Le cante, une histoire populaire de l’Andalousie / 2ème partie

lundi 18 octobre 2021 par Claude Worms

Le titre de cet article fait référence à deux livres fondamentaux d’Howard Zinn (Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Marseille, Éditions Agone, 2002) et de Michelle Zancarini-Fournel (Les luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, Paris, Éditions La Découverte, 2016). Des générations de "flamencologues" ont répété à satiété la thèse selon laquelle le cante était d’autant plus "pur" que les coplas traitaient de thèmes réputés universels, tels la mort, l’amour, la mère, etc. Il s’agit là d’un postulat essentialiste selon lequel les andalous en général, et les gitans en particulier, seraient enclins à un fatalisme qui engendrerait passivité et soumission à l’ordre social établi...

Grève des ouvrières des usines textiles La Industria Malagueña, appartenant à la famille Larios — Málaga, 1890

... Or, si les letras sont effectivement rarement engagées politiquement ou socialement, au sens strict du terme (du moins jusqu’à la fin du franquisme), leur lecture sans a priori montre qu’elles racontent une histoire populaire de l’Andalousie : parfois directement, par des prises de position dans des conflits politiques et des luttes sociales ; plus souvent indirectement, par le constat accablant des énormes inégalités qui marquent la société andalouse pendant un siècle et demi d’histoire du flamenco.

Exécution au garrot de quatre militants anarchistes — Plaza de Belén, Jerez de la Frontera, 1892

Deuxième partie : ¡ Ayer se cayó una torre !

II A Modernisation économique et inégalités sociales en Andalousie (1833-1931)

Durant le deuxième tiers du XIXe siècle, l’Andalousie connaît une modernisation économique comparable, même si plus fragile, à celle de la France du règne de Louis-Philippe. La dépression économique qui suit provoque un retard considérable de l’agriculture et de l’industrie. Les grands propriétaires terriens transfèrent à la main d’œuvre le coût de la contraction de la production et surtout des exportations, par une pression sur les salaires et une hausse des prix sur le marché intérieur. L’Andalousie reste la deuxième région industrielle d’Espagne, cependant loin derrière la Catalogne. La distribution sectorielle de la production évolue peu entre 1856 et 1900. A cette dernière date, pour les quatre principaux secteurs : agro-alimentaire, 61,67% ; métallurgie : 8,95% ; textiles : 7,72% ; industrie chimique : 6,20% (Lacomba, page 86). L’écrasante domination de la transformation des produits agricoles, essentiellement intermédiaire, est un symptôme du retard de l’industrie andalouse. Par contre, l’exploitation minière est en forte progression : d’abord le plomb (Almería et Jaén), puis le cuivre (Río Tinto, Huelva) et enfin le charbon (Córdoba). Mais à partir des années 1870, la pénétration des capitaux extérieurs, nationaux ou étrangers, prive l’Andalousie du réinvestissement local des bénéfices, qui de surcroît alimentent souvent la spéculation boursière. Le cas des mines de Río Tinto, devenues colonies britanniques via les entreprises Tharsis Sulphur et surtout Río Tinto Company, en est un exemple emblématique. La construction du réseau ferré reflète cette situation de dépendance. La Compañía de los Ferrocariles de Madrid a Zaragoza y Alicante ou MZA (1856) est une émanation de la Compagnie du Chemin de Fer Grand-Central de France dont l’un des principaux administrateurs est le duc de Morny. A partir de la ligne Madrid-Alicante (1858), elle construit des liaisons vers Huelva et vers l’Estrémadure. La Compañía de los Caminos de Hierro del Sur de España (1889) est contrôlée par des capitaux français, belges et catalans. Elle obtient l’adjudication de la ligne Linares-Almería, avec bifurcation vers Granada (1905). Il en advint comme des infrastructures coloniales : le réseau ne visait pas à articuler le marché intérieur, mais à drainer la production locale (surtout minière) vers les ports d’exportation, et à ouvrir le marché andalou aux produits étrangers. Bien qu’elle ait racheté de nombreuses petites lignes locales, la Compañía de los Ferrocarriles Andaluces (capitaux espagnols et français, 1878) ne rééquilibra ce réseau que marginalement. La majorité des andalous payent le prix de la dépendance, de la récession économique et des latifundia : salaires au plus bas, prix des produits de première nécessité au plus haut, faim, misère et chômage. On estime à plus de 200000 le nombre des andalous qui émigrent vers les pays d’Amérique latine et vers l’Algérie entre 1884 et 1898 (Lacomba, page 84) — en 1887, l’Andalousie compte 3 431 000 habitants.

Jusqu’à la fin de la deuxième République (1931-1939 — "deuxième" et non "seconde", parce que nous espérons qu’il y en aura une troisième), le bilan de l’économie andalouse évolue peu, et même empire pour ce qui concerne le développement industriel.

Journaliers moissonneurs

La question agraire reste évidemment cruciale. En 1928, le pourcentage des terres incultes atteint 49,6%. En 1930, 5873 propriétaires de domaines de plus de 250 hectares monopolisent 46,54% des terres enregistrées au cadastre (Lacomba). Entre 1900 et 1930, le pourcentage des paysans sans terre atteint des sommets dans les provinces de Séville (61,7% / 66,7%), Cádiz (70,8% / 68,7%) et Almería (64,2% / 60%) — dans les autres provinces, il se situe entre 30% et 50%, selon la date retenue (Manuel González de Molina). La production reste centrée sur les céréales, les olives et la vigne, et la productivité reste faible, faute d’investissement malgré une timide mécanisation et le recours modeste aux engrais chimiques. Le chômage, total ou partiel, atteint entre 50 et 70% des ouvriers agricoles en juillet 1933, entre 60 et 70% en février 1936 (Robledo Hernández). La probabilité d’un soulèvement général engendré par cette situation fut l’une des causes essentielles de la réforme agraire tentée par la deuxième République à partir de 1932, sans grands effets et interrompue par la Guerre Civile en 1936. Son rythme et son ampleur suivent les vicissitudes politiques de ces quatre années : application prudente d’abord ; ralentissement après la victoire électorale de la droite en 1933 ; mise en œuvre plus déterminée d’octobre 1934 à juin 1935 par Giménez Fernández, ministre de l’agriculture ; annulation de fait par Velayos, qui lui succède le 3 juillet 1935 ; application accélérée de la loi de 1932 après la victoire du Front Populaire en février 1936. Si elle avait été menée à son terme, la réforme agraire aurait touché 8393 propriétaires de 2 418 084 hectares divisés en 82717 parcelles. Son extension reflétait la disparité de la répartition des latifundia : les propriétés expropriables atteignaient 44,48% à Cádiz, 42,02% à Sevilla, 30,73% à Córdoba, 28,74% à Málaga, 27,14% à Huelva, 23,51% à Granada, 19,15% à Jaén et 5% à Almería.113666 journaliers, soit 22% d’entre eux, devinrent propriétaires d’une parcelle. La Guerre Civile et le franquisme en décidèrent autrement. Les militants paysans avaient déjà eu un aperçu de ce qui les attendait : pendant la réforme agraire, 62205 (4% de la population rurale active) furent assassinés en toute impunité. Comme la répartition des grèves par province lors du "Trieno bolchevique" (1918-1920), celle des victimes reflète le contraste entre une Andalousie orientale latifundiaire et une Andalousie occidentale où la petite propriété indépendante est plus marquée : Sevilla, 11694 ; Córdoba, 9579 ; Málaga, 7000 ; Huelva, 6019 ; Granada, 5048 ; Cádiz, 3071 ; Jaén, 3040 ; Almería, 373 (Robledo Hernández).

Carte extraite de l’ouvrage de Jacques Maurice, El anarquismo andaluz. Campesinos y sindicalistas. 1868-1936

Malgré une phase favorable liée à la neutralité de l’Espagne pendant la Première Guerre mondiale, qui dynamisa les exportations (sidérurgie, La Constancia, Marbella ; textiles, Industria Malagueña S. A., Málaga ; industrie sucrière à Málaga et Granada) et atténua temporairement les effets de la perte des dernières colonies, le premier tiers du XXe siècle confirme la désindustrialisation de l’Andalousie. Seules les productions traditionnelles liées aux produits agricoles se maintiennent, mais les entreprises y restent proches de l’artisanat. L’exploitation minière stagne ou décline pendant la crise qui suit la fin de la Première Guerre Mondiale, et même l’anticipe dès 1917. La chute des exportations précipite la ruine des grands ports, d’abord celui de Cádiz, le plus touché par l’indépendance des dernières colonies, puis ceux de Málaga et Almería. Enfin, le secteur bancaire reste largement dominé par les capitaux étrangers, dont la préoccupation première n’est pas l’investissement local. Le chômage pèse sur les salaires. Ils évoluent cependant à la hausse, mais beaucoup moins rapidement que le coût de la vie. La neutralité de l’Espagne pendant la première Guerre Mondiale provoqua une hausse des exportations agricoles et consécutivement une tendance inflationniste sur le marché intérieur. Ramené à une base 100 pour 1914, l’indice du salaire nominal moyen atteint en 1920, selon les provinces, entre 135 et 162. Sur la même période, celui des prix des produits de première nécessité passe de 100 à une fourchette comprise entre 185 et 199 (Lacomba, page 127).

Occupation de terres à Badajoz — donc en Estrémadure, mais la même scène aurait pu être photographiée en Andalousie

II B Militantisme et luttes sociales

La mise en pratique de la Constitution de 1876, avec système censitaire réservant le droit de vote à plus ou moins 5% de la population, organise une alternance entre les conservateurs menés par Antonio Cánovas del Castillo et les libéraux menés par Práxedes Mateo Sagasta : oligarchie et caciques mènent la danse, corruption et répression à volonté, relayées sur le terrain par les gouverneurs civils. Mais à partir des années 1880, la multitude des victimes commence à s’organiser. Après une période de clandestinité, le Federación de Trabajadores de la Región Española (FTRE), de tendance anarchiste et internationaliste, est constituée officiellement en 1881. La Catalogne et l’Andalousie en sont les deux foyers les plus importants : au Congrès de Séville de 1882, les andalous représentent 66,2% des fédérés ; les paysans comptent pour 50,8% des effectifs militants. Après sa dissolution en 1888, des groupes libertaires clandestins continuent à se réclamer de la Première Internationale — anticléricalisme virulent et actions violentes marquent un particularisme andalou. Fondés respectivement en 1879 et 1888 le Partido Socialista Obrero Español (PSOE) et son émanation syndicale, l’Unión General de Trabajadores (UGT), tentent de combler le vide laissé par la disparition de la FTRE. Elles enregistrent quelques succès dans les villes et les centres industriels, mais n’ont qu’une faible audience dans les milieux ruraux.

Dans les campagnes, l’action violente est symbolisée par des meurtres attribués à une mystérieuse société secrète, la Mano Negra, entre août et décembre 1882. On découvre alors opportunément les supposées statuts de l’organisation, qualifiés unanimement par la presse bourgeoise d’"anarchiste, nihiliste et criminelle". Que la Mano Negra et le document aient ou non existé fait encore l’objet de débats. Par contre, ce qui est certain, c’est que la propagande gouvernementale s’en empara pour manipuler l’opinion publique (une grande première en Espagne) et justifier une répression sans pitié menée conjointement par l’armée, les Gardes Civile et Rurale et des sicaires stipendiés par des caciques locaux. A des arrestations massives, succéda le procès à grand spectacle de dix-sept inculpés. Le tribunal de Jerez prononça sept peines de mort, augmentées à quinze par le Tribunal Supremo. Finalement, deux militants furent exécutés, Juan Ruiz et Juan Galán, sur la Plaza del Mercado de Cádiz le 14 juin 1887. Le 8 janvier 1892, cinq à six-cents paysans assaillirent Jerez, avec l’objectif de prendre le contrôle des casernes, de la prison et de quelques édifices publics. Qu’il se soit agi d’établir une commune anarchiste dans toute la région ou, plus modestement, de libérer les prisonniers, la répression fut aussi violente qu’en 1882-1883. Remarquons cependant que, si les soldats refusèrent de s’associer à la rébellion, ils répugnèrent aussi à tirer : les affrontements se soldèrent "seulement" par un mort et quelques blessés. Un nouveau procès condamna à la peine de mort Fernández Reina, Zarzuela Granja, Silva Leal et Fernández Lamela, qui furent promptement exécutés au garrot en février 1892. Ces évènements donnèrent au pouvoir une excuse "légitime" pour persécuter, non seulement les supposés responsables, mais plus généralement tous les militants paysans et ouvriers. Il s’agissait aussi d’encourager les grands propriétaires terriens à suivre ce noble exemple. Et, en effet, la terreur affaiblit durablement le mouvement ouvrier jusqu’à la décennie 1910, date de la création à Barcelone de la Confederación Nacional del Trabajo (CNT), l’un des membres fondateurs de l’AIT en 1922.

Arrestation de militants anarchistes par la Garde Civile

En Andalousie, la Federación Nacional de Agricultores (Córdoba, 1913) se fondit dans la CNT en 1919 — ce qui n’empêcha pas la création d’une Federación Obrera Regional Andaluza (Sevilla, 1918). L’action des deux organisations provoqua une forte expansion de l’anarcho-syndicalisme en Andalousie : pour les huit provinces le nombre des fédérés passa de 3623 en septembre 1918, à 92995 en décembre 1919. Ils se partagent à peu près pour moitié entre urbains et ruraux (51,7%/48,3%) ; 47,5% travaillent dans l’industrie et les services, 22% dans l’agriculture, 30,5% étant de profession "indécise" (lire : s’emploient où ils le peuvent au jour le jour). Le poids du PSOE fluctue très irrégulièrement, et culmine à 26455 affiliés en 1920 (6988 en 1915, 1130 en 1923…). Les affiliations à l’UGT sont tout aussi faibles et instables : 1372 (1903), 8572 (1918), 39309 (1920), 21414 (1922)... (Lacomba, pages132-135).

Dans l’industrie, les grèves éclatent surtout dans les usines textiles. La main d’œuvre y étant majoritairement féminine, les femmes en sont souvent les instigatrices. Chargées de l’administration quotidienne du budget familial, elles sont particulièrement sensibles au décalage entre la hausse des salaires et celle des produits de première nécessité. Les revendications portent donc surtout sur les salaires et/ou la taxation de ces produits, notamment du pain. La rébellion des ouvrières agricoles à Málaga (1918), même si elle ne vise pas prioritairement les usines, montre à quel point cette question est aiguë. Le 8 janvier, 800 ouvrières agricoles ("faeneras") manifestent dans les rues de la ville. En réponse aux atermoiements du maire (un libéral), une nouvelle manifestation est organisée trois jours plus tard, dont le parcours est significatif : invasion de la mairie, puis assemblée devant les portes de l’usine textile La Industria Malagueña. Le maire organise alors une table ronde avec les patrons des principales entreprises contrôlant la production et la distribution des biens de première nécessité, pour les convaincre de prendre les mesures nécessaires à la baisse des prix. Ils refusent, l’obligent à démissionner et le remplacent par un conservateur. Le 14 janvier, un meeting organisé au siège de la Juventud Republicana regroupe 2000 personnes à l’intérieur du local et 6000 à l’extérieur, selon les sources officielles de l’époque. Le lendemain, parties du pont de Tetuán, des quartiers de Capuchinos et La Victoria et des plages de Huelin, trois manifestations convergent devant la mairie. Les manifestantes répliquent aux premières charges de la Garde Civile par des jets de pierre et en l’assaillant à coups de bâton. Les tirs de la Garde Civile se soldent par la mort de quatre manifestantes, et dix-sept blessées. Malgré la fermeture des locaux ouvriers, la riposte est une grève générale suivie par les dockers, les employés des transports, les maçons, les charpentiers, les typographes, les maréchaux-ferrant, et les ouvriers des usines en fin de matinée (16 janvier). L’après-midi, 12000 personnes manifestent devant l’hôpital militaire où se trouvent les cadavres des quatre victimes — Málaga compte 150000 habitants en 1920. La grève s’étend le lendemain aux employés de bureau, instituteurs, couturières et barbiers. Finalement, les autorités civiles n’ont d’autre choix que de négocier la baisse des prix, et la grève prend fin le 21 janvier.

Grévistes, La Industria Malagueña — 1890

Cette victoire (temporaire) fut cependant une exception. Dès le 21 juillet 1890, une grève ripostait à la tentative de la direction de l’entreprise La Industria Magueña (industrie cotonnière), appartenant à la famille Larios, de baisser le salaire hebdomadaire des ouvrières. Les grévistes exigeaient au contraire une modeste augmentation d’un demi real, soit 1/8 de peseta. Le salaire se situait alors entre 8 et 10 pesetas/semaine pour les contremaîtres, la moitié pour les ouvrières, pour un horaire journalier de quatorze heures. La grève s’étendit rapidement à l’ensemble des entreprises textiles, et fut soutenue à partir du 25 juillet par l’ensemble des associations ouvrières qui constituèrent un fond de soutien : boulangers, cordonniers, charpentiers, ouvriers du filage, de la sidérurgie et du chantier naval, dockers, maçons, charpentiers, typographes, tonneliers, jardiniers et ouvrier(ère)s agricoles. Les jours suivants, des manifestations regroupèrent plus de 8000 personnes. La réponse du patronat et du pouvoir civil fut comme toujours le refus de toute négociation et l’intimidation (déploiement dans la ville de la Garde Civile et arrestations). A bout de ressources, les grévistes se divisèrent progressivement, et des charges de la Garde Civile mirent fin à la grève le 11 août. Cette défaite ne fut cependant pas sans suite, et lança d’autres luttes à Málaga, à l’époque le plus important centre industriel de l’Andalousie. En octobre de 1890, "La Fabril", une "Sociedad de hiladores y de los obreros de las industrias similares" y fut fondée. En avril 1891, le syndicat demanda en vain la réduction de la journée de travail à douze heures. A la suite de grèves répétées, entre 1892 et 1893, les ourdisseurs puis les tisseuses obtinrent des augmentations de salaire, tandis que les teinturiers forcèrent la direction à réintégrer des ouvriers licenciés pour s’être syndiqués. En mai 1893, l’horaire journalier passa enfin à douze heures. Ces succès permirent à La Fabril d’augmenter considérablement l’effectif de ses militants, qui passa de 200 en avril 1891 à 950 en septembre 1893, et de créer un journal, El Socialista. Dès lors, le syndicat mit en œuvre la solidarité nationale et internationaliste, en envoyant des soutiens financiers aux ouvriers incarcérés à Bilbao et à des grévistes licenciés — typographes allemands, cordonniers d’Oviedo, dockers de Gijón, etc. Elle fut particulièrement vigoureuse lors de la longue grève des ouvrier(ère)s de l’usine d’étuis de luxe Vilches (Málaga), de décembre 1893 à mai 1894, qui fut cependant un échec. En octobre de cette même année, La Industria Malagueña exigea la dissolution de La Fabril, faute de quoi elle menaçait de fermer les usines. Pour lui être agréable, les tribunaux incarcérèrent quatre ouvriers de La Industria Malagueña, pour blasphème (!!!) dès le 21, puis, en novembre, des leaders syndicalistes ou socialistes, parmi lesquels le socialiste Rafael Salinas et Manuel Ucea et Juan Salido, de La Industria Malagueña. Mesures jugées insuffisantes : l’exécution de lock out mit au chômage 4000 ouvrie(ère)s. La reprise de l’activité le 17 décembre, accompagnée d’une célébration religieuse, se fit sous surveillance policière, la direction choisissant discrétionnairement qui serait "admis" à travailler. Cette défaite provoqua un déclin durable du socialisme et de l’UGT, non seulement à Málaga, mais en Andalousie. Une grève des ouvriers des hauts-fourneaux, commencée le 11 août 1916, soit trois mois seulement après la création de la Sociedad Minero-Metalúrgica de Málaga, en est un bon exemple. Déclenchée par 270 ouvriers employés aux tâches les moins qualifiées de l’usine El Martinete, elle était motivée par des revendications portant sur les conditions de travail et la discipline particulièrement dure imposée par la direction. Elle échoua à s’étendre aux autres ouvriers des hauts-fourneaux, et plus encore à d’autres secteurs d’activité, du fait du manque de soutien des socialistes et des sociétés ouvrières. Même les anarchistes se montrèrent divisés, certains arguant du niveau relativement élevé des salaires au regard des critères de l‘époque. La direction resta inflexible et les autorités civiles pratiquèrent comme toujours l’intimidation. Les grévistes reprirent le travail dès la fin du mois, en n’ayant obtenu que la réintégration des grévistes licenciés.

Là comme ailleurs, les grands propriétaires terriens et le patronat avaient appliqué victorieusement une stratégie alliant pourrissement et terreur, avec la complicité zélée des pouvoirs politiques et judiciaires locaux et nationaux. Ce rapport de force perdura jusqu’à la deuxième République.

NB : le cas particulier de l’exploitation minière et des cantes de minas fera l’objet de la troisième partie de cet article.

Reprise du travail aux usines El Martinete, dûment célébrée par l’Église — 1916

II C Letras

La plupart des coplas encore chantées actuellement datent de cette période, qu’il s’agisse de modifications/recréations du fond vernaculaire ou de créations personnelles devenues anonymes. Rappelons que la majorité des cantaore(a)s exerçaient divers métiers au gré des opportunités (journaliers agricoles, marchands ambulants, ouvriers des abattoirs, des docks, des grands chantiers, etc.). Le cante n’était pour eux qu’un moyen occasionnel de joindre les deux bouts. Même les artistes professionnels, minoritaires, les avaient pratiqués dans leur jeunesse et y retournaient souvent à la fin de leur carrière. Dans les cafés cantantes, ils s’adressaient à un public de même condition sociale. Cette audience populaire s’élargit considérablement avec le retour du flamenco dans les théâtres, voire dans les arènes, à partir des années 1920 ("Ópera flamenca" et concours de cante, en fait des festivals avant la lettre). Le disque et la radio précipitèrent cette évolution : même s’ils restaient onéreux, chacun pouvait les écouter dans les bars et autres débits de boisson. Dans le contexte de misère, de chômage et de luttes sociales que nous venons de décrire, il aurait été bien étonnant que les cantaores-auteurs-compositeurs-interprètes se soient consacrés exclusivement à la méditation métaphysique ou théologique sur les fameux "thèmes universels" (la mort, l’amour…), ou sur la vanité des choses de ce monde. Les théories essentialistes (et donc suspectes) sur le fatalisme et la soumission, qui seraient inhérentes à l’"âme andalouse" et reflétées par les coplas, sont des avatars de la vision romantique de l’Andalousie fantasmée comme un Orient en terres occidentales. Les nombreux journaux de voyage en Espagne du XIXe siècle, surtout français et anglais, mobilisent systématiquement les références à l’Espagne musulmane, voire au stoïcisme du cordouan Sénèque. Par choc en retour, elles ont été reprises par la plupart des commentateurs espagnols, les gitans étant considérés comme doublement orientaux, à la fois andalous et originaires de l’Inde, de la Perse, de l’Égypte, etc. au gré de récits plus ou moins documentés.

Les séries de cantes sont des suites de modèles mélodiques, aléatoires quant à leur nombre et leur ordre de succession, chaque cante étant un bloc mélodique clos, sans développement ni reprise. Les coplas correspondantes suivent la même structure : les coplas sont des courtes strophes (trois à cinq vers le plus souvent) dont la succession n’obéit à aucune contrainte d’unité thématique, et moins encore à un fil narratif (à l’exception des romances). Elles sont souvent énoncées à la première personne, mais le "je" qui s’y exprime n’est que rarement pris dans une biographie singulière, en sorte qu’il transmet une expérience collective du quotidien qui peut être reçue et interprétée différemment par chaque récepteur de même condition sociale en fonction de son humeur et de ses préoccupations du moment. Le "je" a alors valeur de "nous", et les letras sont polysémiques. Nous en proposons donc des lectures alternatives, qui ne sont certes pas les seules possibles, mais qui sont trop souvent ignorées du fait de biais cognitifs induits par des grilles d’interprétation postulant a priori la soumission au sino (le destin).

Un Café Cantante, revue Blanco y Negro, 1895

Commençons par deux exemples qui expliciteront notre propos :

(No) encuentro otro remedio / que agachar la cabecita / creer que lo blanco es negro. (soleá de Joaquín "el de la Paula").

L’usage du présent de l’indicatif ("no encuentro") implique que l’on prend acte d’un rapport de force actuel, mais pas qu’il soit appelé à perdurer et que l’on doive s’y soumettre indéfiniment. Si l’on suit cette interprétation, n’avoir pas "d’autre solution que de baisser la tête" renvoie à la stratégie temporaire adaptée à ce rapport de force. D’autre part, cette letra est souvent rapportée à un contexte d’infidélité conjugale implicite, alors que rien dans le texte ne le confirme. Il pourrait aussi bien s’agir du discours électoral de quelque cacique, des propos paternalistes d’un propriétaire terrien ou d’un patron d’industrie, d’un prêche du curé local, etc.

Si me desprecia por pobre / anda y dile a tu madre / que el mundo da muchas vueltas / y que ayer se cayó una torre (tango).

Le propos est ici sans ambigüité. Les différences de fortune font obstacle au mariage (premier vers), mais là encore, cette fois explicitement, les inégalités sociales ne sont pas irrévocables : la chute (deux derniers vers) fleure bon le "Grand Soir" — ce qui n’implique pas une volonté délibérée d’appel à la révolution, mais sans doute une propagation diffuse de l’anarchisme ou du socialisme dans les milieux populaires.

Soleá (Joaquín "el de la Paula")
Tango

Soleá (Joaquín "el de la Paula") : Tomás Pavón (chant) / Melchor de Marchena (guitare)

Tango : Enrique Morente (chant) / Manzanita et Amador (guitare)

Il est donc possible de lire beaucoup de letras comme des constats sans concession de situations quotidiennes concrètes vécues par la majorité des andalous — non parfois sans quelque recul ironique :

Perdidas que aguardan ganancias / son caudales redoblados / estoy tan hecho a perder / que cuando gano me enfado (soleá attribuée à Merced "la Serneta").

Soleá (La Serneta)

Soleá (Merced "la Serneta" : Manuel Torres (chant / Juan Gandulla "Habichuela (guitare)

On y décèle rarement la résignation, non plus que le militantisme. Mais leur description réaliste et souvent glaçante, au présent, interdit en tout cas d’y voir un quelconque fatalisme et adopte plutôt le ton d’une dénonciation de l’insupportable. La violence du vocabulaire comme l’expressivité véhémente de l’interprétation plaident en ce sens. Les exemples étant innombrables, nous nous contenterons de quelques coplas pour chacun des thèmes récurrents du répertoire vernaculaire.

• En toile de fond, la mauvaise réputation

Rappelons-nous les ouvriers licenciés à Málaga pour blasphème. Inquisition ou pas, la pression exercée au quotidien par l’Église catholique demeure, et déclenche d’ailleurs régulièrement de violents soulèvements anticléricaux (cf. ci-dessus). Si elle peut s’exercer avec de tels effets dans une grande ville, on imagine son poids dans les bourgades de moindre population. La rumeur, les "mauvaises langues" ("las malas lenguas") peuvent bien sûr faire obstacle à un "bon" mariage et à ce qu’il signifie en termes de promotion sociale, mais elles peuvent aussi priver d’emploi, surtout dans les zones de latifundia. A Morón de la Frontera, Lebrija, Utrera, Carmona, La Puebla de Cazalla, Mairena del Alcor, Alcalá de Guadaíra, Arcos de la Frontera, etc. (toutes hauts-lieux du cante), le grand propriétaire, en général absentéiste, délègue la gestion du domaine à un intendant. En période de grands travaux, il réunit chaque jour, ou parfois pour quelques semaines, les candidats journaliers, et choisit qui aura la faveur de pouvoir travailler "de sol a sol" (du lever au coucher du soleil). Sont écartés, évidemment, les paysans connus pour leurs accointances anarchistes, mais aussi tous ceux qui se sont fait remarquer par un comportement plus ou moins hors norme — les vêtements, les mœurs, la fréquentation du cabaret, le vocabulaire, etc. sont autant de critères discriminants (laisser échapper quelques jurons peut suffire). La mauvaise langue peut aussi être celle du délateur ou du faux témoin qui livre à qui de droit un militant, une forte tête, un contrebandier, un déserteur ou, en temps de persécutions, un gitan. Une fois de plus, le contexte étant rarement spécifié, toutes sortes d’interprétations sont possibles.

A un toro en la plaza / no le temas tú tanto / a una malina lengua / y a un testigo falso (soleá).

Si yo supiera la lengua / que de mí murmura / yo la cortara por en medio en medio / y la deraja muda (siguiriya attribuée à Diego "el Marrurro").

¡ Ay ! los cielos / ¡ Ay ! valgame los cielos / valgame la tierra / lo que acarrea un testigo falso / y una mala lengua (tiento).

Siguiriya (Diego "el Marrurro")
Tiento

Siguiriya (Diego "el Marrurro") : Antonio Chacón (chant) / Ramón Montoya (guitare)

Tiento : Carmen Linares (chant) / Pepe Habichuela (guitare)

• Mendicité et dépendance / solidarité / émigration

Qu’ils aient temporairement un travail ou qu’ils soient au chômage, les pauvres vivent quotidiennement l’humiliation de devoir leur survie et celle de leur famille à l’aumône sous toutes ses formes, y compris salariale. Les cantaores y sont d’autant plus sensibles qu’ils dépendent souvent à la fois d’un patron (ils ont été, sont en même temps, ou seront journaliers agricoles, ouvriers, etc.) et du bon vouloir du señorito de turno qui les paiera comme il l’entend à la fin d’une juerga :

Desgraciaíto de aquél / que come pan de mano ajena / siempre mirando a la carita / si la ponen mala o buena (martinete).

Al que mendiga lo encierran / y meten preso al ladrón / el que no pide ni roba / muere de hambre en un rincón.

Comparito de mi alma / digale usted a mi mujer / que vaya a pedir limosna / le dé pan a mis chorreles (chorreles = niños, enfants. NDR). La honte est si écrasante que le mari n’ose pas demander lui-même à sa femme d’aller mendier.

NB : les deux dernières coplas son citées par Ortiz Nuevo, sans indication de source ni renvoi à un palo.

Martinete

Martinete : Terremoto de Jerez (chant)

La solidarité familiale est souvent essentielle à la survie, mais peut être rompue par l’émigration. Cercle vicieux : celui ou celle qui tente l’aventure pour n’être à la charge de personne risque de retomber dans la mendicité :

Madrecita mía / ¡ Qué buena gitana ! / De un pedacito de pan que tenía / la mitad me daba (siguiriya).

Si no fuera por mi hermano / me hubiera muerto de hambre / nunca le falta a mi hermano / un cachito de pan que darme (soleá attribuée à El Fillo).

Yo no soy de esta tierra / ni conozco a nadie. / El que hiciera algo por mis niños / que Dios se lo pague (siguiriya attribuée à Paco La Luz).

Soleá (El Fillo)
Siguiriya (Paco La Luz)

Soleá (El Fillo) : Juan Breva (chant) / Ramón Montoya (guitare)

Siguiriya (Paco La Luz) : Juan Talega (chant) / Melchor de Marchena (guitare)

• La faim

L’avant-dernière copla évoque également la quête lancinante du pain quotidien, que l’on trouve également dans des cantes pourtant réputés festifs (bulerías). La faim est d’autant plus cruelle qu’elle frappe des enfants :

¡ Qué amargas son mis comidas ! / limones por la mañana / limones para el mediodía (bulerías de La Perla de Cádiz).

Padre nuestro que estás en los cielos / que toíto los oyes y toítos lo ves / ¿ Por qué me abandonas con mis niñas ? / ¿ Por qué no te acuerdas darles de comer ? (bulerías de Manolito "el de la María").

Los niños por esas calles / andan llorando por pan / porque no tienen sus padres / donde ganar un jornal (Ortiz Nuevo).

Que ganita tengo / de que pongan el pan barato / para que esta barriguita mía / no pase tan malos ratos (Ortiz Nuevo).

Bulería (La Perla de Cádiz)
Bulería (Manolito "el de la María")

Bulería : La Perla de Cádiz (chant) / Manuel Morao (guitare)

Bulería : Manolito "el de la María" (chant) / Fernández "el Negro" (guitare)

• La mort

La mort est rarement un sujet de méditation dans la tradition de Jorge Manrique. Elle est sordide, violente ou solitaire à l’hôpital. L’espérance de vie en Andalousie est de 30,6 ans dans les années 1860, 31,8 ans en 1900. Le taux de mortalité s’y établit à 29,7% en 1860, 32,9% en 1887 et 31,5% en 1900, avec de fortes disparités selon les provinces : entre 26,1% à Huelva et 37,4% à Almería. Il est systématiquement plus élevé dans les capitales, où il atteint partout environ 40%, sauf à Málaga et Sevilla (environ 35%). A la fin du XIXe siècle, 575 enfants sur mille atteignaient l’âge de 5 ans (Sánchez Aguilera). La sous-nutrition et l’absence d’hygiène et de soins sont ravageurs, surtout dans les faubourgs des grandes villes. Les hôpitaux sont souvent des mouroirs où l’on entasse les indigents ; si l’on en a les moyens, on meurt chez soi et entouré de sa famille. Ce n’est apparemment pas le cas des cantaores et de la majorité de leur public :

Señor cirujanito / desengáñeme usted / si esos chorreles se quedan sin bata / lo quiero saber (siguiriya attribuée à María Borrico).

Mi pena es muy grande /que no pueden ser más / (son mis duquelas tan grandes (duquelas = penas, peines. NDR) / que no pueden ser más) / porque me muero sin la calor de mi madre / yo en el hospital (siguiriya attribuée à Manuel Torres).

Contemplarme a mi madre / que no llores más / (Tú me contemplas a mi madre / que no llores más / que loco muero, yo muero loco sin el calor de mis niños / en el hospital (siguiriya attribuée à Joaquín La Cherna).

Hermanito mío Cuco / tú dile a mi madre / que yo me muero en esta casapuerta / revolcado en sangre (siguiriya attribuée à Juanichi "el Manijero").

Mataste a mi hermano / no te he de perdonar. / Tú lo has matado liaíto en su capa / sin hacerte nada (cabal del Fillo).

A mi hermano mataron / Plaza de Guadix. / (De) las fatiguitas, las fatiguitas madre que me dieron / me he visto morir (siguiriya attribuée à Juan Feria).

Siguiriya (María Borrico)
Sguiriya (Manuel Torres)
Siguiriya (Joaquín La Cherna)
Siguiriyas (Juanichi "el Manijero")
Cabal (El Fillo)
Siguiriya (Juan Feria)

Siguiriya (María Borrico) : Pepe "el de la Matrona" (chant) / Félix de Utrera (guitare)

Siguiriya (Manuel Torres) : El Gloria (chant) / Manolo de Badajoz (guitare)

Siguiriya (Joaquín La Cherna) : Manolo Caracol (chant) / Melchor de Marchena (guitare)

Siguiriya (Juanichi "el Manijero") : Tía Anica la Piriñaca (chant) / Diego Carrasco (guitare)

Cabal (El Fillo) : Antonio Mairena (chant) / Melchor de Marchena (guitare)

Siguiriya (Juan Feria) : Pepe "el de la Matrona" (chant) / Félix de Utrera (guitare)

• Orphelins

• Orphelins

Dans ces conditions, les familles sont disloquées. Les orphelins et les enfants abandonnés sont très nombreux :

Niños que en cueros y descalzos / vais llorando por la calle / ven acá y llorar conmigo / que tampoco tengo madre / que la perdí cuando niño. (petenera)

Petenera

Petenera : Pastora Pavón "Niña de los Peines" (chant) / Ramón Montoya (guitare)

• En avoir ou pas...

La pauvreté précarise évidemment la vie quotidienne :

Cuatro casas tiene abiertas / el que no tiene dinero : / la carcel, el hospital / la iglesia y el cementerio (Ortiz Nuevo).

En el viaje de la vida / van los ricos a caballo / los caballeros a pata / y los pobres arrascando (Ortiz Nuevo).

Elle provoque aussi une ségrégation sociale ; les nantis peuvent se permettre ce qui est interdit aux pauvres et la politesse n’est due que dans certains cas :

Cuando se emborracha un pobre / le llaman el borrachón. / Cuando se emborracha un rico / que alegrito va el señor (Ortiz Nuevo).

Cuando yo tenía dinero / me llamaban don Tomás / y ahora que ya no lo tengo / me llaman Tomás nada más (Ortiz Nuevo).

Le vêtement est un marqueur social :

Bayetita de la negra / que en mi cuerpo quiero vestir /porque es la propia librea /para todo el que sabe distinguir) (soleá attribuée à Enrique "el Mellizo") — la bayeta est un tissu de laine de mauvaise qualité.

Soleá (Enrique "el Mellizo")

Soleá (Enrique "el Mellizo") : Pastora Pavón "Niña de los Peines" (chant) / Luis Molina (guitare)

La même inégalité de traitement règne au tribunal — corruption et justice de classe :

A mí señores es que me preguntó el juez / que de que me mantenía. / Yo le contesté que robando / como se mantiene usía / pero yo no robo tanto (fandango del Bizco Amate).

Dos pleítos van a una Audiencia / una verdad y otra no / la verdad salió perdiendo / la mentira ganó. / Y es, señores, que en la Audiencia no hay gobierno (fandango del Bizco Amate).

Fandangos (El Bizco Amate)

Fandangos (El Bizco Amate) : Manolo Simón (chant) / Pascual de Lorca (guitare)

Mais ce sont les femmes qui payent le dénuement au prix le plus fort. L’amour est fréquemment tarifé et, s’il aboutit au mariage, celui-ci n’est pas loin d’une prostitution à peine déguisée. Les letras constatent les mariages arrangés et ne condamnent pas la prostitution, puisqu’ils sont de bonne guerre :

Si quieres que te quiera / dame doblones / son monedas que alegran / los corazones (tango).

Yo sé que te han dado consejo / y también por interés / con un hombre te has casado / al cual no puedes ver / porque a mí no me has olvidado. (fandango d’El Gloria).

Tangos
Fandango (El Gloria)

Tango : Pastora Pavón "Niña de los Peines (chant) / Melchor de Marchena (guitare)

Fandango (El Gloria) : El Gloria (chant) / Manolo de Badajoz (guitare)

Claude Worms

Bibliographie

GONZALEZ DE MOLINA, Manuel. La tierra y la cuestión agraria entre 1812 y 1931 : latifundismo versus campezinación, Sevilla, Centro de Estudios Andaluces, 2014 — https://www.centrodeestudiosandaluces.es/publicaciones/la-cuestion-agraria-en-la-historia-de-andalucia-nuevas-perspectivas

LACOMBA, Juan Antonio. Historia contemporánea de Andalucía. De 1800 a la actualidad, Sevilla, Editorial Almuzara, 2006.

MAURICE, Jacques. El anarquismo andaluz. Campesinos y sindicalistas. 1868-1936. Granada, Editorial Universidad de Granada, "Biblioteca de Bolsillo", 2007

MORALES MUÑOZ, Manuel. Sindicalismo y lucha obrera en el textil andaluz a finales del siglo XIX. Cahiers de civilisation espagnole contemporaine — https://journals.openedition.org/ccec/10103

ORTIZ NUEVO, José Luis. Pensamiento político en el cante flamenco (antología de textos desde los origenes a 1936, Sevilla, Editoriales Andaluzas Unidas, 1985.

RAMOS, María Dolores. Conflictividad social en la coyuntura de la Primera Guerra Mundial : la huelga de altos hornos de Málaga (1916), Universidad de Málaga, 1980 — https://revistas.uma.es/index.php/baetica/article/view/989

ROBLEDO HERNÁNDEZ, Ricardo. Sobre el fracaso de la reforma agraria andaluza en la Segunda República, Sevilla, Centro de Estudios Andaluces, 2014 — https://www.centrodeestudiosandaluces.es/publicaciones/la-cuestion-agraria-en-la-historia-de-andalucia-nuevas-perspectivas

SÁNCHEZ AGUILERA, Dolores : Las diferencias territoriales de la mortalidad en Andalucía a finales del siglo XIX. Boletín de la Asociación de Demografía Histórica, XIV, II, 1996 — https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=Dialnet-LasDiferenciasTerritorialesDeLaMortalidadEnAndaluc-104049.pdf

SOLANA RUIZ, José Luis. Las clases sociales en Andalucía. Un recorrido sociohistórico,
Gazeta de antropología, 2000 — https://www.ugr.es/~pwlac/G16_08JoseLuis_Solana_Ruiz.html


Soleá (Joaquín "el de la Paula")
Tango
Siguiriya (Diego "el Marrurro")
Tiento
Soleá (La Serneta)
Martinete
Soleá (El Fillo)
Siguiriya (Paco La Luz)
Bulería (La Perla de Cádiz)
Bulería (Manolito "el de la María")
Siguiriya (María Borrico)
Sguiriya (Manuel Torres)
Siguiriya (Joaquín La Cherna)
Siguiriyas (Juanichi "el Manijero")
Petenera
Fandangos (El Bizco Amate)
Tangos
Fandango (El Gloria)
Soleá (Enrique "el Mellizo")
Cabal (El Fillo)
Siguiriya (Juan Feria)




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