Marianet"

Sous couvert de "Règlement de la Garde Civile" (14 mai 1942), le franquisme durcit considérablement le contrôle des gitans :

• Article 4 : "On surveillera scrupuleusement les gitans, en veillant soigneusement au contrôle de leurs documents, à l’observation de leurs signes particuliers et de leurs vêtements et à la vérification de leur mode de vie et de tout ce qui pourrait conduire à avoir une idée exacte de leurs mouvements et de leurs occupations en enquêtant sur la destination et le motif de leurs voyages".

• Article 5 : "Comme ces gens n’ont en général pas de résidence fixe et voyagent fréquemment d’un lieu à un autre, où ils sont inconnus, il convient de prendre sur eux tous les renseignements nécessaires pour les empêcher de commettre des vols de chevaux ou d’autres biens". (traduction de l’auteur) — l’article 6 détaille les procédures de contrôle des négociants en chevaux.

La Garde Civile disposait donc de tout l’arsenal nécessaire pour exercer le type pression permanente et humiliante qu’on réserve ailleurs aux immigrés, ou supposés tels. Mais l’assimilation prit d’autres voies plus insidieuses et efficaces. L’administration centrale finançait des programmes conçus spécifiquement par des organismes catholiques pour enseigner aux gitans "a ser payos". Surtout, les plans d’urbanisme dans les grandes villes s’attachèrent, sous prétexte de rénovation et d’hygiène, à démanteler les quartiers "gitans" (en fait mixtes) : Triana (Séville), Santiago et San Miguel (Jerez), La Viña et El Mentidero (Cadix), El Perchel et La Trinidad (Málaga), le Sacromonte (Grenade), etc. firent l’objet de telles opérations qui, gentrification aidant, étaient autant d’occasions d’opérations foncières et immobilières lucratives. Dans ces conditions, les gouvernements conservateurs ou sociaux-libéraux qui succédèrent à la dictature n’avaient aucune raison d’y mettre fin — l’Exposition Universelle de Séville (1992) en est un cas d’école. Le démantèlement des "casas de vecinos" et l’expulsion brutale des familles gitanes vers des quartiers de HLM périphériques ("polígonos", parfois sans préavis et du jour au lendemain, s’avéra être le plus sûr moyen de démanteler les familles et leurs réseaux de sociabilité : ici comme ailleurs, le résultat fut la prolifération ce que l’on nomme outre Pyrénées les "quartiers sensibles".

Expulsion de familles gitanes des patios de vecinos de Triana — Séville, deuxième moitié des années 1950

La Constitution de 1978 garantit dans son article 14 l’égalité de tous les espagnols devant la loi "sans aucune discrimination quant à la naissance, à la race, au sexe, à la religion, aux opinions ou à quelque autre condition ou situation personnelle ou sociale." (29 décembre — traduction de l’auteur). En conséquence, la discrimination raciale est un délit constitutionnel. Bien qu’il ne soit pas fait spécifiquement mention des gitans, toute la législation franquiste les concernant est abrogée. Par contre, le "Statut d’Autonomie pour l’Andalousie" (1981) prévoit, parmi ses objectifs (article 10), "la promotion des conditions nécessaires à la pleine intégration des minorités et, particulièrement, de la communauté gitane pour sa pleine incorporation sociale" (traduction de l’auteur). De même, le Congrès des Députés impulsa en 1986 une série de mesures pour le "Développement du Peuple Gitan", qui déboucha au niveau national sur un "Plan Nacional de Desarrollo Gitano" pris en charge par le Ministère des Affaires Sociales (1989). Même si ces louables intentions ne furent pas toujours suivies d’effet, faute de crédits comme d’habitude, les années 1980 marquent bien une rupture avec les législations antérieures, au moins sur le plan du droit, sinon sur celui de l’égalité réelle. Cinq siècles de stigmatisation ne s’effacent pas si aisément des mémoires collectives, de part et d’autre : le "Je crois que ça ne va pas être possible" chanté par le groupe Zebda reste malheureusement d’actualité pour les gitans espagnols. Comme le déclare une avocate gitane, l’une des neufs protagonistes du film "Nueve Sevillas" de Pedro G. Romero et Gonzalo García Pelayo (2022), "la question gitane n’est pas culturelle, elle n’est pas sociale, elle est politique.

VI B : letras

I B Letras

Dividimos en dos partes las coplas contenidas en esta sección (NDR : martinetes ; tonás et livianas). En la primera incluimos aquellos corridos de tres, cuatro o cinco coplas, que vienen a formar, por decirlo así, pequeños trovos en los que se conservan hechos particulares que aún vive algunos en la memoria de los cantadores. En la segunda parte, comprendemos aquellas coplas sueltas, algunas de las cuales formaron también parte de un trovo, cuyo principal es lamentarse de los trabajos y desgracias que sufren los pobres presos en los establecimientos penales. (Machado y Álvarez, page 149).

Dans cette note à propos des martinetes, des tonás et des livianas, Antonio Machado y Álvarez expose une thèse souvent reprise depuis, selon laquelle les coplas des cantes "a palo seco" (a cappella) seraient des fragments d’anciens romances dont les strophes chantées ou récitées en continuité suivraient un fil narratif ("trovos", "corridos"). Notons qu’il attribue la dénomination martinetes aux chants dont il subsiste quelques coplas successives, et celles de tonás et livianas aux chants réduits à des coplas isolées. Dans les nomenclatures actuelles, ces cantes sont différenciés par leurs modèles mélodiques et non par l‘agencement des strophes. Dans la quasi-totalité des enregistrements, les letras ne suivent jamais un scénario narratif, et n’ont que rarement une unité thématique. Il n’en reste pas moins qu’un nombre important de letras de martinetes, tonás (et, éventuellement, de deblas) renvoient aux persécutions subies par les gitans : traitements avilissants, torture par les coups, la faim ou la soif, arrestations arbitraires et violentes, prisons dans des conditions de détentions et d’hygiène atroces, convois de condamnés aux travaux forcés ou aux galères et exécutions. C’est pourquoi, dans son prologue, Machado y Álvrez considère les termes martinetes et carceleras comme étant synonymes ("carceleras o martinetes", ibid., page 11). Le terme carcelera est encore parfois utilisé actuellement. Mais en toute rigueur, les modèles mélodiques étant identiques à ceux des martinetes et tonás, il n’est pertinent qu’en référence au contenu des letras.

Ces textes sont très rarement circonstanciés. Ils ne précisent souvent pas si la victime, qui s’exprime en général à la première personne, est un gitan. Ils semblent cependant relativement spécifiques de leur répertoire, les payos choisissant nettement plus souvent d’autres thématiques dans le corpus vernaculaire de ces cantes — de fait, presque tous les cantaores de notre échantillonnage sont gitans, à l’exception de Naranjito de Triana, Paco Muriana "niño del Brillante et Paco Moyano. On peut donc avancer l’hypothèse qu’il s’agit de fragments d’une mémoire historique collective diffuse, dont l’expression musicale a souvent été transmise au sein de familles gitanes.

D’autre part, les cantes "a palo seco" sont rares dans la discographie de la première moitié du XXe siècle, et plus encore ceux dont les letras se rapportent aux persécutions subies par les gitans — nous n’en avons trouvé qu’un seul exemple explicite, par El Tenazas de Morón (1923). C’est seulement après le travail de restauration du répertoire ancien entrepris par Antonio Mairena (pour lui, il s’agit, quel que soit le palo, de créations gitanes) que les enregistrements se multiplient, d’abord par les voix de cantaore(a)s âgé(e)s, oubliés ou méconnus (Tía Anica "la Piriñaca", Juan Talega, Tío Borrico, Joselero de Morón, Manolito de la María, etc.). Si ces letras peuvent éventuellement être des vestiges fossilisés des XVIe-XVIIIe siècles (de la grande rafle de 1749 en particulier), l’absence de détails historiques précis peut aussi laisser penser qu’ils ont été périodiquement réactivés par des relations conflictuelles, en tous lieux avec la Garde Civile et la police (ici comme ailleurs, le délit de "sale gueule") ; dans les grandes villes, surtout en période de crise économique, avec certains payos (ici comme ailleurs, le "bouc émissaire") — en tous temps aussi, mais évidemment surtout pendant le franquisme. De fait, la menace, et la peur qui en résulte, sont rarement attribuées à une personne ou à un groupe précis : elles sont permanentes et anonymes.

Ya me sacan de la cárcel, / me llevan por la muralla, / y hombres, niños y mujeres / de sentimiento lloraban.

¿ Para qué a mí me dan tantos palos ? / ¿ Qué delito he cometido yo ? / Por fin me he quedado dormido / y el sueño rinde al león.

Y si no, no / la casa de los Montoya / tembló pero no cayó. (martinetes, El Tenazas de Morón)

Desde el callejón de Guía, / en la cárcel donde yo estaba, / yo sentía los quejitos / que mi madre a mí me daba.

¿ Periquito, Periquito, / a ti quién te había hecho tanto mal ? / Y eran los hijos de la marquesa / que a ti te quisieron marar (matar).

Los gitanitos del Puerto / fueron los más desgraciados, / y que a las minas del azogue / se los llevaban sentenciados.

Y al otro día siguiente / les pusieron una gorra / y con alpargatas de esparto / y que el sentimiento les ahoga.

Y para darles más martirio / les pusieron un maestro / que aquél que no andaba listo / y a palos, a palitos, lo dejaban muerto. (tonás, Antonio Mairana.). Les trois dernières strophes rappellent les travaux forcés aux mines de mercure d’Almadén, auxquels étaient condamnés les gitans dès la seconde moitié du XVIe siècle.

Trin, trin, que a la puerta llaman, / madre, yo no quiero abrir, / madre, si será la guardia, / madre, que vendrá a por mí.

Veinticinco calabozos / tiene la cárcel de Utrera, / veinticuatro traigo andados, / el más penoso me queda. (martinetes, Oliver de Triana).

El Tenazas de Morón / Martinetes
Antonio Mairena / Tonás
Oliver de Triana / Martinete

• Martinetes : El Tenazas de Morón (chant)

• Tonás : Antonio Mairena (chant) / Melchor de Marchena (guitare)

• Martinetes : Oliver de Triana

Trin, trin, en la puerta llaman, / trin trin, yo no quiero abrir, / trin, trin, si sera la muerte / trin, trin, que vendrá (a) por mí. (martinete, Joselero de Morón)

Trin, trin, que a la puerta llaman, / trin, trin, que ya están abriendo.

Serían las cuatro de la mañana / y mi madre a mí me encontró / y a mí me dijo : / ¡ Hijo mío de mis entrañas ! / y la carita me la limpió. (martinetes, El Lebrijano)

Veinticinco calabozos…

Y eran las dos de la noche / y a mi puertecita llamaron, / el comandante de los civiles / y a mi padrecito se lo llevaron. (martinetes, David Carpio)

Joselero de Morón / Martinete
El Lebrijano / Martinetes
David Carpio / Martinetes

• Martinete : Joselero de Morón (chant)

• Martinetes : El Lebrijano (chant)

• Martinetes : David Carpio (chant)

Serían ya las dos de la noche, / y a mi puerticita se acercaron / un cabildo con un sereno / y a mi pardrecito se lo llevaron. (martinete, Miguel Lavi)

Estando yo preso en Cádiz, / que yo me sentaba en el mío petate, / me ponía a cavilar : / y no siento lo que he pasado / sino lo que me quedaba a mi de pasar. (martinete (1), Manuel Agujetas)

Que a unos los amarran por las manos / y a otros los amarraban por los piés, / para más grande castigo / no les indignaban que comer. (martinete (2), Manuel Agujetas)

Miguel Lavi / Martinete
Manuel Agujetas / Martinete (1)
Manuel Agujetas / Martinete (2)

• Martinete : Miguel Lavi (chant)

• Martinete (1) : Manuel Agujetas (chant)

• Martinete (2) : Manuel Agujetas (chant)

(En) la puertecita del cabildo, / me comenzaron a mí a pegar. / ¡ Por Dios no darme más palos, / si no acabarme ya de matar ! (martinete (3), Manuel Agujetas)

Sentaíto yo en mi petate, / con mi cabecita echada p’atrás, / yo me acuerdo de mi madre, / ¿ Mis niños, cómo estarán ?

El anillo que tú me diste, / se lo di yo a la carcelera, / que me quitara los grillos / y la libertad a mí me diera.

A un calabocito oscuro, / a mí me traían la comida / y yo penaba más suspiros / que cachitos de pan comiá. (tonás, El Chocolate)

Sentaíto estaba yo en mi petate…

Me llevaban a mí en conducción / y yo le dije a la partida / que me aflojaran a mí los cordeles, / que los brazos a mí me dolían. (martinetes, Juan Talega)

Manuel Agujetas / Martinete (3)
El Chocolate / Tonás
Juan Talega / Martinetes

• Martinete (3) : Manuel Agujetas (chant)

• Tonás : El Chocolate (chant)

• Martinetes : Juan Talega (chant)

Nos llevan en conducción, / hicimos una gran parada, / a toítos les dieron agua / y a mí no me dieron nada. (toná, Paco Muriana)

Estando yo en el Altozano / comiendome los míos piñones, / oí una voz que decía : / "y tiran por los callejones".

Unos le tiraban piedras / y otros le pegaban palos, / oí una voz que decía : / "no pegarle, que es mi hermano". (martinetes romanceados, Naranjito de Triana)

Alevántate, gitana, / y lávame estos pañuelos, / que yo no vea la sangre / que a mí los jeres me la hicieron. (toná, José Mercé)

Paco Muriana / Toná
Naranjito de Triana / Martinetes romanceados
José Mercé / Toná

• Toná : Paco Muriana (chant)

• Martinetes romanceados : Naranjito de Triana (chant)

• Toná : José Mercé (chant)

Estaba (estando) yo en el calabozo, / y me metieron en el otro más malo, / que apenas yo podía ni verme / los deítos de las manos. (martinete, Manolo Caracol)

En la estación de Jerez / mi bata (madre) me fue a abrazar. / Los pícaros de los jeray (guardias) / me la tiraron para atrás. (toná, Enrique Morente)

A la puerta de la audiencia, / un gitano de Granada / llegó pidiendo clemencia / y no se la quisieron dar.

En una tarde de verano, / y lo mataron en Granada, / y todo el pueblo gitanto / recibió la puñalada.

(En) la puertecita del cabildo / me comenzaron a mí a pagar… (martinetes romanceados, Paco Taranto)

Manolo Caracol / Martinete
Enrique Morente / Toná
Paco Taranto / Martinetes romanceados

• Martinete : Manolo Caracol (chant)

• Toná : Enrique Morente (chant)

• Martinetes romanceados : Paco Taranto (chant)

En un laíto de Paterna, / al laíto de un vallado, / allí llegaron los jeres / y me sacarron amarrado. (martinete, Agujetas el Viejo)

Tran, tran, ya lo traen, / tran, tran, ya lo llevan, / lo llevan en conducción.

Al llegar al Altozano, / se escucha una triste voz : / « pena de la vida tiene / aquel que sea caló (gitano) ». (toná (1), Paco Moyano)

Tran, tran, a la puerta llaman. / Tran, tran, no sé quien sera.

Ell reloj de la audiencia / la hora acaba de dar. / Y le dije a mi compañera, / la muerte me van a dar. (toná (2), Paco Moyano)

Agujetas el Viejo / Martinete
Paco Moyano / Toná (1)
Paco Moyano / Toná (2)

• Martinete : Agujetas el Viejo (chant)

• Toná (1) : Paco Moyano (chant)

• Toná (2) : Paco Moyano (chant)

Cuando suenan los cerrojos / y al alba del nuevo día / y a unos les daban martirios dobles / y a otros les estaban quitadon la vida.

Y aquél que se va, / va diciendo en el silencio : / « ¡ Qué grande es la libertad ! » (tonás, Antonio Reyes)

Hasta el reloj de la audiencia, / la cuerdo se le rompió / cuando escuchó la sentencia : / a la cárcel me mandó. (martinete, El Torta)

Los jeres (hombres) por las esquinas, / y en silencio y un farol. / En alta voz se decían : / y matarlo, que es calorró (gitan).

Y me metieron a mí en una sala / donde yo no veía la luz del día, / donde yo solita me alumbraba / y con el cigarrito que tenía. (martinetes, Inés Bacán)

Chorrorros los calorillos / que hay lacros que no los camelan, / sinelando los calós mistós, / es porque hay lacrós que no los chanelan — Pobres de los gitanitos / que hay payos que no los quieren, / siendo los gitanos buenos, / es porque hay payos que no los entienden. (debla, Gabriel Moreno)

Antonio Reyes / Tonás
El Torta / Martinete
Inés Bacán / Martinetes
Gabriel Moreno / Debla

• Tonás : Antonio Reyes (chant)

• Martinete : El Torta (chant)

• Martintes : Inés Bacán (chant)

• Debla : Gabriel Moreno (chant)

Sur le plan social comme pour le flamenco, les gitans sont des andalous comme les autres, et vice-versa. Comme la majorité des andalous, ils sont souvent chômeurs ou contraints d’accepter des emplois précaires et sous-payés, en particulier celui de journalier agricole. Aussi les cantores gitans ont-ils toujours chanté à ce sujet les mêmes letras traditionnelles que leurs collègues "payos" (cf. deuxième partie). Pendant la fin du franquisme et les premières années de la « transition démocratique », ils adhèrent comme eux au « cante de protesta » (cf. cinquième partie). Cependant, quelques artistes gitans défendent des revendications spécifiques. Ils s’attachent à l’éducation historique de leurs concitoyens, gitans ou non, en rappelant les tristes réalités de cinq siècles de stigmatisation, et à la défense de leur dignité et de leur spécificité, donc à l’application effective de la liberté et de l’égalité que la Constitution de 1978 leur garantit.

C’est le cas notamment du danseur et chorégraphe Mario Maya, avec deux spectacles qui connurent un grand retentissement médiatique, en Espagne comme au-delà de ses frontières, et suscitèrent bien des vocations militantes : "Camelamos naquerar" ("Nous voulons parler" — 1976), et "¡ Ay ! jondo…y lo que queda por cantar" (1977). Avec la fondation à Grenade, en 1974, d’un studio de danse nommé "Zincale", Mario Maya entendait produire des spectacles engagés tant dans des problématiques sociales et politiques générales que dans un combat spécifiquement gitan, dont la première création, la même année, fut "Ceremonial, sur des textes de Juan de Loxa. Suivirent la compagnie de "Teatro Gitano Andaluz" et "Camelamos naquerar", dont le propos, selon les déclarations de ses auteurs, était d’ "exposer une situation d’injustice déterminée". Mario Maya s’était associé pour le projet avec le poète José Heredia Maya, premier professeur gitan de l’Université espagnole – il était titulaire de la chaire de poésie de l’Université de Grenade. La troupe était constituée de Mario Maya et Concha Vargas (danse), Antonio Cuevas "el Piki" (chant), Antonio Gómez Pantoja "Gómez de Jerez" (récitant, chant et danse) Paco Cortés et Pedro Escalona (guitare). Le scénario était divisé en trois parties : historique des principales législations depuis le XVe siècle / figurations par la danse et le chant de l’angoisse provoquée par la persécution / célébration de la vitalité intacte de la culture gitane sous forme de fête ("juerga") flamenca.

Tournage de la deuxième version de "Camelamos naquerar" à Guadix / CDA de Andalucía

L’œuvre fut filmée en 1976 par les réalisateurs Miguel Alcobendas et Ramón Pareja (pour la télévision italienne). Les deux films rompent avec l’austérité de la mise en scène théâtrale d’origine. Alcobendas situe l’action, par des plans de coupe tournés en décors naturels, dans des quartiers d’habitats troglodytes de Grenade et de sa province (Purullena, Benalúa, Iznalloz et Guadix) — la pièce proprement dite reste captée en studio, sans autres décors qu’un fond gris. Sous une forme plus proche du documentaire, Pareja filme totalement en décors naturels : la compagnie est en représentation sur une scène dressée sur une place de Guadix, dans un quartier de maisons troglodytes : les tableaux successifs de la pièce sont ponctués de témoignages et de souvenirs des spectateurs, qui complètent et commentent la dénonciation des acteurs. Même si dans ce cas le réalisateur tente d’échapper aux stéréotypes en donnant la parole aux gitans qui habitent le quartier, les deux films restent fondamentalement construits sur la "combinaison Gitan-Cave-Flamenco" (Campos Fernández), héritière à Grenade d’une longue tradition oscillant entre la répulsion et le paternalisme. En 1949, Candido G. Ortiz de Villajoz, "Cronista Oficial de Granada y su Provincia" et "Académico Correspondiente de la Historia" en 102 pages, trois partitions ("La cachucha", "La albolá" et "La mosca") et 25 photographies (Torres Molina) un catalogue quasi exhaustif de tous les clichés attachés aux "gitanerías" (Gitanos de Granada (La Zambra). Granada, Editorial Andalucía Granada). N’y manquent ni les caves, habitat "naturel" des gitans, ni le flamenco, expression "intrinsèque" de leur culture. L’année précédente, le maire de Grenade avait déjà organisé une exposition gitane au Corral del Carbón. Pour conserver le mode de vie d’une "race", on avait recréé deux casas-cuevas, avec vêtements, décorations et meubles typiques. De "vrais" habitants du Sacromonte y représentaient leur vie quotidienne : une exposition coloniale miniature, apte à donner à la bonne bourgeoisie du centre-ville le frisson d’une expédition chez les indigènes… à un quart d’heure de marche de l’Albaicín et guère plus du Sacromonte.

Entre octobre 1962 et février 1963, des pluies diluviennes s’abattent sur Grenade, provoquant une crue dévastatrice du Río Genil et des glissements de terrains qui détruisent une partie des caves du Sacromonte. Les autorités locales et la Garde Civile évacuèrent totalement le quartier et improvisèrent des camps de fortune dans le quartier du Zaidin, les arènes et jusque dans la cour de la mairie. Au lieu de réhabiliter le quartier, on en profita pour reloger les habitants dans des quartiers neufs, d’abord "La Virgencica" puis d’autres "polígonos" construits postérieurement sans que l’on puisse arguer d’autres catastrophes naturelles. Quelles qu’aient été les bonnes intentions des architectes et des urbanistes — eau courante, électricité, toilettes, etc. voire reproduction industrielle de l’organisation intérieure des casas-cuevas à La Virgencica —, le résultat est quinze ans plus tard aussi désastreux que dans tous les quartiers périphériques des grandes villes andalouses. Dans " ! Ay ! jondo" (textes de Juan de Loxa), tout en conservant les principaux thèmes de son œuvre précédente, Mario Maya en prend acte en infléchissant le propos vers des problèmes socio-politiques plus en phase avec l’actualité. Une récitante détermine les interventions des artistes, mises en scène sur plusieurs plans historiques simultanés : Mario Maya et Carmen Mora (danse), Antonio Cuevas "el Piki" et Miguel López (chant), Paco et Miguel Ángel Cortés (guitare), Concha Camacho et Antonia G. Maya (chœurs). La télévision espagnole filme deux fois le spectacle pour la série "Rito y Geografía del Baile", dirigée par Fernando Quiñones (dixième programme : "Aportaciones actuales"). Les décors sont révélateurs : ambiance rurale avec un olivier et des bottes de paille d’abord (référence aux journaliers agricoles) d’abord ; mur de briques et graffitis (" Gitanos NO" barré d’un "Si" et "Libertad ya") ensuite (référence aux "polígonos").

" ¡ Ay ! jondo" — première version

" ¡ Ay ! jondo" — deuxième version

• "Camelamos naquerar"

Qué lo que ha pasado ? / que los gitanitos / que se han rebelado.

¡ Eso no puede ser ! / ¿ Qué lo que ellos quieren ? / Que los gitanitos / tengan pan y aceite.

¡ Eso no pué ser ! / Quieren además / que todos los hombres / seamos igual.

¡ Eso no pué ser ! / ¡ Qué barbaridad ! (jaleos 1)

Es posible que no existiera Dios todavía en la mente de los hombres, cuando los niños jugaban con la luna y todos con la misma se acostaban. (récitatif)

Canastitos para mi niño / una cunita de varetas / yo las corto de los ríos / su madre las enjareta. (siguiriya 1)

Cuando la tierra era una estrella y no un soporte de mendigos, de muertos, de famélicas madres, de animales terribles y no un soporte, digo, de negros, de amarillos y de blancos, y dentro de los blancos, moros, indios y gitanos. (récitatif)

Yo recuerdo en la memoria / las fatigas que he pasado.

Recuerdo a un rey / y a un cardenal, / a cual más malo, / más infernal.

Uno es Cisneros, / otro Fray Juan, / Felipe Quinto / es otro igual.

Mira la tierra / qué inmensa es, / un trozo es tuyo / lucha por él. (jaleos 2)

Cuando las cosas eran más de todos, / cuando nací, ya hace milenios, todo era mucho más hermoso / pero aquello duró / lo que dura un relámpago / o tal vez menos. (récitatif)

"Camelamos naquerar" / jaleos (1)
"Camelamos naquerar" / récitatif et siguiriya (1)
"Camelamos naquerar" / récitatif, jaleos (2), récitatif

Los decretos que tú diste / me cornearon para siempre.

Sesenta días pasaron / y cinco siglos hirientes, / me condenaron en vida /

A este destierro entre gente / que me van a mí frenando / con esas cosas que tienen.

Muchos azotes me dieron / por vivir yo con mi gente.

Me mutilaron los miembros / no las alas de la frente. / pero no serví a señores / venenosos como sierpes.

Por estos reinos vagué con una deuda pendiente.

Pero ya no aguanto más / que soy un pueblo inocente. / que soy un pueblo inocente. (romance)

A tierra, tierra, / pon tu cuerpo a tierra / tierra, tierra, / gitano, tierra comba. /

Paraíso gitano, luna siembra / y en la tierra, / gitano, siembra, comba.

¡ Ay ! Que siempre me acordaré / tienes conmigo una deuda / de verdugo en la piel.

Ayer cayeron doscientos, / doscientos hermanos nuestros.

Hacia poniente se van, / caminan a paso lento, /

Recuerdan qu en tierra dejan / doscientos hermanos muertos. (caña)

Los cinco sentidos / me faltan por ti, / busné (payo) de mala sangre, / como a Cristo me has hecho de sufrir. /

¡ Ay ! Chorreando en sangre, / herido de muerte, / como voy buscando una manita amiga / que a mí me remedie.

Nadie te va a ayudar / que como a los animales del monte / nos tiran a dar. (siguiriyas 2 et cabal)

"Camelamos naquerar" / romance
"Camelamos naquerar" / caña
"Camelamos naquerar" / suiguiriya (2) et cabal

¡ Ay ! Sale una voz que es la pena / del penal de Cartagena. / sale una voz que nos canta : /

"Que se pique de gangrena / la boca con que a mí tú me riñes, / la mano con que me pegas". (taranto)

Con el alba me alevanto / sin haber podido dormir, / me han dicho que en los papeles / nos condenan a morir.

Yo soy gitano, / madre del alma, / es mala suerte / no tener cama.

Yo soy gitano, / gitano bueno. / qué frío hace / cuando (es) invierno.

Madre del alma / nací gitano / si no soy bueno / será por algo. (cantiñas)

Después de mucho pensar, he llegado a la conclusión que a un pueblo no se le mata / no se calla su clamor. (récitatif)

Con el alba me alevanto / sin haber podido dormir, / me han dicho que en los papeles / nos condenan a morir.

Para pedir / y con provecho / la mejor forma / es descubierto.

Yo vi a un obispo / y a un limosnero, / iba tapado / sólo el primero.

Pero el obispo / regala el cielo / por eso tiene / puesto el sombrero. (cantiñas)

Mira qué flamenco, prima, / mira qué gitano soy / pena el crayí que me naje (dice el rey que me vaya) / yo con mi gente me estoy.

Yo soy gitano, / madre del alma… (bulerías)

Pon tu cuerpo a tierra, tierra, / tierra, gitano, tierra comba / paraíso gitano, luna siembra / siembra, gitano, siembra sombra.

Pon tu cuerpo a tierra muerta / muerta gitano, la esperanza muerta / gitano la esperanza muerta / y la esperanza muerta, muerta… (tangos del Cerro)

"Camelamos naquerar" / taranto
"Camelamos naquerar" / cantiñas, récitatif, cantiñas, bulerías
"Camelamos naquerar" / tangos del Cerro

• "¡ Ay ! jondo"

Es urgente pedir por esa boca, / poner los dedos en la llaga, / romperse el corazón, /
minar la roca que frena / el manantial de fe y de fiebre. /

Que ha de saltar la liebre / cuando menos se espera.

¡ Mirar los rostros, / como ya se aprimaveran ! / Urgente es preguntar / para los ausentes, / de su eterna prisión romper los lazos,

Gritar para exigir la libertad que aspiro / antes que este tiempo nos quiebre entre balazos. (coro flamenco)

Pan y trabajo, / siempre se escapa el tiro / para los de abajo.

Qué mala pata / no les saliera el tiro / por la culata.

Más les valiera / tirar a la Hollanca / la cartuchera. (alegrías)

¿ Quién es esta gente / con tantos castigos, / tan alta la frente ?

¿ Qué es lo que hemos hecho, / que los gitanos / no tenemos techo ?

¡ Qué se habran creído, / llamar a los guardias : / los quiero prendidos !

¡ Que nadie me humilla, / morire de pie, / que no de rodillas ! (jaleos)

Todo el mundo nos persigue. / ¿ Padre mío, qué habremos hecho ? / Sangre de mi pueblo riega / el surco de este barbecho. (toná)

Desde antes de nacido, / señaladito (es) mi niño. / Las heridas de las argollas, / se las alivia mi cariño. (nana)

Ha brotado tu voz de todos los suburbios, de las tijeras de esquilar y las canastas, de tus barracones, gitano, de tu mujer a punto de parir, gitano. (récitatif).

En 1972, Juan Peña "el Lebrijano" enregistre une œuvre singulière, "La palabra de Dios a un gitano", une sorte d’ "oratorio flamenco" avec orchestre symphonique, sur des textes évangéliques canoniques. Quatre ans plus tard, il renoue avec cette inspiration. "Persecución" est l’un des sommets d’une discographie exceptionnelle par sa qualité comme par sa quantité : El Lebrijano (chant), Enrique de Melchor et Pedro Peña (guitare), chœurs arrangés par José Torregrosa. Les récits et les letras, signés du poète Félix Grande, mêlent références bibliques, histoire de la persécution des gitans en Espagne (le cantaor invente à cette occasion un nouveau cante, "de galeras") et description de leur mode de vie traditionnel (le disque commence par un "cante de caravana"), avec, en leitmotiv, la liberté.

Libres como el aire, / libres como el viento, / como las estrellas en el firmamento, / como nuestros pares y nuestros abuelos.

Libres como han sido / toítos nuestros muertos. / Libres, somos libres, / libres como el viento.

Gitanos en caravana, / gitanos en caravana, / vienen desde el horizonte /mientras nace la mañana.

Caravana, caravana de gitanos, / caravana de gitanos. / llevan los piés sucios, / llevan su mundo en las manos.

¡ Patriarca, patriarca, abre el camino ! / ¡ Patriarca, abre el camino ! / Es el grano de la espiga / es la solera del vino.

Libres como el aire, / libres como el viento, / como las estrellas en el firmamento.

El rojo, el rojo de tu vestido, / como una lengua de fuego / va derritiendo el Rocío.

Brilla el sol, brilla el sol en tus zarcillos, / brilla er sol en tus zarcillos, / tu cara brilla en tus ojos, / tus manos en tus anillos.

Si tu querer, si tu querer me da abrigo, / yo he de ser un buen gitano, / con la libertad y contigo.

Libres como el aire, / libres como el viento… (cante de caravana (jaleo))

Gitana, gitana, gitana, / gitana con tu gitanería, / gitana, gitana, gitana / se lo dijiste a la Virgen María.

Una gitana se ha acercado / al pie de laVvirgen pura, / hincó su rodilla en tierra y le dijo la buena ventura :

"Tú vas a ser madre de un hijo / al que van a perseguir / ¡ Acuérdate de nosotros, / cuando de pena te sientas morir !"

"Tú vas a ser madre de un hijo / al que van a encerrar en prisión. / ¡ Acuérdate de los gitanitos / cuando empiece la persecución !"

"Tú vas a ser madre de un hijo / al que van a azotar en sus carnes. ¡ Acuérdate de los gitanitos / cuando a latigazos le arranquen la sangre !" (bulerías)

No fueron los judios ni los moros / fueron los reyes cristianos / ella se llamo Isabel / y el se llamaba Fernando.

Cuando firmaron la ley / no le temblaron la mano.

Finales del siglo quince / novientaynueve año / una ley sin compasion / nace en Medina del Campo.

Cuando firmó firmó la ley / no le tembló / tembló la mano. (tientos)

"Persecución" / Cante de caravana
"Persecución" / Bulerías
"Persecución" / Tientos

Mi condena, mi condena, / pensar que mis niñoz crezcan / camino de esta cadena.

Entre el ruido de los golpes / me puse a considerar : / a prisión suenan mis carnes / y a libertad suena el mar.

Pero mi dolor es más fuerte, / era que mis niños crezcan y conozcan esta muerte.

Al despuntar la mañana / y con los hierros en los tobillos, / lo primerito que hago / es recordar yo a mis chaborillos (niños).

Mi condena, mi condena…

Olealitas que van y vienen / al despuntar la mañana / lo primerito que hago / es recordar yo a mi gitana.

¡ Gitanita, gitanita ! / Vente con mis niños lejos de esta cadena maldita.

Parar el tiempo yo quisiera, / si eso estuviera en mis manos, / que no vayan a las galeras / mis niños que son gitanos.

¡ Qué pena tan grande, qué pena tan grande Dios mío ! los golpes me han despertado, / las lágrimas me han dormido. (cante de galeras)

La casa de Dios, el último amparo, Don Felipe quinto lo niega al gitano. Cualquiera que huyere en lugar sagrado encontraba asilo, pero no el gitano.Orden fue del rey, lo ordenó bien claro : de lo hondo del templo, sacar al gitano. Puerta de la iglesia, el último amparo, Don Felipe quinto la cerró al gitano.

Me vienen siguiendo / me escondo al rezar. / como me sacan y arrastran por suelo / por el altar.

Agarradas al Cristo / tenia mis manos. / como me arrastran, me arrastraron fuera de la Iglesia / por ser yo gitano. (récitatif, siguiriya chorale, siguiriya et cabal)

"Persecución" / Cante de galeras
"Persecución" / Récitatif, siguiriya chorale, siguiriya et cabal

Bibliographie

CAMPOS FERNÁNDEZ, José Daniel. Mario Maya : Camelamos Naquerar, ¡ Ay ! jondo (1976-1977). Gitanos, cuevas y polígonos de Vivienda. Plataforma Independiente de Estudios Flamencos Modernos y Contemporáneos, 2018 — https://vdocumento.com/jose-daniel-campos-fernandez-mario-maya-camelamos-aypuniaesdmdocumentsalcmstuinv03pdf.html

MARTÍNEZ MARTÍNEZ, Manuel. Las medidas sobre gitanos de Carlos III. Sevilla, Centro de Estudios Andaluces / Revista Andalucía en la Historia (no 55), 2017.

QUINTANILLA AZZARELLI, Jesús. Impacto mediático de Camelamos naquerar en la Prensa de la Transición democrática. Sevilla, Universidad de Sevilla, 2015 — https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=jesus+quintanilla+azzarelli+impacto+mediatico+pdf

RÍO RUIZ, Manuel Ángel. La redada general de gitano de. 1749. Sevilla, Centro de Estudios Andaluces / Revista Andalucía en la Historia (no 55), 2017.

SIERRA, María. El pueblo gitano y la guerra civil. Sevilla, Centro de Estudios Andaluces / Revista Andalucía en la Historia (no 55), 2017


El Tenazas de Morón / Martinetes
Antonio Mairena / Tonás
Oliver de Triana / Martinete
Joselero de Morón / Martinete
El Lebrijano / Martinetes
David Carpio / Martinetes
Miguel Lavi / Martinete
Manuel Agujetas / Martinete (1)
Manuel Agujetas / Martinete (2)
Manuel Agujetas / Martinete (3)
El Chocolate / Tonás
Juan Talega / Martinetes
Paco Muriana / Toná
Naranjito de Triana / Martinetes romanceados
José Mercé / Toná
Manolo Caracol / Martinete
Enrique Morente / Toná
Paco Taranto / Martinetes romanceados
Agujetas el Viejo / Martinete
Paco Moyano / Toná (1)
Paco Moyano / Toná (2)
Antonio Reyes / Tonás
El Torta / Martinete
Gabriel Moreno / Debla
Inés Bacán / Martinetes
"Camelamos naquerar" / jaleos (1)
"Camelamos naquerar" / récitatif et siguiriya (1)
"Camelamos naquerar" / récitatif, jaleos (2), récitatif
"Camelamos naquerar" / romance
"Camelamos naquerar" / caña
"Camelamos naquerar" / suiguiriya (2) et cabal
"Camelamos naquerar" / taranto
"Camelamos naquerar" / cantiñas, récitatif, cantiñas, bulerías
"Camelamos naquerar" / tangos del Cerro
"Persecución" / Cante de caravana
"Persecución" / Bulerías
"Persecución" / Tientos
"Persecución" / Cante de galeras
"Persecución" / Récitatif, siguiriya chorale, siguiriya et cabal




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