20e Festival Flamenco de Nîmes (2010)

dimanche 17 janvier 2010 par Maguy Naïmi

Cet article est mis à jour régulièrement en fonction de l’actualité des spectacles ( les comptes rendus apparaissent sur la page dans l’ordre chronologique du programme. )

ANTONIO SOTO

Guitare et composition : Antonio Soto

Samedi 16 janvier, 17h / Musée d’ histoire naturelle

Né e 1966, Antonio Soto est une valeur sûre de la guitare flamenca contemporaine, avec à son actif quelques prix prestigieux, dont le « Bordón minero » de La Unión. Habitué du circuit des peñas et des festivals de la région de Málaga (il est le guitariste officiel de la peña d’ Alhaurín de La Torre), il excelle dans l’ accompagnement du cante, et est régulièrement sollicité par les cantaores d’ obédience traditionaliste (Rancapino, Fosforito…)

Il a relevé cet après-midi avec courage et talent un double défi : celui du concert acoustique, que bien peu de solistes pratiquent encore actuellement, et le remplacement, au pied levé, d’ un Javier Conde défaillant.

Dans un programme dense et varié (Taranta, Soleá, Malagueña et Verdiales, Tanguillo, Alegrías, Rumba et Bulerías), Antonio Soto fit preuve d’ une virtuosité sans faille, sur des compositions très ancrées dans l’ univers sonore traditionnel propre à chaque « palo ». Suivant en cela l’ enseignement de son maître Andrés Batista, ses falsetas sont essentiellement construites sur des variations autour de progressions harmoniques canoniques, sollicitant abondamment les alternances arpèges / picado, avec une grande délicatesse de toucher et une précision de l’ attaque et une vélocité impressionnantes. Mais ces précieux entrelacs n’ excluent pas quelques fulgurances rythmiques, en rasgueados ou en « alzapúa », qui dynamisent efficacement ses toques festeros, bien soutenus par les deux palmeros (sur ce plan, on retiendra en particulier les Alegrías et la brève – mais spectaculaire - seconde Bulería, offerte en rappel).

Claude Worms

TIERRA FLAMENCA 2

Danse : Eva Luisa, Chely Torito, Sonia Cortés, Natalia del Palacio

Chant : Juan de la Alpujarra, José de la Negreta, Cristo Cortés, José « El Muleto », Justo Eléria, Pepe Linares, Melchor Campos « Mencho »

Guitare : Frasco Santiago, Antonio Cortés, Néné Cortés, Daniel Manzanas

Percussions et palmas : Juan Manuel Cortés

Samedi 16 Janvier, 20h / Odéon

Concert fleuve (plus de trois heures et demie ) pour ce second volet d’ un panorama exhaustif du « flamenco d’ ici », devant un public conquis d’ avance, auquel répondit dignement l’ engagement de tous les artistes (avec cependant des résultats esthétiques divers…).

Comme le soulignaient les photos illustrant le flyer de présentation, le baile fut au cœur du programme, dont il articula les trois parties. Les prestations outrageusement extraverties de Chely Torito (Alegrías) et Sonia Cortés (Soleá), assez similaires, peuvent se résumer à d’ interminables et hasardeuses successions d’ escobillas et autres desplantes, parsemées de longs temps morts au cours desquels les bailaoras arpentaient imperturbablement la scène, sollicitant le public par toutes sortes d’ artifices qui s’ avérèrent rapidement fort lassants. Nous retiendrons donc plutôt les démonstrations de pieds virtuoses de Natalia del Palacio (Siguiriya), et surtout la belle chorégraphie d’ Eva Luisa (Soleá), pour l’ intelligence de sa construction,, son véritable souci de continuité et d’ occupation de l’ espace scénique, son savant équilibre entre les deux parties du corps, de part et d’ autre de la ceinture (ses escobillas n’ oublient jamais les bras et les mains), son intériorité et sa grâce.

Pour le « cante pa’ lante », Juan de la Alpujarra nous gratifia d’ une solide suite de Soleares (du répertoire traditionnel de Lebrija / Utrera, et notamment de de La Serneta), mais oublia totalement que la Granaína d’ Aurelio Sellés et la Malagueña del Mellizo (seuls « cantes libres » de la soirée) requièrent impérativement le sens de la nuance dynamique, le juste dosage des silences, et la fluidité des mélismes, faute de quoi le dessin global des arcs mélodiques se perd inexorablement dans une succession incohérente de « tercios » isolés. Invité surprise, Melchor Campos « Mencho » évoqua comme à l’ accoutumé le style tardif (pas forcément le meilleur) de Camarón (Tangos et Bulerías). Avouons que nous avons finalement préféré la solidité des cantaores « pa’tras », qui ne ménagèrent pas leurs cordes vocales tout au long de la soirée, et particulièrement José de la Negreta et Cristo Cortés.

Frasco Santiago avait le redoutable honneur d’ ouvrir le programme, ce dont il s’ acquitta avec originalité et talent par deux solos, une Taranta et des Bulerías en mode flamenco de Do#, avec quelques traits jazzy bien amenés dans le final. Son accompagnement, et surtout son introduction pour les Soleares de Juan de la Alpujarra, furent l’ un des meilleurs moments du spectacle. Le jeu très « roots » de Néné Cortés ne manqua pas de saveur, ni de swing dans les falsetas « a cuerda pelá » de ses Bulerías. Quel contraste avec le style très contemporain et expérimental de Daniel Manzanas, qui évoque celui des guitaristes de l’ école de Madrid formé par El Entri – El Viejín, Antón Jiménez… (son « toque libre » en mode flamenco de Do#, avec la sixième corde à l’ octave inférieure). Son accompagnement dans le même mode, pour la Siguiriya de Natalia del Palacio, était conçu comme un véritable duo baile / toque, avec des instants de recueillement tout en demi-teintes, et des crescendos dynamiques impressionnants (mise en place rythmique impeccable).

Mais pour nous, les véritables héros de la soirée furent Juan Manuel Cortés (percussions et palmas) et Antonio Cortés (guitare). Présents sur scène pendant la quasi totalité de la soirée, ils assurèrent avec un dévouement, une efficacité, et une pertinence musicale exemplaires l’ accompagnement de tous les bailes. La réussite du spectacle leur est largement imputable.

Claude Worms


EL FINAL DE ESTE ESTADO DE COSAS, REDUX

Danse et chorégraphie : Israel Galván

Direction artistique : Pedro G. Romero

Mise en scène : Txiki Berraondo

Chant : Inés Bacán, Juan José Amador

Guitare : Alfredo Lagos

Percussions : José Carrasco

Danse et palmas : Bobote

Violon : Eloisa Cantón

Basse : Marco Serrato

Guitare électrique : Ricardo Jiménez « Orthodox »

Batterie : Borja Díaz « Orthodox »

Saxophones : Juan Jiménez Alba « Proyecto Lorca »

Percussions : Antonio Moreno « Proyecto Lorca »

Dimanche 17 janvier, 18h / Théâtre de Nîmes

Décidément, les spectacles d’Israel Galván sont toujours aussi surprenants. Celui ci, programmé un dimanche à 18 heures au Théâtre de Nîmes , dans le cadre du XX ème Festival de Flamenco, et dont le titre « El final de este estado de cosas » (la fin de cet état de choses) laisse entrevoir le parti pris « chaotique » du chorégraphe, nous a saisi.

Inspiré de l’Apocalypse de Saint Jean, ce spectacle nous bouscule, nous dérange. Les tableaux se succèdent dans un désordre apparent : pas de fil conducteur, mais une succession de scènes visuelles et musicales « explosées ». La première chorégraphie nous a rappelé les spectacles des Pilobolus, avec ses danseurs baignés de cendre. Israel, « masqué démasqué », pieds nus, torse nu, impose le silence, créant ainsi une tension avec le public obligé de se concentrer sur les rythmes suggérés par la plante des pieds frappant le sable, et les cris étouffés du danseur. Puis, prennent le relais, sur un écran, des images « noir sur noir » rappelant la mort d’un reporter à Beyrouth en 2007. Les frappements des pieds de la danseuse filmée, inscrite comme dans une cible, font écho au bruit des bombes. Taconeo et bombardements ont été travaillés à la manière d’ une œuvre électro-acoustique : tout cela n’est pas sans nous rappeler un enregistrement récent d’Enrique Morente, « Guern-Irak »

Et lorsque la musique fait son apparition, pas de musiciens flamencos, mais deux musiciens de free jazz (saxo et vibraphone) fusionnant avec le chanteur Juan José Amador, pour une Siguiriya, dont les postures anti-flamencas (bras en dedans, jambe pliée en arrière, corps « tirebouchonné ») montrent que l’ « état des choses » est bouleversé. Ensuite soutenu par la guitare d’ Alfredo Lagos, le danseur relève le défi d’ un parquet mouvant, dont l’extrémité s’ouvre, comme les mâchoires d’un puissant animal. Il joue avec les grincements du bois, dérive sur son parquet.

Dans le tableau suivant Inés Bacán , accompagnée par des musiciens de rock heavy metal, dans ce qui nous a semblé la partie musicale la plus réussie, interprète une Saeta et la Toná del Cristo, enveloppée dans un halo sonore sursaturé. Sa voix, plaintive et rocailleuse, est mise en valeur par des musiciens qui sont au diapason de son timbre. Le danseur sous une boule de bal miroitante, exécute en femme lascive, un capuchon sur la tête, une parodie de procession et de communion, tandis que les guitares évoquent à nouveau les sirènes des bombardements, et que le tambour nous plonge dans l’atmosphère grand guignolesque des processions de la Semaine Sainte.

Pour l’ avant-dernière scène, le guitariste Alfredo Lagos et le chanteur Juan José Amador exécutent un montage mêlant Verdiales, Villancicos, Campanilleros et chants rocieros, tous revisités . Les textes lénifiants des Villancicos, infligés à longueur de journée dans les boutiques espagnoles au moment de Noël, et qui avaient déjà été la cible de satires (on pense à un enregistrement du groupe S Kape )sont ici détournés. Nous nous sommes beaucoup amusés de la version « A Belén pastores » où il est dit « yo me echo remedios por el internet » et il en est de même avec une version hilarante de « Olé olé olé , del Rocío yo quiero volver », pour laquelle Israel, coiffé d’un béret,portant un tambour rociero aux couleurs de l’Andalousie, exécute une chorégraphie dans laquelle il s’empêtre, tel un Buster Keaton égaré chez les rocieros. Il parvient finalement à se libérer en pulvérisant littéralement le tambour. La violoniste Eloisa Cantón se joint aux autres musiciens, pour exécuter des introductions por Verdiales, insérant au passage une Tarantelle. Bobote assure la transition entre cet avant-dernier tableau et le final : torse nu, en pantalon à bretelles, il danse pieds nus des Bulerías et des Tangos avec la complicité des musiciens , percussionniste et saxophoniste (saxo ténor et saxo soprano).

Le final met en scène plusieurs cercueils. Israel Galván les utilisera comme caisse de résonance, en tapant dessus tel un batteur, ou en faisant racler lugubrement le couvercle. Le danseur enchaîne « por Bulería » sur un cercueil renversé qui fera office de mini tablao. Il dialogue tour à tour avec le chanteur et le percussionniste, et ses dents même deviennent des percussions (il y fait crépiter ses doigts). Le spectacle finira sur une chorégraphie exécutée debout dans un cercueil, et le danseur finalement rendu à l’ immobilité.

Maguy Naïmi

Photos :Luis Castilla


EL CIELO DE TU BOCA

Danse et chorégraphie : Andrés Marín

Artiste invité : Llorenç Barber (cloches et polyphonie)

Collaboration spéciale :

Segundo Falcón, José Valencia, Enrique Soto (chant)

Salvador Gutiérrez (guitare)

Antonio Coronel (percussions)

Direction artistique et dramaturgie : Andrés Marín, Salud López, Santiago Barber, Juan Vergillos

Conseillère chorégraphique : Salud López

Direction musicale : Llorenç Barber, Salvador Gutiérrez

Direction scénique : Salud López, Andrés Marín

Mise en scène : Santiago Barber

Documentation : Juan Vergillos

Création lumières : Ada Bonadei (VanCram)

Vidéo : Yvan Schreck

Réalisation scénographique : Sebastian Lamprieto

Son : Rafael Pipió

Production : Andrés Marín.

19 janvier, 20h / Théâtre de Nîmes

Pour ce qui concerne la danse – et, apparemment, le reste, le cante et le toque, suit – , François Noël, Patrick Bellito et leur équipe (Élyse-Marie Cabasson, Houria Marguerite, Adèle Brouard, Edith Bornancin, Aïcha Yousfi, Geneviève Dumas, Sandy Korzekwa, etc.) ont fait les choses en grand en convoquant trois des figures majeures du baile masculin – le magistral Javier Barón, le novateur Israel Galván et le spectaculaire Andrés Marín – pour célébrer dignement les vingt ans de leur festival.

L’art d’Andrés Marin présente quelque faiblesse ici ou là, quelque langueur et longueur, une gestuelle qui donne l’impression de « déjà vu quelque part », à base de pivotements, de brusques changements de direction, de brèves pichenettes des mains, de mise en évidence du ventre, de pliure des gambettes vers l’arrière, de mouvements hiératiques, de roulements d’épaules, de moulinettes des deux bras, un code vestimentaire déjà repéré (la chemisette cintrée noire et pantalon moulant qui va avec, la barbe d’au moins trois jours et les bottines à talonnettes), une tendance à enfoncer les clous des bouts ferrés des souliers en question et à ressasser un peu toujours le même genre de variation. Malgré tout, malgré certains effets scéniques dispensables comme la vidéo interminable de l’entame du show, le rideau en tulle du finale qui camoufle inutilement les cantaores, les lumières stroboscopiques qui datent de Mathusalem, le spectacle se laisse voir. Et entendre.

Le guitariste Salvador Gutiérrez a brillamment assumé le toque proprement dit. Le batteur-percussionniste Antonio Coronel a été précis et efficace. Le sonneur de cloches, remonteur de bretelles et cabotin du Sprechgesang Llorenç Barber, compositeur valencien de musique « expérimentale », « alternative », « contemporaine », l’homme qui a vu l’homme, puisqu’il a bien connu John Cage, Mauricio Kagel et György Ligeti, a occupé le terrain comme il faut, la soirée durant.

En une heure trente chrono nous n’avons pratiquement pas vu de trouvaille chorégraphique dans un spectacle théoriquement consacré à la danse. Excepté le duo d’Andrés Marín avec sa toupie en bois – un œuf de Colomb en constant déséquilibre qui est aussi la métaphore de l’art éphémère de Terpsichore –, on n’a pas eu grand chose à se mettre sous la dent. La prothèse de deux gros grelots ou de deux têtes au cul (testicules, au sens propre), est certes une idée surréaliste, dalinienne, plastique et sonore mais d’un goût discutable et, en tout cas, pas vraiment cinétique.

Heureusement, le cantaor Segundo Falcón, secondé par José Valencia et Enrique Soto, est parvenu, à plusieurs reprises, à faire décoller le vaisseau-amiral. Il a justifié le titre de la pièce par la grâce et la subtilité de son chant. Du coup, on en a eu pour son dû. Boosté par les cliquetis du claquettiste, les coups secs, obsessifs, des mains et des pieds de ses compères, les cloches de Pâques ou de Corneville du gourou de Valence, les frottis-frottas du Johnny B. Goode de la six cordes (« But he could play guitar just like ringing a bell » !), les chiquenaudes sur caisson péruvien et les grincements de crécelle du percussionniste de service, Segundo a joué les premiers rôles, capté et captivé une salle pleine ne demandant après tout qu’à craquer. Voici le résultat du loto (à un moment, il a été fait allusion au tirage du gros lot de cinquante millions de pesetas de la loterie nationale espagnole, traditionnellement chantée par des sortes de chanteurs à la croix de bois) et la combinaison des palos enchaînés lors de la soirée : Alegrias et Cantiñas (avec, au milieu, a capella, une Malagueña de Chacón) ; Bamberas a compás de jaleo ; Asturiana ; Farruca sur le solo de guitare ; Martinete et Toná a capella, suivis de Seguiryas ; un collage d’ extraits de Malagueña, Cartagenera, et Fandangos de Lucena par le trio derrière le rideau ; et des Romances por Buleria.

Le danseur n’est d’ailleurs pas expert qu’en zapateado. Il se lance à un moment dans un très beau chant a capella, excellemment modulé, qui montre bel et bien qu’il est issu d’une famille de cantaores. Avant de faire sa première (fausse) sortie de scène, il montre toute sa technique et produit une série de phrases musicales couvrant le vacarme de carillonneur par le moyen qui est le sien : ses bottines à bouts ferrés.

Nicolas Villodre


SIN FRONTERA

Chant : Miguel Poveda

Guitare :Juan Gómez « Chicuelo »

Palmas :Carlos Grilo, Luis Cantarote,

Artistes invités :

Chant : Luis « El Zambo »

Guitare : Moraíto

Danse :Joaquín Grilo

Scénographie : Antonia Marín

Lumières : Manu Madueño

Son : Angel Olalla

Son : FOH Manuel Meñaca Régie Balbina Parra

Direction artistique : Pepa Gamboa

Mercredi 20 Janvier, 20 h/Théâtre de Nîmes

« Sin frontera » de Miguel Poveda est un spectacle qui tient toutes ses promesses, car, s’il débute en présentant deux scènes de la vie flamenca séparées par une frontière invisible, cette dernière ne tardera pas à se dissoudre, réunissant les artistes autour d’une même table.

A droite, une scène conviviale autour d’une table. Nous sommes dans le quartier Santiago à Jerez de la Frontera. Le guitariste, Moraíto, le chanteur Luis El Zambo, Joaquín Grilo, le danseur et les palmeros Carlos Grilo et Luis Cantarote entament des Bulerías où la guitare n’interviendra pas. Luis el Zambo, domine largement son sujet, accompagné par les « golpes » de ses partenaires frappés sur la table : scène « à l’ancienne » où le chanteur est porté, encouragé par un entourage chaleureux. Le ton est donné pour un spectacle qui s’avèrera d’une qualité exceptionnelle.

Prenant le relais, sur la gauche de la scène, Miguel Poveda et Chicuelo, le guitariste accompagnateur, illustrent une autre facette du flamenco : le flamenco professionnel, celui qui se joue sur la scène. Le chanteur nous régale d’un Taranto si talentueux qu’il nous paraît bien court, mais c’est pour mieux laisser la parole aux autres artistes. Ces derniers enchaînent par une Soleá por Bulería exécutée d’abord « à capella » sur le seul accompagnement des « golpes », mettant en valeur la voix sonore, ciselée de Luis El Zambo. Puis, Moraíto et Joaquín Grilo entrent dans la danse. Nous avons apprécié la chorégraphie volontairement « serrée » de Joaquín. Il « colle » à la guitare et au chant, son appel « por Bulería » est un modèle de concision ; et il ne nous assomme pas d’un zapateado interminable, mais nous offre un final por Bulería drôle et balancé.

Retour à la scène avec Miguel Poveda et Chicuelo, pour la Malagueña del Gayarrito. Dès le début (le "temple") le chanteur donne le ton , installe un climat, puis se lance dans une interprétation personnelle (expressionniste) et respectueuse à la fois, et termine par la belle Rondeña « Esa liebre no tirarle » et la Jabera, véritable morceau de bravoure du répertoire flamenco.

Et la frontière tombe enfin. Chicuelo et Poveda se lèvent et vont rejoindre les autres artistes. C’est la rencontre entre Barcelone, l’ « astéroide 945 », et Jerez de la Frontera : « abrazo » fraternel.Les micros VHF rendant les artistes plus libres de leurs mouvements, ceux-ci se saluent, se parlent, comme dans une réunion d’amis. Derrière eux, entrevue, derrière les traits lumineux des stores, la nuit andalouse.Les deux chanteurs interprètent chacun avec sa voix, sa densité, des « cantes a palo seco » ( Martinete et Toná ). Puis Miguel Poveda , avec la complicité d’un invité surprise (José Valencia, qui interviendra ponctuellement), introduit une atmosphère plus festive , celle de la Bulería. La puissance rocailleuse de ce chanteur alterne avec la puissance mélodieuse de Poveda.

Les artistes continueront à balayer toute la palette du répertoire : Tientos ( Pastora, Frijones,et Chacón ) et Tangos (extremeños, Pastora, el Titi ) pour Miguel Poveda ; duo de guitares brillant « por Bulería » ; et duo de chansons « por Bulería » interprétées par José Valencia et Miguel Poveda, moins de notre goût. Nous avons beaucoup apprécié, par contre, les Siguiriyas de Jerez chantées par Luis El Zambo, accompagnées par Moraíto : densité, justesse de ton, et sobriété de bon aloi, surprenante chez un chanteur doté d’une telle puissance sonore. C’ est que Luis « El Zambo » est à lui seul un résumé des grandes familles cantaoras du quartier Santiago : il est apparenté parsa mère à Paco Luz et aux Sotos (Manuel Sordera est son oncle) ; et, par son père, à Juanichi el Manijero, aux Parrillas, à Terremoto, El Sernita, El Borrico… Joaquín Grilo exécute ensuite une chorégraphie humoristique sur des Alegrías : tout en dansant il joue avec la complicité du chanteur, Miguel Poveda, et de tout le groupe. Sa danse, par moments, tient du mime ; il joue à l’homme ivre ou au benêt, et dans les Bulerías qui suivent, il devient un homme claudiquant ou une marionnette, emportant ainsi l’adhésion d’un public rieur.

Mais c’est surtout la fin du spectacle qui nous a agréablement surpris. Généralement, ceux-ci se terminent de façon festive par une « ronda de Bulerías ». Elle a effectivement eu lieu, mais le rideau ne s’est pas refermé. Contre toute attente, l’ ouverture du rideau noir du fond de scène découvre un écran blanc : l’heure a tourné, la lune s’est transformée en horloge, le jour se lève dans une lumière blanc bleuté, et les deux chanteurs, Miguel et Luis, demeurés seuls, attablés, finiront dans un duo por Soleá a capella. Barcelone et Jerez enfin réunies, dans un « ¡Ay ! » final où les deux voix se superposent…….Un moment inoubliable !

Maguy Naîmi





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