Paco Cepero : "Abolengo"

CD : Bujío (2007)

dimanche 30 mars 2008 par Louis-Julien Nicolaou

Né en 1942, Paco Cepero appartient à la génération de Paco de Lucía, Serranito, et Manolo Sanlúcar, mais c’est aux grands guitaristes de Jerez de la Frontera, sa ville natale, qu’il doit son style marqué par une prédominance du rythme sur la mélodie et une virtuosité jubilatoire. Fidèle serviteur du cante, il ne dédaigne pas de collaborer avec des chanteurs de variétés – et pas forcément du meilleur acabit, puisqu’il a été jusqu’à accompagner Julio Iglesias – et n’a enregistré que peu d’albums en solistes. Hormis "Amuleto", sorti en 1977 et qui semble ne pas avoir encore été réédité en CD, l’essentiel de sa production en ce domaine se limite en effet aux années 2000. Pourtant, a priori faite pour réjouir les amateurs de ce guitariste par ailleurs plus que recommandable comme accompagnateur, cette soudaine abondance – trois albums en l’espace de huit ans – a jusqu’à présent surtout montré les limites de Cepero dans le domaine compositionnel. A ce titre, "Abolengo" n’est ni pire ni meilleur que ses prédécesseurs, auxquels il tend parfois à ressembler comme deux gouttes d’eau.

"Plazuela", la Bulería qui ouvre le disque, repose ainsi sur un rythme binaire, un jeu au pouce et une tessiture grave qui rappellent à la fois "De pura cepa" et "Corazón y bordón" sans parvenir toutefois à égaler leur puissance d’inventivité et d’inspiration. Les figures rythmiques simples mais efficaces affectionnées par Cepero dans le jeu "por Bulería" en arrivent à perdre tout ce qui pouvait faire leur charme auparavant. Autre limite atteinte de manière par trop flagrante dans plusieurs morceaux, l’appui quasi systématique sur la cadence andalouse finirait certainement par lasser même les amateurs de flamenco traditionnel les plus fermés à toute innovation harmonique.

Reste cependant quelques bonnes surprises : d’abord une Soleá por Bulería très plaisante dans laquelle Cepero quitte le terrain un peu pantouflard des trois premiers morceaux et retrouve une tension flamenca salutaire, ensuite la Bulería "Abolengo", dans laquelle il nous gratifie de quelques unes de ces falestas en picado ou en arpèges qui rendent sa musique si excitante, enfin "Caireles", un Zapateado dépouillé de tout arrangement et qui offre de jolis développements mélodiques. Et, puisqu’il faut bien être beau joueur de temps en temps, avouons que, à nous qui ne manquons jamais d’exprimer tout le mal dont nous souffrons à l’écoute de ces Rumbas qui, tel un fléau, infectent l’ensemble de la production flamenca de ces trente dernières années, celle de ce disque n’a pas paru particulièrement déplaisante. Il faut dire que, dans ce domaine, Cepero nous avait habitué à pire, noyant à l’occasion sa guitare dans des arrangements – effet wah-wah, synthétiseur et orchestre à cordes – qui avaient fait son succès parmi les auditeurs de variétés. Ici, cette musique "légère" et ennuyeuse au possible ne se retrouve que dans un "Capricho" dédié à la femme du guitariste, "Feria", et "Serenata andaluza", une ballade qui, pour fade qu’elle soit, n’est jamais laide.

Finalement, dans "Abolengo", ce guitariste tellement à l’aise dans les palos festifs ne se montre jamais plus convaincant que durant ces instants de guitare seule où il sait retrouver certains accents intemporels du flamenco. Certes, "Castillete minero" n’est pas la Taranta la plus originale qui ait été récemment enregistré, mais à coup sûr, elle est l’une des plus évidemment inscrites dans le corps même du flamenco. Il en va de même pour "Caireles", qui aurait bien pu figurer sur l’une de ces productions des années 50-60 dont on se prend parfois à regretter que la plupart des jeunes guitaristes actuels ne sachent pas retrouver la magie.

Quoi qu’il en soit de ce disque, qui cède par instants à la facilité mais qui résulte néanmoins d’une démarche intègre, Paco Cepero reste une figure sympathique et d’une modestie musicale qui impose le respect. Comme d’autres guitaristes de sa génération, il lui arrive peut-être de tomber dans une forme de routine – après tout, on ne peut demander à un artiste de 65 ans d’avoir la même fougue qu’à ses débuts –, mais à leur différence, sa musique ne donne jamais l’impression d’étouffer à force de tensions, de se perdre dans la recherche de l’audace rythmique ou de se heurter à des impasses harmoniques – travers malheureusement fréquents et découlant essentiellement de l’incroyable niveau technique atteint ces dernières années par la guitare flamenca. Si "Abolengo" n’est pas ce que Paco Cepero a produit de meilleur, c’est peut-être son inscription dans un flamenco des années 70, aujourd’hui dépassé mais dont la nostalgie demeure, qui le rend encore nécessaire.

Louis-Julien Nicolaou

Galerie sonore

Paco Cepero : "Plazuela" (Bulerías)


"Plazuela" / Bulerías




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