Sabicas : "The Day of the Bullfight" / Vicente Gómez : "Río Flamenco"

vendredi 22 novembre 2019 par Claude Worms

Les deux premiers "concept albums" de guitare flamenca...

"The Day of the Bullfight" - Lp ABC S 2-265, 1958

Exactement trente ans avant le "Tauromagia" de Manolo Sanlúcar, Agustín Castellón "Sabicas" avait enregistré à New-York, en 1958, un disque sur le même thème qui est à notre connaissance le premier concept-album de guitare flamenca. "The day of the Bullfight" relate un jour de corrida, la face A (quatre premières plages) étant consacrée à des scènes de la matinée, la face B (quatre dernières plages) à des scènes de l’après-midi.

L’enregistrement est conçu comme la bande sonore d’un film imaginaire, avec fanfares, chants de coqs et d’oiseaux, bruits de rue, rumeurs de conversations, cloches etc., et cante, baile y toque, dont une rondeña mémorable et des siguiriyas parmi les plus âpres de la discographie de Sabicas (qui en compte pas moins vingt-quatre, selon le décompte de José Manuel Gamboa auquel nous devons une grande part de nos informations - GAMBOA, José Manuel. La correspondancia de Sabicas, nuestro tío de América. Su obra toque x toque. Madrid, El Flamenco Vive, 2013).

L’album, avec double jaquette et livret, était une commande du producteur Creed Taylor, par ailleurs créateur du label "Impulse !". Il avait confié la composition des parties orchestrales à Kenyon Hopkins, un spécialiste des musique de film, et la réalisation des ambiances sonores à Keene Crockett, acteur et expert ès bruitages pour les feuilletons radiodiffusés.

Sabicas est une fois de plus secondé à la guitare par son frère Diego Castellón. Mais le casting est amplement étoffé par des artistes de la troupe de Roberto Iglesias, fraîchement débarqués pour une tournée sur le continent américain (Pepe Segundo, chant, et Félix de Utrera, guitare), et du groupe "Los Trianeros" mené par les danseurs Pepa Reyes et Ángel Mancheño (Manolo Leiva, chant, et Juan de la Mata, guitare). Pour l’occasion, une certaine "Teresa", dont nous ignorons l’identité, a été réquisitionnée pour le zapateado des cantiñas.

José Muñagorri Fuentes "Pepe Segundo" (Triana, Séville, 1936 - San Francisco, 1969) fut un remarquable cantaor trop souvent ignoré par les spécialistes, sans doute du fait de son "exil" aux Etats-Unis et de sa mort prématurée. Il fut le collègue d’Antonio Mairena dans la troupe d’Antonio "el Bailarín", puis collabora et enregistra avec la plupart des guitaristes qui avaient choisi de mener tout ou partie de leur carrière aux Etats-Unis - non seulement Sabicas, mais aussi Vicente Gómez, Mario Escudero et Juan Serrano.

Claude Worms

Programme du disque :

MP3 - 5.7 Mo
1) "Dawn"

MP3 - 5.3 Mo
2) "Coffee Shop"

MP3 - 4.7 Mo
3) "Selection of the Bulls"

MP3 - 8.4 Mo
4) "Street Scene"

MP3 - 4.3 Mo
5) "Entrance to the Arena. The Bullfight"

MP3 - 6.9 Mo
6) "Fiesta"

MP3 - 4.5 Mo
7) "Street Brawl"

MP3 - 5.1 Mo
8) "Lovers in the Night"

1) "Dawn" - rondeña

2) "Coffee Shop" - bulerías (chant : Pepe Segundo)

3) "Selection of the Bulls" - fandangos

4) "Street Scene" - cantiñas et mirabrás (chant : Pepe Segundo et Manolo Leiva ; baile : "Teresa")

5) "Entrance to the Arena. The Bullfight" - nana et tientos-tangos (chant : Pepe Segundo)

6) "Fiesta" - malagueña et fandangos "abandolaos", deux cantes de Juan Breva encadrant deux rondeñas (chant : Manolo Leiva)

7) "Street Brawl" - siguiriya

8) "Lovers in the Night" - granaína

NB : nous vous proposerons prochainement, dans cette même rubrique, d’autres Lps états-uniens de Sabicas dont l’absence de réédition reste pour nous un mystère.

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"Río flamenco" - Lp Decca DL-74156, 1961

En 1967, Vicente Gómez (Madrid, 1911 - Los Angeles, 2001) enregistrait à son tour un concept-album tauromachique, "Toros. Suite for Two Guitars" (Lp Decca DL-74873). La deuxième guitare était dévolue à l’un de ses élèves, Richard Podoror (Ricky Nelson fut un autre disciple célèbre de Vicente Gómez), et les parties vocales à un chanteur lyrique (Jerry Wright). Par la suite, Podoror allait devenir producteur, officiant pour des groupes de rock psychédélique californiens (Electric Prunes, Iron Butterfly) et de hard rock - il était derrière la console pour l’enregistrement du "Born to be wild" de Steppenwolf.

Sept ans plus tôt, Vicente Gómez avait signé le deuxième concept album de guitare flamenca, une évocation musicale du Guadalquivir, là encore avec un récitant anglo-saxon et, pour le chant, un Pepe Segundo nettement moins inspiré qu’avec Sabicas. Le programme de "Río flamenco" suit le cours du fleuve, de la Sierra de Cazorla et sa zone minière (d’où la taranta de la première plage) jusqu’au delta de Sanlúcar de Barrameda (la "rosa"), en passant par Cordoue et Séville, non sans un détour par Grenade, et donc le Genil, un affluent du Guadalquivir. Trente ans plus tard, Víctor Monge "Serranito" entreprenait le même périple, avec ses "Ecos del Guadalquivir" (Lp Vicblan S.L./Eldorado 001, 1994). Les pièces de la suite comportent souvent plusieurs palos consécutifs (cf. "Rumores del Guadalquivir"). La sonorité de la guitare, l’utilisation de techniques peu fréquentes dans le toque (harmoniques) et le style des compositions (en particulier la structure A/B/A’ de "El Girasol" - bulería / adagio / bulería) montrent que Vicente Gómez s’inscrit dans la lignée des guitaristes "éclectiques" dont nous avons eu maintes fois l’occasion de vous entretenir - de Julián Arcas, Tomás Damas, Juan Parga ou Rafael Marín à Manuel Cano, en passant par Amalio Cuenca, Ángel Iglesias, Ángel Barrios, Luis Maravilla etc. Rappelons qu’il s’agit là de guitaristes d’inspiration "andalouse", dont les compositions sont alternativement de style classique ou plus spécifiquement flamenco.

Vicente Gómez doit sans doute cette orientation à ses années de formation à l’Academia de Música de Madrid, où il a été l’élève de Quintín Esquembre, lui-même disciple de Tárrega. Il ne tarde pas à se produire dans toute l’Europe, en soliste ou en duo avec Ángel Iglesias, et la Guerre Civile éclate alors qu’il débute à Leningrad. Jointe à ses opinions ouvertement républicaines, cette coïncidence le décide à trouver refuge en France (1936), puis à Cuba (1936), au Mexique (1937) et finalement (et définitivement) aux USA , à partir de 1938 : succès immédiat, dès un premier concert triomphal au Town Hall de New-York en avril 1938 qui convainc Decca de lui proposer une séance d’enregistrement la même année (trois 78 tours bifaces). Pendant toute sa carrière, il restera fidèle au label, pour lequel il enregistrera d’abord trois autres séries de trois 78 tours de 1939 à 1941, puis quinze Lps de 1950 à 1968 : récitals en soliste, avec chant et danse, en quintets de guitares et bandurria, avec orchestre, duos avec la pianiste Dorothy McManus, musique de films (dont celles de "Blood and Sand" et de "Snows of Kilimandjaro" en 1952) etc. - pour nos ami(e)s guitaristes, précisons que beaucoup de ses compositions ont été publiées par Belwin Mills Publishing Corporation.

De mars 1938 à décembre 1940, Vicente Gómez dispose d’un programme dominical sur la chaîne de radio NBC, "The Magic Key Hour", au cours duquel il précède rien moins qu’Arturo Toscanini à la tête de l’Orchestre Symphonique de la NBC. Ayant obtenu la citoyenneté de son pays d’adoption en 1943, il est incorporé dans l’armée des USA et participe au programme d’enregistrement des V-Discs - "El Albaicín. The Gypsy Village (granaína)" en face A, couplé avec un menuet de Fernando Sor et une mazurca de Francisco Tárrega en face B (1944). En 1948, il ouvre à Manhattan un restaurant-salle de spectacle, "La Zambra", qui devient rapidement le point de ralliement de tous les artistes espagnols séjournant à New-York. Le local accueillit également la "Classical Guitar Society" de New-York, présidée par Andrés Segovia, dont Vicente Gómez était le vice-président. Nous l’avons vu, notre guitariste fut aussi un professeur réputé : en 1953, il fonde à Los Angeles son "Academy of Spanish Arts" (cours de guitare classique et flamenca, de danse flamenca et de "ballet", de langue espagnole... et même de tauromachie). Ajoutons enfin qu’il fut l’un des dirigeants, élu et rrégulièrement réélu, de la "National Academy of Recording Arts and Sciences", fondée en 1957 et créatrice des "Granny Awards".

Guitariste "éclectique" et citoyen états-unien, il n’en fallait pas plus pour que Vicente Gómez soit régulièrement ignoré par toutes les histoires officielles de la guitare flamenca.

Claude Worms

Programme du disque :

MP3 - 10.4 Mo
1) "Río flamenco"

MP3 - 8.8 Mo
2) "Embrujos del agua"

MP3 - 5.2 Mo
3) "El girasol"

MP3 - 8.4 Mo
4) "Rumores del Guadalquivir"

MP3 - 9.5 Mo
5) "El Albaïcín y el río"

MP3 - 4.8 Mo
6) "Calles del Genil"

MP3 - 5 Mo
7) "Reflejos sevillanos"

MP3 - 6.4 Mo
8) "Ribera gaditana"

MP3 - 7.4 Mo
9) "Rosa de Cádiz"

1) "Río flamenco" - taranta et verdiales (chant : Pepe Segundo)

2) "Embrujos del agua" - petenera et siguiriya

3) "El Girasol" - bulerías "cl1asicas"

4) "Rumores del Guadalquivir" - caña, soleá, alegría et bulería

5) "El Albaicín y el río" - granaína et fandangos de Granada (chant : Pepe Segundo)

6) "Calles del Genil" - bulerías

7) "Reflejos sevillanos" - sevillanas

8) "Ribera gaditana" - tangos gaditanos et tanguillos

9) "Rosas de Cádiz" - alegrías por rosa (chant : Pepe Segundo)


1) "Dawn"
2) "Coffee Shop"
3) "Selection of the Bulls"
4) "Street Scene"
5) "Entrance to the Arena. The Bullfight"
6) "Fiesta"
7) "Street Brawl"
8) "Lovers in the Night"
1) "Río flamenco"
2) "Embrujos del agua"
3) "El girasol"
4) "Rumores del Guadalquivir"
5) "El Albaïcín y el río"
6) "Calles del Genil"
7) "Reflejos sevillanos"
8) "Ribera gaditana"
9) "Rosa de Cádiz"




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