Concerts des ensembles Kapsberger et Elyma

Abbaye de Saint-Michel en Thiérache / Abbaye de Lessay

dimanche 30 septembre 2007 par Claude Worms

ENSEMBLE "KAPSBERGER " (ROLF LISLEVAND) : FESTIVAL DE L’ ABBAYE DE SAINT-MICHEL EN THIERACHE

ENSEMBLE "ELYMA" (GABRIEL GARRIDO) : LES HEURES MUSICALES DE L’ ABBAYE DE LESSAY

Quel rapport entre ces deux très beaux concerts de musique baroque et le flamenco ? Le temps des légendes aussi séduisantes que fantaisistes sur les origines séculaires, voire millénaires, du flamenco semble heureusement révolu. Les chercheurs actuels préfèrent aux récits oniriques la fréquentation fastidieuse des archives, et exhument régulièrement des documents démontrant le rôle déterminant du théâtre (Zarzuela), des danses folkloriqueset de salon ("Bailes de Candíl" , "Escuela Bolera", "Academias de Baile"…), des XVIIIème et XIXème siècle, sur la genèse du flamenco, au moins tel que nous le connaissons aujourd’hui (cf : bibliographie de l’article "Séville et le cante"). Ajoutons-y les "pliegos de cordel" (textes imprimés vendus par les chanteurs ambulants, souvent aveugles), qui perpétuent le "Romancero" traditionnel du XVIème au XIXème siècle : il est clair que la connaissance de la musique ibérique de l’époque (donc, de la fin de la Renaissance au Baroque tardif et au début du Classicisme) est indispensable à l’étude de l’histoire du flamenco, au moins pour les "letras", la guitare, la danse, et les structures métrico-rythmiques (compás), les caractères modaux du cante restant en l’état plus énigmatiques. La linéarité cumulative de la musique instrumentale baroque (par opposition au dynamisme dialectique de la forme sonate classique. Cf : Charles Rosen, "Le style classique", Paris, Ed. Gallimard) procède essentiellement par variations schématiquement notées, et laissant donc place à une improvisation très codifiée, sur des thèmes de basse impliquant des séquences harmoniques obligées ( Chaconne, Folia, Passacaille…). Nous ne sommes pas très loin des falsetas de la guitare flamenca, au moins pour ses aspects traditionnels (Morón, Jerez…). D’autre part, Rolf Lislevand insiste sur le caractère directement instrumental de ce répertoire, joué avant d’être éventuellement noté, et donc esthétiquement dépendant de la facture instrumentale, des techniques de jeu, du timbre… Quoi de plus naturel pour un guitariste flamenco ? Lislevand et l’ensemble Kapsberger donnèrent de ces œuvres des interprétations très libres et créatrices, d’une grande richesse sonore (luth, théorbe, guitare baroque, chitarra battente, harpe, violes, clavicorde, orgue, et percussions). Certaines improvisations étaient franchement "flamencas" (Fandango de Santiago de Murcia), et l’introduction d’une "Passacaglia andaluz" rappelait les arpèges de "A Mandeli", de Pepe Habichuela. Des similitudes qui n’ont sans doute pas échappé à Christina Pluhar (une autre grande spécialiste de ce répertoire), qui vient d’enregistrer avec son ensemble, "L’Arpeggiata", et… Pepe Habichuela ("Los imposibles" Naïve). Et si ce genre de rapprochement vous séduit, vous ne serez pas déçu par le récent "Danzas para guitarra barroca", de Rafael Bonavita (œuvres de Gaspar Sanz et Santiago de Murcia ; Enchiriadis EN 2015).

Pour sa part, Gabriel Garrido est l’un des principaux défricheurs des musiques baroques américaines, métissant les musiques "savantes" italienne, française, et ibérique, et les musiques populaires espagnoles, portugaises, et "indigènes" (indiens et esclaves africains). Le programme de l’ensemble "Elyma" présentait l’intégrale des musiques composées au XVIIIème siècle sur les Villancicos écrits par Sœur Juana Inés de la Cruz, dans une formation instrumentale proche de la précédente (avec quelques instruments à vent supplémentaires), et avec d’ excellents solistes vocaux. Sur des formes oscillant entre le "mini oratorio" et la chanson à danser populaire, c’est ici l’aspect rythmique qui ne pouvait que frapper l’amateur de flamenco : omniprésence de l’alternance ternaire / binaire, avec entre autres une musique anonyme("Ah, de las mazmorras") entrant parfaitement dans le compás de la Bulería, et d’ailleurs interprétées avec palmas.

Ajoutez à cela la beauté du cadre de ces deux festivals, l’agréable convivialité de leur ambiance, et la décontraction et l’humour des musiciens, fort éloignés du décorum empesé de certains concerts "classiques" : nous reviendrons l’été prochain...

Ensemble "Kapsberger" / Rolf Lislevand : "Nuove Musiche" ECM

Ensemble "Elyma" Gabriel Garrido : "Le Phénix du Mexique : K 617 ( "Les chemins du Baroque")

Festival Saint Michel

Festival de Lessay

Claude Worms





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