Les Román, une famille de guitaristes du Sacromonte

dimanche 14 décembre 2008 par Claude Worms

Vicente el Granaíno : "Guitarra flamenca" - EP SAEF SF-2031, 1960

Jacinto Almadén / Román el Granaíno : "Cante jondo n° 1" - EP Le Chant du Monde LDY-4088

Pepe Madrid : "Recuerdos de Ibiza" - EP Belter 50.962, 1961

L’ histoire commence comme un conte : Salvaorillo el Tuerto, gitan du Sacromonte, jouait de la guitare et de la bandurria. Il eut sept fils, qui tous devinrent guitaristes, sauf Antonio, qui préféra le football... Ils ont d’ ailleurs également cultivé la bandurria et le laúd, tous instruments composant les ensembles à cordes pincées qui sont l’ une des spécialités de Grenade.

L’ aîné, Salvador Román Maldonado "El Mocarras" (1897 - 1940, peut-être...) semble avoir été le plus talentueux. Il n’ a malheureusement jamais enregistré, mais les anecdotes plus ou moins légendaires ne manquent pas sur son compte : une vie de bohème qui aurait enchanté Prosper Mérimée, un net penchant pour les boissons alcoolisées, une guitare montée avec des cordes en acier... Autodidacte complet, il aurait ignoré l’ usage du capodastre, et même la manière d’ accorder la guitare..., ce qui lui permit d’ inventer des positions d’ accords inédites, et accessoirement d’ éviter les imitateurs. Son jeu était en tout cas suffisamment intéressant pour que Ramón Montoya, Manolo de Huelva et Sabicas l’ aient tenu en grande estime.

Román el Granaíno

Cándido Román Maldonado "Román el Granaíno" (1904 - 1984) est beaucoup plus connu sous nos latitudes. Il a en effet mené l’ essentiel de sa carrière à Paris, et se produisit notamment au Catalan et au Club Plein-Vent. Il a enregistré de nombreux disques en solo, et avec Pepe de la Matrona, Jacinto Almadén, Rafael Romero..., pour le label Le Chant du Monde. Sa production solo ayant été rééditée par Mandala (collection "Arte flamenco, vol. 6 - Man 4845), nous vous proposons un enregistrement de Jacinto Almadén, qui met bien en valeur la fluidité de son accompagnement, et la saveur de ses falsetas.

Sous le pseudonyme de Pepe Madrid, nous soupçonnons que se dissimule José Román Maldonado "Pepe Granada". L’ hypothèse mérite cependant d’ être vérifiée : nous n’ avons trouvé aucune information sur Pepe Madrid, ni sur ce disque des plus confidentiels (merci d’ avance à ceux de nos lecteurs qui pourraient nous éclairer). Dans la logique de l’ improbable titre de l’ enregistrement, le texte de présentation s’ étend longuement sur la présence phénicienne à Ibiza, et sur les délices de ses paysages et de son climat, mais ne dit rien du guitariste... Quelques indices cependant : le style du guitariste (avec notamment un usage du picado qui évoque le jeu de plectre de la bandurria), et son répertoire l’ apparentent assez nettement aux guitaristes du Sacromonte de sa génération. Surtout, né en 1922, il s’ est établi à Madrid en 1943 et s’ est spécialisé dans l’ accompagnement de la danse, dans de nombreux tablaos (d’ où, sans doute, un usage intensif du rasgueado).

NB : nous tenons à remercier l’ un de nos assidus et avertis lecteurs, Cédric Pizepan, qui vient de confirmer notre intuition (par un mail du 12 novembre 2012). Il a rencontré Salvador Román, fils de Román el Granaíno, et lui a fait écouter l’ enregistrement. Il pense y reconnaître le style de son oncle, et en particulier la Zambra, qu’ il dit avoir été créée par son père.

Vicente el Granaíno

Vicente Fernández Maldonado "Vicente el Granaíno" est né en 1927 à Grenade. Son degré de parenté éventuelle avec la famille Román reste énigmatique, mais il en est assurément le musicien le plus accompli. Aveugle de naissance, il s’ est initié à la guitare dès l’ âge de six ans, et a étudié la guitare classique, le solfège, et la composition. Sa discographie comporte plus d’ une centaine d’ enregistrements, en solo et avec Antonio Mairena, Cobitos, Perlita de Huelva, Canalejas de Puerto Real, Alfredo Arrebola, Rocío Jurado... Vicente el Granaíno est aussi un virtuose de la bandurria et du laúd, et tenait la bandurria soliste dans le Trío Granada, qu’ il a fondé, dont il a écrit les arrangements et composé une partie du répertoire, et qui reste certainement la plus remarquable formation de ce type d’ ensemble d’ instruments à cordes pincées.

Merci, une fois de plus, à notre ami Jean-Marie Nègre, à qui nous devons ces trois enregistrements.

Programme

Vicente el Granaíno : "Guitarra flamenca"

"Serenata al Sacromonte" (Tanguillo flamenco) / "Añoranza a mi Granada" (Media Granaína) / "Serenata a Torremolinos" (Malagueña) / "Sacromonte en fiesta" (Bulerías)

Jacinto Almadén / Román el Granaíno : "Cante jondo n° 1"

"Lamento Minero" (Taranto) / "Malagueña del Prefacio" (Malagueña del Mellizo) / Mirabrás

Pepe Madrid : "Recuerdos de Ibiza"

"Recuerdos de Ibiza" (Danza mora) / "Alegrías de Cádiz" / "Aires de Bulerías" / Milonga

Claude Worms


Vicente el Granaíno : Tanguillo
Vicente el Granaíno : Granaína
Vicente el Granaíno : Malagueña
Vicente el Granaíno : Bulerías
Jacinto Almadén : Taranto
Jacinto Almadén : Malagueña del Mellizo
Jacinto Almadén : Mirabrás
Pepe Madrid : Danza mora
Pepe Madrid : Alegrías
Pepe Madrid : Bulerías
Pepe Madrid : Milonga




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