Entretien avec Rocío Márquez Limón

samedi 25 juin 2011 par Manuela Papino

Entretien avec Rocío Márquez Limón pendant le Festival flamenco de Toulouse en mai 2011.

A Huelva, c’ est le chant qui se distingue depuis quelques années déjà. On dit qu’ il y a des “terres” de guitare, penses - tu que Huelva est une terre de chant ?

Rocío Márquez : - Je pense que Huelva a une bonne matière première. Si tu vas dans n’ importe quelle peña et que tu écoutes des enfants de cinq ou six ans chanter por Fandango, tu ressens tout de suite quelque chose. Il y a des timbres de voix excellents.

Pourquoi le chant, et pourquoi pas la guitare ?

RM : - Nous avons aussi de très bons guitaristes : Juan Carlos Romero, par exemple. A Huelva, beaucoup de guitaristes jouent très bien : Manolito de la Luz, qui joue maintenant pour Eva La Yerbabuena, Paco Cruzado qui a monté une école. Je crois qu’ il y a eu une époque où Huelva était plus « fandanguera », moins flamenca et plus « fandanguera ». Mais grâce aux nouvelles technologies, c’ est maintenant plus facile d’ écouter ce qu’ on veut, depuis n’ importe où. On a tout ce qu’ on veut, rien qu’ en appuyant sur un bouton. C’ est pourquoi que les gens de Huelva chantent plus de flamenco, en plus du Fandango.

Où se situe le Fandango à l’ intérieur du flamenco ?

RM : - Le Fandango fait partie du flamenco. Mais un récital de Fandangos serait un peu lassant, même si les Fandangos sont très jolis ! Je pense qu’ il n’y a pas de chants “chicos ou grandes" ; tout est dans la façon de les interpréter. Un style va mieux à certains qu’ à d’autres. Je ne sais pas pourquoi on s’ est mis en tête qu’ une voix cassée par exemple, plus puissante ou plus grave, convient mieux pour la Siguiriya, et une voix fine très flexible est meilleure pour la Guajira ou d’ autres chants plus doux. Je ne partage pas ce point de vue. Ce qui est intéressant, c’ est que chacun sache s’ exprimer de façon personnelle, et soit bien sûr sincère et cohérent. Je parle pour moi. Dans le quotidien, je ne force pas la voix quand je me mets en colère, ce n’ est pas ma façon de faire. Si je me mets en colère, je pleure ou je m’ en vais, mais je ne me mets pas à crier, ça ne me ressemble pas. Mais ceux qui sont comme ça, doivent le faire ainsi parce que c’ est leur façon de s’ exprimer. Donc dans une Siguiriya, au lieu d’ avoir ce son plaintif, ce cri, au lieu de me lamenter, je vais plutôt pleurer à l’ intérieur. C’ est ma manière de sentir la peine. Et il faut comprendre que chacun doit s’ exprimer au-delà même du style qu’ il interprète. Transmettre la joie que contient le style, le sentiment propre à chacun, mais pas en imitant les autres, plutôt comme toi tu le vis.

Tu as reçu beaucoup de prix, surtout au Festival de las Minas…

RM : - J’ étais dans un bon jour ! [Elle rit]. Ça dépend du jour, ça dépend de comment tu te sens !

Là-bas, tu as chanté des styles “jondos”. Dans d’ autres concours, tu as reçu des prix por Colombiana, ça signifie que tu peux tout chanter, et bien le chanter ?

RM : - Et bien je ne sais pas… Je crois que nous nous créons nous-mêmes nos limites. Le concept de pureté, on le prend dans le sens d’ un enfermement de l’ art, ce dont je ne veux pas. Je n’ en veux ni pour moi ni pour les autres. Ce qui est intéressant dans le flamenco, c’ est justement sonamplitude, le fait que chacun puisse le sentir à sa manière, de façon unique, parce que nous sommes tous différents. Ce qui est difficile, c’ est de savoir se trouver, et d’ appliquer sa propre personnalité aux chants. Avec cette façon de voir les choses, dire « je peux chanter ça,et pas ça », je ne pense pas que ce soit cohérent. Nous pouvons tous tout chanter. Bien sûr, il y aura tous les types de public, les uns vont aimer une chose, les autres non, mais c’ est pour cela que c’ est vaste, parce qu’ il y a de tout. Il faut qu’ il y en ait pour tous les goûts.

Quelle valeur ont ces prix ?

RM : - J’ ai une grande reconnaissance pour les concours, ils m’ ont ouvert beaucoup de portes. Chez moi, personne de se dédiait au flamenco de façon professionnelle, je n’ avais donc pas de nom. Je n’ avais personne qui pouvait me soutenir, et donc cette reconnaissance m’ a aidé à ouvrir d’ autres portes. Je ne pense pas que les concours soient la seule façon, mais c’ est une option qui existe, et j’ en suis très reconnaissante. Je ne sais pas si j’ aurais obtenu la même chose sans ces prix.

Tu as donc vécu un changement radical ?

RM : - Oui. Dans ma carrière, j’ ai vu une nette inlexion avec la Lámpara Minera. Avant et après cette soirée, ce fut différent.

Tu as été élève de la Fundación Cristina Heeren, dans laquelle tu es actuellement professeur. Que signifie la Fundación à Séville et dans le reste du monde ?

RM : - Je leur suis très reconnaissante, ils m’ ont beaucoup appris. J’ admire Tomasa [José de la Tomasa]. Ce n’ est pas seulement au niveau des chants, mais aussi des conseils, de la vie avec les autres : j’ ai appris des autres. C’ est un art vivant, et on doit comprendre que la musique n’ appartient à personne. Je prends du plaisir comme professeur : c’ est une façon de rendre ce qui m’ a été donné. J’ essaye de le mettre au service des autres.

Ils t’ ont appris à enseigner ?

RM : - C’ est très compliqué d’ enseigner. Parfois on apprend que quelqu’ un a pris des cours avec un tel, et c’ est une grande chance, parce qu’ on peut être un bon artiste et un mauvais professeur, ou être un artiste plutôt moyen et être un bon professeur. Il faut avoir de la patience, de l’ empathie –nous parlons d’ art l’ enseignement de l’ art est compliqué - c’ est délicat. Ce qui m’ a beaucoup servi, c’est que j’ ai étudié l’ Education musicale à l’ université. Je pense que le flamenco en avait besoin. Le monde évolue et il ne faut pas en avoir peur. Si on lit Demófilo, un des premiers livres sur le flamenco, on voit qu’ une de ses préoccupations était déjà que “Si le flamenco entrait dans les cafés cantantes, il allait mourir”. Il l’ écrivait déjà il y a plus d’ un siècle, et aujourd’ hui on écoute la même chose dans les festivals : “Le flamenco se meurt, la pureté se perd, on est en train de perdre la pureté !” Et toi, tu te dis : “Comment est - il possible que plus d’ un siècle après, on dise toujours la même chose ? De façon différente, mais finalement c’ est pareil ». On doit y penser pour ne plus avoir peur. Le flamenco peut être dans une école. Celui qui autrefois le chantait par tradition orale ou parce qu’il l’ entendait dans sa famille, finalement, était dans une sorte d’ école. La seule différence, c’ est qu’ il n’ avait pas à se rendre dans un autre lieu, puisqu’ il était déjà sur place. C’ était plus fluide, parce qu’ on n’avait pas à programmer la leçon ; elle surgissait spontanément. Mais dans une école, il peut aussi y avoir de jolis moments. J’ aime voir les changements dans le flamenco, comment il évolue, comment on l’ intériorise petit à petit : le savoir augmente. Tout ce que chacun peut apporter s’ additionne, et il ne faut pas avoir peur.

La peur est donc peut-être toujours un problème dans le flamenco. Que penses - tu de l’ entrée du flamenco à l’UNESCO ?

RM : On doit se demander combien de personnes désirent que le flamenco soit quelque chose de digne, ce qui est déjà le cas d’ ailleurs. Et combien désirent qu’ il soit un art reconnu, ce qui est déjà le cas aussi, et le sera de plus en plus !

On dit qu’ à l’ étranger, le public apprécie plus la danse que le chant. En as - tu fait l’ expérience ?

RM : - C’ est assez logique. C’ est plus visuel. Mais si je suis sincère, je ne l’ ai pas ressenti. J’ ai fait plus de récital de cante que d’ accompagnement pour la danse. Je suis plus centrée sur le “cante pá’ lante”, mais je peux le comprendre parce qu’ avec la danse, il y a un élément de plus pour quelqu’ un qui n’ a jamais écouté de flamenco de sa vie ; ça aide pas mal. Tout ce qui peut servir à amener les gens au flamenco est le bienvenu, et même nous, les chanteurs, nous devons souhaiter qu’ il en soit ainsi.

Certains chanteurs disent que chanter pour la danse “détruit la voix”. Est - ce vrai ?

RM : - Quelle question ! On apprend beaucoup en chantant “pá’ tras”. Le compás s’ apprend en chantant pour la danse. Il est très difficile que quelqu’ un qui n’ a jamais chanté “pá’ tras” maîtrise le compás. Il est vrai aussi que le calme qu’ on peut avoir avec un « cante libre » est différent. Je crois qu’ il faut tout expérimenter. On ne peut pas faire des pas de géant, car le flamenco est un art complexe. Mais ensuite, il faut savoir mesurer les limites de sa voix, pour savoir si elle peut être exposée plus ou moins longtemps. Parce que si je chante seule, je joue avec la dynamique de ma voix comme je veux, alors que si je chante pour un danseur, il faut qu’ il y ait un autre type de communication. Si ma voix me demande une chose mais que le danseur m’ en demande une autre, je vais évidemment donner ce que lui me demande. A partir de là, il est logique de s’ investir plus, parce que tu dépends d’ intentions qui ne sont pas les tiennes. En tout cas, c’ est très intéressant du point de vue du compás, et de l’ expérience de la scène avec d’ autres artistes. Il faut passer par cette étape, tout en prenant garde savoir de rester conscient de tes qualités et de tes limites vocales. Il ne faut pas s’ user et se détruire la voix.

Mais on peut faire les deux en même temps ?

RM : - On ne peut pas parler en général. On ne peut pas comparer, par exemple, la voix d’ Agujetas avec celle de Mayte Martín.

Et la tienne ? Si tu chantes beaucoup pour la danse, sens - tu que tu n’ as plus ensuite la même de disponibilité pour un récital ?

RM : - Oui. Pour moi, c’ est comme ça. J’ adore chanter pour la danse avec des gens avec qui j’ ai une relation particulière. Je ne peux pas chanter en disant “allons-y”, ou alors il faut que ça soit une fête et que j’ en ai envie. Mais sinon, j’ ai besoin d’ avoir le même concept que la personne qui est en train de danser. Et j’ ai besoin qu’ il y ait quelque chose de plus, une énergie.

De nombreux artistes de flamenco se plaignent du système des subventions. Ils pensent que ce sont toujours les mêmes qui les reçoivent. Est - ce ton opinion ?

RM : - Il me semble très sain que tout le monde s’ exprime, mais c’ est un peu délicat, parce que ce ne sont pas toujours ceux qui devraient parler qui le font. On devrait se regarder soi - même un peu plus. Chacun doit se recentrer sur lui, parce qu’ il est certain qu’ il y aura toujours des conflits d’ intérêts, et que l’ art est instrumentalisé. C ’est souvent plus une question de politique, et c’ est dommage. M il ne faut pas non plus rejeter toujours la faute sur les autres. Les gens voient que pour les uns tout va bien, et que pour d’ autres, ce n’ est pas le cas. Mais ils oublient que ces gens ont beaucoup travaillé toute leur vie. Ça me semble un manque de respect pour les autres. Ceux qui sont là aujourd’ hui, ce sont des professionnels ; ils l’ ont mérité. Certes, le piston existe aussi, et bien d’ autres choses qui ne devraient pas exister. Et ça va toujours être comme ça...

Aujourd’hui, peut - on faire carrière dans le flamenco sans subventions ?

RM : - Je crois que oui. Ce qui est bien avec le flamenco, c’ est qu’ il touche différents domaines. Chacun peut donc trouver sa place, avec une certaine fluidité. Il y a les peñas, les festivals, et les circuits qui proposent d’ autres musiques, y compris en dehors de l’ Espagne, où ça se passe d’ une autre manière. Concrètement, pour te répondre, la Junta de Andalucía, la Agencia, m’ ont appelée parfois pour me donner deux ou trois contrats par ans. Donc, je ne peux pas prétendre qu’ils m’ oublient, mais je ne peux pas dire non plus que je vive grâce à eux. La façon dont les uns ou les autres obtiennent les contrats… ça, ça dépend de chacun. Si on essaye de faire son travail au mieux, ce n’ est déjà pas si mal. Nous sommes tout de même dans un pays libre, et si nous pensons pouvoir améliorer les choses, et bien il faut le faire, mais en commençant par soi-même. Tout le monde doit le faire, ceux qui critiquent comme ceux qui sont critiqués.

Les artistes de flamenco disent beaucoup que l’ étranger représentent pour eux un apport économique conséquent. Israel Galván a parlé de la France récemment, d’ autres du Japon. Penses - tu que sans contrats à l’ étranger, les flamencos auraient du mal à continuer ? Avez - vous beaucoup de travail en Espagne ?

RM : - En ce moment, c’ est brûlant ! [elle rit]. C’ est compliqué, difficile, mais cela mondialement. C’ est sûr que c’ est compliqué ; c’ est sûr aussi qu’ il y a beaucoup de gens dans le flamenco. Et tout le monde est bon, vraiment. C’ est la loi de l’ offre et de la demande : dans n’ importe quel tablao, n’ importe où, on ne te paye pas forcément très bien, mais il y a beaucoup de possibilités, et on peut en vivre.

Quelqu’ un qui connaît des pauses dans sa carrière doit alors travailler dans les peñas, par exemple, pour continuer à vivre ?

RM : - Oui, mais je crois que ces endroits qui payent moins sont aussi ceux qui forment à cet art. Il ne faut pas l’ oublier. L’ ambiance qui se crée dans les festivals et les peñas est souvent très sympathique. Si on aspire à des contrats de “je ne sais combien” tout le temps, ce n’ est pas possible. Il n’ y a que trois têtes d’ affiche qui peuvent y prétendre. Je te parle de ceux qui vivent de leur art, qui en vivent bien mais qui progressent peu à peu. Nous devons travailler ailleurs, même s’ il n’ y a pas de quoi s’ en faire une fête. Mais nous vivons de ce qui nous plaît. Et parfois, on l’ oublie. Ça me fait de la peine parce que dès le début, le but est souvent de se vanter de travailler dans tel ou tel lieu... Mais non, qu’ on me parle plutôt du chant ! Bien sûr, il faut manger, mais il ne faut pas perdre ses illusions concernant la dévotion à l’ art, qui a toujours existé, et qui va continuer sans aucun doute. Avant, les contrats, ils se les partageaient entre quatre personnes ; il y avait moins d’ artistes. Maintenant, nous sommes très nombreux. On est privilégié quand on peut vivre de ça. C’ est mon cas, et j’ en suis très reconnaissante.

Crois - tu que le flamenco soit compétitif à un niveau international, vis à vis d’ autres disciplines comme la musique et la danse contemporaines, le jazz, le rock, etc. ?

RM : - Je crois que le flamenco était un milieu très fermé… Sans nous en rendre compte, nous en sommes souvent les premiers responsables. Ça nous a empêché d’ être présent sur d’ autres scènes. D’ autres scènes, parce qu’ il existe d’autres très belles musiques ; les "fusions" avec le flamenco, j’ adore ça, mais il ne faut pas confondre fusion et flamenco. Peut-être le flamenco n’ est - il pas entré dans certains lieux justement parce qu’ on a voulu le conserver dans les mêmes endroits, de la même façon ; parce qu’ on avait peur. La peur empêche d’ avancer. Mais Dieu merci, je crois qu’ on a de moins en moins peur, et qu’ on avance maintenant. Ce moment est très intéressant, au-delà de la pression économique et d’ autres problèmes. Il y a beaucoup d’ afición en tout genre, et ç’ est très bien ainsi. Certains veulent du traditionnel, d’ autres de la fusion ou du contemporain. Il faut qu’ il y ait de tout.

Tu n’ es pas de ceux qui ont monté leur propre production, lassés par les problèmes rencontrés. Es - tu satisfaite de tes relations avec ta production, et de son attitude par rapport au marché ?

RM : - Je vais continuer un peu dans la même direction. Je me trouve très chanceuse. J’ ai fait les choses petit à petit, mais très entourée. Qu’ il y ait des artistes qui se produisent seuls, ça me semble très bien. Nous avons chacun notre moment, il faut le respecter. Il n’ y a rien d’ établi, et personne n’ a à faire les choses comme le voisin. Actuellement, je suis centrée sur autre chose. Je ne me préoccupe pas de la production, et je considère qu’ il y a des professionnels qui se dédient à cela. Ce sont eux qui s’ occupent de moi, et j’ en suis très contente, surtout s’ il y a une relation personnelle, directe, naturelle, humaine au-delà de tout, au-delà de l’artistique et même du professionnel.

Combien de disques et de DVD as-tu sur le marché ?

RM : - Il y a eu quelques collaborations, mais le premier disque a été "Aquí y ahora”. C’ était très agréable, parce que c’ est ce que je ressentais à ce moment-là. On l’ a enregistré en direct, de façon très naturelle, et j’ ai beaucoup d’ affection pour cet enregistrement. Mais en fait, c’ est un DVD : ce n’ est pas facile de le faire passer sur les radios par exemple, et donc nous voudrions le sortir en CD. L’ enregistrement est en cours. Après la Lámpara Minera, nous avons enregistré quelques thèmes dans une collection intitulée “Lámpara en la Mina”, disque et DVD. Ensuite, il y a eu un livre de Francisco Robles, “Juan Ramón y el flamenco”, accompagné par un CD de onze chants. J’ ai fait une collaboration sur “Tango” de José Manuel Zapata, un ténor de Grenade, avec José Mercé, Pasión Vega, Marina Heredia et Miguel Poveda. Ça a été très enrichissant pour moi ; les concerts aussi, parce qu’ il y avait un orchestre symphonique. Et en ce moment j’ enregistre un nouveau disque avec Alfredo Lagos.

As - tu une maison de disques ? Qui produit ce disque ?

RM : - C’est ma production qui le produit, mais nous cherchons un label pour la distribution ; ça aide toujours.

Et toujours la même question… Quels sont les artistes qui t’ inspirent ?

RM : - J’ adore Chacón et tout ce qui vient ensuite, vraiment. Chacón bien sûr, mais aussi Vallejo, Marchena, Pinto ; j’ adore Pastora, Tomás Pavón… et puis pour ce qui est des artistes plus actuels, Gabriel Moreno, qui a un timbre qui m’ émeut. Mayte chante bien aussi.

Utilises - tu internet ?

RM : - Sur internet, on trouve des merveilles. Je l’ utilise parfois. Mais je dois reconnaître que j’ aime bien avoir en main ce que je suis en train d’ écouter, même un disque de vinyl ; j’ aime le voir, voir les pages du livret, et pas seulement l’ écouter. J’ aime voir les caractères imprimés, j’ aime l’ objet en lui-même. Avec internet, on a la chance d’ avoir tout à portée de main tout de suite ; mais j’aime aussi profiter de ce qui a toujours été…

Comment choisis - tu ton répertoire, par exemple ce que tu vas chanter demain ?

RM : - Peu importe que je sois en Espagne ou pas, j’ essaye d’ offrir le maximum de variété. Par exemple, si je chante seize palos, je vais en faire dix plus longs et six plus courts, en alternant les chants libres et les chants a compás, des chants plus joyeux et des chants plus tristes. Ça dépend de comment je me sens ; et pour le public, c’ est plus facile de cette façon. Je laisse toujours un espace à l’ improvisation. Donc aujourd’ hui, je ne peux pas te dire quel sera le programme de demain ; ça dépendra de la façon dont je me sentirai demain, et aussi de comment le public répondra. Mais c’ est sûr, je chanterai "por Levante", parce que j’ aime ça ; "por Huelva" aussi, ma terre ; "por Cantiña", Tangos et Bulerías, parce que j’ aime chanter "a compás" ; "por Siguiriya" et "por Soleá", un peu de tout… "De ida y vuelta" aussi.

Donc, ça veut dire que sur scène, tu peux dire à ton guitariste "on va faire ça" ?

RM : - Oui, parce que je ne peux pas le décider avant. Tu ne peux pas savoir comment tu vas te sentir avant d’ y être. Et ce n’ est pas seulement ça, mais tu ne sais pas non plus ce que les gens vont te renvoyer, ni quel public tu vas avoir.

Ça suppose aussi que ton guitariste te connaisse bien...

RM : - Oui, j ’ai besoin de quelqu’ un qui me connaisse bien, et qui ait de la matière.

Tu es en train d’ enregistrer avec Alfredo Lagos, mais demain c’ est Guillermo Guillén qui t’ accompagnera. Est - ce toujours lui qui t’ accompagne sur scène ?

RM : - Pas toujours, mais souvent. Il me connaît bien, personnellement et professionnellement. Je suis tranquille avec lui. Il est un de ceux qui sait ce que je vais faire avant même que je le lui dise. Avec Alfredo, je vis une très jolie expérience, j’ apprends beaucoup. C’ est un moment très heureux de ma vie ; je ne sais pas si vous pouvez me comprendre, mais je crois que je suis là où je dois être en ce moment. Les choses sont fluides, j’ ai la chance de rencontrer des gens comme Alfredo sur mon chemin, et ça me rend la vie plus facile.

Alfredo est sûrement l’ un des meilleurs guitaristes actuels. Cela signifie - t ’il qu’ il te considère comme l’ une des voix les plus intéressantes du moment ? T’ en a - t’ il parlé ?

RM : - [Elle rit] Pour moi, le fait qu’ il ait accepté d’ être dans ce projet et de partager ces moments sur scène est une grande joie. Je l’ admire énormément. C’ est la même chose avec Andrés Marín, Salvi [Salvador Gutieréz], José Valencia, Jesús Mendéz... Ce sont des gens que j’ admire, alors pouvoir apprendre avec eux, c’ est un plaisir.

Je te sens très tranquille, très sûre de toi… Comment gères - tu le stress sur scène ?

RM : - [Elle rit] Stressée, ce n’ est pas le mot. J’ ai du respect. Avant de monter sur scène, je ressens un petit quelque chose, et ça, c’ est du respect. Je veux ressentir ça. Le jour où je ne le ressentirai plus, j’ arrêterai. Mais le stress n’ est pas bon pour moi, ça ne m’ aide pas. Je crois que c’ est une conséquence de la peur, et je ne veux pas avoir peur. Ce que le flamenco me donne de plus précieux, bien au-delà de me permettre d’ en vivre, et d’ être ma façon de vivre, c’ est la tranquillité que je ressens quand je finis un récital ; cette sensation que j’ ai quand je mets ma main sur mon cœur, et que je me dis : “je l’ ai fait le mieux possible.” C’ est évident que ça ne va pas être bien tous les jours. Il y a quelque chose qui nous dépasse, mais je crois au pouvoir de l’ intention, l’ intention de donner le maximum et de le transmettre. Je crois que tout ça te donne une très grande tranquillité.

Cette année, le Festival de Toulouse programme du chant, deux femmes de la même génération, et cependant très différentes. Est - ce un pari risqué pour un festival étranger ?

RM : - Oui. Ça me semble un pari très fort et très beau. On est à l’ étranger, et on est entré ici dans cette ligne de récitals de chant. Mais la plupart du temps, à l’ étranger, c’ est la danse qui l’ emporte. Donner une telle place au chant et à la guitare, c’ est beau.

quel sera le titre de ton disque ?

RM : - Tu l’ as en avant première ! Si je le change, je te le dirai, parce que pour l’ instant, ce n’ est pas encore définitif. Certainement : “Clariá”.

Propos recueillis par Manuela Papino

Photos : Fabien Ferrer

www.festival-flamenco-toulouse.fr





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