samedi 20 juin 2026 par Claude Worms
Diego Clavel / Manolo Franco : "Cante jondo, arte flamenco" — un CD Peña "Amigos del flamenco de Extremadura" (Cáceres) / Promúsica (2000).
Diego Clavel / Antonio Carrión, Pedro Bacán et Fernando Rodríguez : "Diego Clavel canta a Gerardo Diego. Poema del Toreo" — un CD Antequera Discos (1996).
Nous partageons avec nos lectrices et lecteurs ces deux disques de Diego Clavel, indispensables comme tous ceux qu’il a enregistrés. Il est d’autant plus incompréhensible qu’ils n’aient jamais été réédités que ses partenaires sont des maîtres incontestables de l’accompagnement du cante : Manolo Franco ("Cante jondo, arte flamenco") ; Antonio Carrión, Pedro Bacán et Fernando Rodríguez "Diego Clavel canta a Gerardo Diego. Poema del Toreo").
Totalisant vingt-huit séries de cantes, ces deux albums constituent une somme érudite des principaux palos et cantes, que l’on peut considérer comme une introduction aux cinq monumentales anthologies que Diego Clavel enregistrera entre 2001 et 2008 pour les labels Cambayá et Karonte, dont nous en avons rendu compte pour Flamencoweb : "La Malagueña a través de los tiempos" (2001), "Por los rincones de Huelva (sueño cumplío)" ( 2003), "Por Soleá" (2005), "Por Levante" (2007), et "Por Seguiriyas" (2008). Il y chante ses propres textes, en général inspirés plus ou moins étroitement de letras traditionnelles. C’est aussi le cas pour "Cante jondo, arte flamenco". Un seul exemple nous suffira, celui du premier cante de "Pensandoo" (murciana) : "Que yo no quiero robar, / no me pidas tú que robe . / Yo robaría por mis niños, / pa’ poder comprarles pan". Comment ne pas y voir un écho d’une célèbre letra por soleá ? — "El pasito que yo doy, / ese no lo daba nadie. / Yo lo hago por mis niños / que están pendientes del aire."
Par contre, les textes mis en musique par Diego Clavel pour "Poema del Toreo" sont des extraits de poèmes de Gerardo Diego (Santander, 1896 - Madrid, 1987) — il s’agissait de commémorer le centenaire de la naissance de l’un des poètes de la Generación del 27. Rappelons à ce propos que cette dénomination, imaginée a posteriori en 1948 par Dámaso Alonso, fait allusion à l’organisation de plusieurs actes de célébration du troisième centenaire de la mort de Góngora, d’abord sans succès les 23 et 24 mai 1927 à Madrid, puis avec plus de retentissement à l’Ateneo de Séville le 17 décembre suivant. A Séville, l’initiateur de l’événement fut le torero-dramaturge-mécène Ignacio Sánchez Mejías, ce qui souligne le goût pour la tauromachie des écrivains qui y participèrent, directement ou non : outre Diego et Alonso, la nomenclature usuelle retient Rafael Alberti, Federico García Lorca, Jorge Guillén, Pedro Salinas, Vicente Aleixandre, Luis Cernuda, Emilio Prado et Manuel Altolaguirre — tous nés entre 1891 (Salinas) et 1905 (Altolaguirre). Cependant, même si l’on trouve quelques poèmes taurins dans les œuvres d’Alberti et de García Lorca, seul Gerardo Diego a consacré un important corpus à ce thème, dont un recueil complet, intitulé La suerte o la muerte, publié en 1963. Autre singularité, Diego fut aussi le seul écrivain de la Generación del 27 à prendre résolument parti pour le camp nationaliste pendant la Guerre Civile, puis pour la dictature franquiste, alors que tous les autres avaient soutenu plus ou moins activement les Républicains. Aussi mena-t-il sous le franquisme une carrière des plus confortables, entre autres à Radio Nacional de España et à la Real Academia Española — ce dont il se montra reconnaissant en écrivant quelques poèmes à la gloire du soulèvement militaire de 1936, des phalangistes, de la División Azul, etc. Ces peu glorieux épisodes n’enlèvent rien à sa connaissance du toreo et à la qualité littéraire de La suerte o la muerte, sans doute le recueil poétique le plus copieux et important en la matière. On y trouve essentiellement des poèmes sur toutes les phases de la corrida, entrecoupés d’hommages aux grands maîtres de l’art tauromachique. Diego Clavel a choisi des extraits de textes consacrés à la lidia pour créer sa propre "Tauromagia", huit ans après le chef d’œuvre de Manolo Sanlúcar.
Claude Worms
Chant : Diego Clavel / guitare : Manolo Franco
Programme :
"Golpes" (fandangos abandolaos) / "Mis ojos" (farruca) / "El cielo" (tangos de El Piyayo) / "En la sierra" (liviana, serrana et siguiriya de cambio de María Borrico) / "Los ojitos" (fandangos de Pérez de Guzmán) / "Pensando" (murciana et taranta) / "De rodillas" (jaberas) / "Tormentos" (mariana) / "Libre voluntad" (rondeñas) / "Libertad" (tientos) / "Comprender" (soleares de Frijones, José Iyanda et Juaniqui) / "Perdón" (siguiriyas de Tomás "el Nitri", El Fillo et anonyme de Cádiz)
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Chant : Diego Clavel / guitare : Antonio Carrión, Pedro Bacán et Fernando Rodríguez
Programme :
"Salida del toro" (fandangos de Alosno) / "Quiebro de rodillas" (malagueña de La Trini et jabegote) / "El Farol" (fandangos de El Gloria) / "Media verónica" (fandangos de Manuel Vallejo) / "Suerte de varas" (granaínas) / "Caída al descubierto" (peteneras) / "Par al sesgo" (tangos de El Piyayo) / "La trinchera" (tientos) / "Naturales" (solearesde Joaquín "el de La Paula") / "Pase de pecho" (jaberas) / "Natural por alto" (tangos de Triana) / "La cogida" (martinetes) / "Molinete" (bamberas) / "Pase de la muerte" (cartageneras) / "Estocada recibiendo" (romances) / "Estocada a volapié" (bulerías por soleá)
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