20e Festival Flamenco de Nîmes 2010 (suite et fin)

samedi 23 janvier 2010 par Maguy Naïmi

Chant : Inés Bacán, Tomás de Perrate, El Rubio de Pruna, Manuel de Tañé

Guitare : Antonio Moya et Paco Iglesias

Vendredi 22 janvier, 22h30 / Odéon

Les voies(x) du cante sont innombrables. Nous passerons rapidement sur le « Tiempo del diablo » présenté (au Théâtre de Nîmes, ce même jour à 20h) par Diego Carrasco, par respect pour l’ œuvre de ce très grand artiste, et en souvenir du concert acoustique inoubliable de l’ année passée (cf : notre compte-rendu dans la même rubrique). Disons que le diable s’avéra plutôt anodin, et que l’enfer ne fut pas forcément pavé que de bonnes intentions.

De l’enfer au paradis, le chemin était ce soir des plus court : quelques centaines de mètres, du Théâtre à l’Odéon, pour passer d’ une scénographie très extravertie et surjouée à l’intimité d’ une peña de quelque quartier d’Utrera ou de Lebrija.

En première partie, un programme de haute tenue par trois cantaores dont les styles contrastés ont tenu constamment le public en haleine. S’il est encore un peu vert, Manuel de Tañé possède incontestablement toutes les qualités d’un futur grand cantaor. Il nous en a donné quelques brillants aperçus, dans le Martinete et les Siguiriyas de Jerez (répertoire de Manuel Torres) qui suivirent. La mise en place des tercios est encore parfois maladroite, et la conduite mélodique un peu hachée (Cabal de Silverio, Tientos et Tangos – dont un original « Fandango por Tango ») : une simple question de temps, d’expérience, et donc de maturité.

El Rubio de Pruna commença le concert par deux « cantes de Levante » (les seuls de la soirée), Taranto de Manuel Torres et Minera, dans des versions aussi excellentes qu’originales. Mais c’est dans une longue série de Soleares qu’il donna véritablement toute la mesure de son talent, et d’un sens très sûr du contraste et de la construction globale. De Soleares de Triana à la Soleá de Charamusco, El Rubio de Pruna nous offrit une remarquable anthologie de cantes, tour à tour expressionnistes ou intériorisés. Une belle démonstration de connaissances stylistiques et de technique vocale (souffle et tessiture, avec notamment des graves retenus de toute beauté – toujours très difficiles, même si moins immédiatement spectaculaires que les incursions en force dans l’aigu).

Tomás de Perrate est d’ores et déjà un maître du cante classique. Quel que soit le « palo » qu’il interprète (ce soir, Soleares et Tangos de Málaga), il revêt inévitablement, dès les premières notes du temple, une sorte d’évidence immédiate, tant est parfaite l’adéquation entre la forme abstraite et sa matérialisation vocale. Ce cantaor se situe dans la lignée de Tomás Pavón, de Juan Mojama, d’El Chaqueta, ou de son père El Perrate : des artistes de l’épure, dont la voix semble se fondre dans la substance du cante, tant elle l’habite sans trace d’effort ou d’artifice.Un art porté à un tel niveau de justesse et d’apparente simplicité défie le commentaire, et rend la critique dérisoire.

Le vocabulaire musical est tout aussi inopérant pour tenter de décrire « ce qui se passe » quand chante Inés Bacán. Dans les climax d’intensité émotionnelle, les bras levés comme pour appeler à l’aide quelque génie tutélaire, la cantaora semble immergée dans son univers intérieur, et oublie totalement la scène, le spectacle… et parfois le public (Antonio Moya doit à plusieurs reprises lui rappeler ces contingences, par exemple pour présenter à la fin du concert Manuel de Tañé et El Rubio de Pruna, qui assuraient les palmas). Le rappel est à lui seul un condensé du concert : Inés revient sur scène, se lance sans aucun préambule dans un bloc stupéfiant de Tonás, et s’en va aussi discrètement qu’elle était venue. Dès lors, peu importent les « accidents » techniques (quelques défauts d’ intonation, notamment dans les Cantiñas del Pinini) : dans chaque cante (Fandangos por Soleá, Nanas, Soleares, Siguiriyas et Cabal, Romances, Bulerías) surviennent des fulgurances qui semblent agir indépendamment de la volonté de la chanteuse, comme par effraction de la mémoire familiale dans la performance « ici et maintenant ». Pour qui veut comprendre ce que signifie la transmission orale (aurale aussi…), comment le corps y est le vecteur de l’apprentissage d’un système musical et d’un style, par la dialectique de la création individuelle et de la validation du groupe, un concert d’Inés Bacán est une expérience unique.

Les styles de Paco Iglesias et d’ Antonio Moya se sont révélés opportunément complémentaires, notamment dans les accompagnements qu’ ils assumaient ensemble. Le jeu d’Antonio Moya a encore gagné en créativité et en nuances. Nous avons surtout admiré son art de l’accompagnement, qui tient évidemment beaucoup à son étroite familiarité avec les répertoires de Lebrija et d’Utrera, et particulièrement avec ceux d’Inés Bacán et de Tomás de Perrate. Sa maîtrise de ce style lui donne une disponibilité permanente à toutes les sollicitations du cantaor, et une totale liberté d’improvisation. Son intelligence et sa sensibilité musicale produisent un flot inépuisable de réponses instantanées : pour bien accompagner, « hay que saber escuchar ».

Une grande soirée de cante.

Claude Worms


Chant : Antonio Campos

Guitare : Dani Méndez

Samedi 23 janvier, 17h30 / Temple de Nîmes

Le traditionnel concert acoustique, qui cette année lançait le bouquet final du festival (trois spectacles successifs – cf : ci-dessous), nous a permis, comme de coutume, de découvrir un jeune artiste de grand talent.

Comme beaucoup de cantaores révélés ces dernières années (Sonia Miranda, Rocío Márquez, David Palomar…), Antonio Campos s’ est montré soucieux de présenter un programme varié et original, incluant une importante proportion de styles traditionnels peu fréquentés

Entré en scène sur un Pregón de Macandé a capella, il a enchaîné par une série de cantes de Málaga : Malagueña del Gayarrito (une interprétation fort différente de celle du concert de Miguel Poveda, mais tout aussi réussie), Malagueña del Mellizo, Jabera et cante de Juan Breva.

Le cantaor semble avoir voulu transformer sa très longue suite de Soleares en une véritable anthologie du genre, parcourant successivement les répertoires d’ Alcalá, Lebrija et Utrera, et Cádiz. Une leçon magistrale de science du cante et d’engagement vocal, après laquelle les deux Tarantos firent un peu pâle figure. Des Tientos un peu hésitants furent sauvés par les Tangos auxquels ils préludaient : Tangos de Jaén, dans la version de Gabriel Moreno, suivis de Tangos du Sacromonte. Ces derniers constituèrent la seule référence à Grenade, la patrie d’ Antonio Campos, dont le style semble aussi peu tributaire de la tradition léguée par Cobitos que de l’évolution révolutionnaire initiée par Enrique Morente.

Les deux dernières et remarquables pièces du récital laissèrent par contre nettement transparaître l’influence d’ Antonio Mairena : une suite constituée d’un Martinete, d’ une Toná, de deux Siguiriyas (Manuel Molina et Tomás El Nitri), et d’ une Cabal inspirée de la version d’ El Sernita.(performance vocale impressionnante) ; et des Bulerías de Lebrija, ponctuées de quelques références à El Lebrijano, scandées par Dani Méndez à la manière de Morón.

Antonio Campos acheva son concert comme il l’avait commencé, par un chant a capella (de très rares Romances de la tradition de Los Puertos), et nous offrit en rappel des Campanilleros por Bulería (Niña de La Puebla et Manuel Torres).

L’acoustique très réverbérée du Temple nous empêcha malheureusement de profiter pleinement de la finesse du jeu de Dani Méndez, et par conséquent des subtilités d’ un dialogue chant / guitare qui s’ annonçait prometteur, si l’ on en juge par le récent enregistrement capté en direct au Corral del Carbón de Grenade. Nous avons heureusement pu retrouver cet excellent musicien à l’Odéon, pour le spectacle de clôture, « A cinco voces ».

Le public, connaisseur et attentif, su apprécier le concert à sa juste valeur, et salua les deux artistes par une chaleureuse ovation, amplement méritée.

Claude Worms


ORO VIEJO

Danse : Rocío Molina, Eduardo Guerrero, Moisés Navarro, David Coria

Guitare : Paco Cruz, Rafael Rodríguez

Percussions : Sergio Martínez

Palmas : Guadalupe Torres, Vanessa Coloma

Collaboration au chant : La Tremendita

Scénario : Rocío Molina et David Picazo

Direction artistique : Rocío Molina

Direction scénique : David Picazo

Chorégraphie : Rocío Molina

Costumes : Josep Ahumada

Lumières : David Perez

Son : Kike Cabañas

Samedi 23 janvier, 20h / Théâtre de Nîmes

Dernier jour du Festival de Flamenco. Déjà !! Rocío Molina présente à 20h, au Théâtre de Nîmes, son spectacle « Oro viejo » (Vieil or).

Celui-ci débute sur un texte évoquant le passage du temps, mettant en regard, « niño / viejo », « viejo / muchacha ». Rocío Molina exécute une chorégraphie muette sur ce préambule ; les projecteurs illuminent les aiguilles d’ une horloge ; des images en noir et blanc, projetées ensuite à gauche de l’ écran, tandis que le percussionniste joue en solo dans l’ombre, nous présentent des personnes âgés sur un banc dans un jardin public ensoleillé. Cette introduction donne le ton du spectacle : une réflexion sur la course du temps et l’arrivée de la vieillesse. Celui-ci s’avèrera de grande qualité. Rocío Molina entourée des danseurs Eduardo Guerrero, Moisés Navarro, et David Coria, ou en solo, montre toute la palette de son talent. Elle domine toutes les techniques de la danse (classique, contemporaine, flamenca) pour les intégrer dans une série de chorégraphies conçues comme des « sketches », des scènes quasi cinématographiques. Chorégraphie à trois, plus une chaise, au début, ou danse en solo (Guajira, Rumba). Nous avons aimé sa danse aérienne, virevoltante, qui intègre le zapateado dans le mouvement, ne faisant pas de lui un morceau de bravoure, mais un contrepoint à une grande expressivité corporelle.

Rocío multiplie les liens avec le passé, introduisant par exemple une scène de bal « à l’ancienne » sur un rythme de Pasodoble. Sa Guajira délicieuse, toute en légèreté (pas de pieds, mais des bras expressifs, une taille souple) dansée en duo avec le guitariste, n’est pas exempte d’humour : à la vibration de la guitare, correspond la palpitation de l’éventail, et la sortie de la danseuse, à petits pas dans sa robe à paniers des élégantes du XIXème siècle, mime le trajet mécanique des poupées des boîtes à musique.

On voyage dans le temps, mais également dans l’espace : une chorégraphie pour deux danseurs sur une chanson latino américaine, nous rappelant les valses péruviennes tant prisées au début du XXème siècle, qui donne l’impression d’un Flamenco au second degré, ou une Rumba exécutée en solo par Rocío Molina, coiffée d’un chapeau de paille, drôle, énergétique, dans un espace resserré, entourée des danseurs, de Guadalupe Torres et Vanessa Coloma, aux palmas, et du percussionniste Sergio Martínez.

Les scènes dansées s’enchaînent sur des musiques décalées :Rocío et les trois danseurs, sur un banc public pour tout décor, jouent une scène sur ne vieille chanson espagnole, qui nous rappelle les films muets de l’époque. « María de la O », la célèbre chanson « aflamencada », jouée sur un tempo très lent par une orchestre à cordes, donne lieu à une danse en couple, mise en scène comme pour un film. Sur les « cantes a palo seco » enregistrés, qui renvoient à un flamenco atemporel, la danse fait alterner taconeos et mouvements au ralenti, sur des voix qui nous semblent lointaines. Rocío danse en bata de cola noire, pieds nus, sur une Malagueña ; deux danseurs se relaient à ses côtés, mêlant les technique contemporaines et classiques (corps qui se frôlent et semblent se toucher dans des mouvements enveloppants, Rocío portée par ses partenaires).

Mais le flamenco est toujours présent. Il sous-tend le spectacle et les danseurs se défient sur des Soleares et des Polos. Duel entre Rocío habillée en homme et un danseur : une danse répond à l’autre, un zapateado virtuose à un autre. Sur le mur, la projection des images montre qu’une jeune femme a rejoint les vieilles femmes sur le banc public (allusion à Goya ?), et le spectacle se termine par un arrêt sur image, avec Rocío sous une pluie d’or.

Maguy Naïmi

Photos : Muriel Mairet


A CINCO VOCES

Chant : Marí Peña, La Tana, Marí Vizzáraga, La Fabiola, Herminia Borja

Danse : Carmen Ledesma

Guitare : Antonio Moya, Dani Méndez

Samedi 23 janvier, 22h30 / Odéon de Nîmes

Une bien belle « despedida ». Le vingtième Festival Flamenco de Nîmes a pris congé des aficionados, qui, une fois de plus, avaient pris d’assaut l’Odéon, par un hommage au cante féminin et gitan. Une sorte de « Mujerez » live, et sévillan pour trois des artistes : Herminia Borja, La Tana, et Marí Vizzáraga. Marí Peña et La Fabiola représentaient pour leur part, respectivement, Utrera et Arcos de La Frontera.

La conception du spectacle laisse un large espace à la spontanéité des artistes, tout en maintenant un fil conducteur (alternance entre groupe et solos) qui en assure l’unité. Les cinq cantaoras entrent en scène sur une « ronda » de cantes a capella (trois Martinetes, suivis d’ une Debla et d’ une Toná), conclue par le traditionnel remate « Si no es verdad », en chœur et à compás de Soleá por Bulería (palmas), au cours duquel le baile de Carmen Ledesma entre dans le cercle des voix avec toute la force expressive qui le caractérise.

Marí Peña / La Fabiola

Suivent les deux premiers cantes solistes : Taranta, Taranto, et Minera par La Fabiola (belles falsetas de Dani Méndez), et des Cantiñas (dont la Romera et le « Navegando » de Mayte Martín, devenu à juste titre un classique) par Marí Vizzáraga, accompagnée à deux guitares. Pour notre plus grand plaisir, Antonio Moya est venu rejoindre Dani Méndez, et leur évident plaisir à jouer ensemble intensifie encore la chaleur de l’ambiance qui règne déjà sur scène…, et dans la salle.

Une deuxième « ronda » clôt ce qui pourrait être considéré comme une première partie, si le spectacle n’était pas présenté en continuité. Un long crescendo, constitué de cinq Fandangos por Bulería, nous conduit à un nombre égal de Soleares por Bulería, Carmen Ledesma répondant par un baile impétueux au cante de chacune des cinq protagonistes.

La Tana / Herminia Borja

Retour au chant soliste pour la « deuxième partie ». Des Malagueñas (La Peñaranda et La Trini) retenues et émouvantes,tout en nuance, conclues par un Verdial « à l’ ancienne » et un puissant cante de Juan Breva, pour Herminia Borja (accompagnement de Dani Méndez, décidément très inspiré par les « cantes libres », pour les Malagueñas, et du duo pour les cantes abandolaos). Marí Peña a fait honneur au « clan des Pininis » par de très intenses Tientos, sur un accompagnement complice (et pour cause…) d’Antonio Moya. Ce dernier a une nouvelle fois démontré qu’il était l’un des meilleurs interprètes actuels de la Siguiriya, et le cante de La Tana fut d’une égale envergure, notamment dans un stupéfiant cambio d’El Fillo.

Marí Vizzáraga / Carmen Ledesma

Le troisième volet de la soirée était une longue « ronda » de Bulerías, accompagnée de main de maître (quel swing !) par les deux guitaristes. Parmi une multitude d’instants de pure grâce, nous garderons longtemps le souvenir de la danse quasi immobile, comme au ralenti (mains et léger balancement des volants de sa robe), d’Herminia Borja. Mais le point culminant de la soirée fut sans doute le rappel : une nouvelle « ronda » de Bulerías, cette fois a capella. Les six femmes sortirent de scène en un bloc compact, vivante image de la solidarité artistique et humaine qui les unit.

Saluons pour conclure la générosité des artistes, bien au diapason de celle du public et de l’équipe organisatrice du festival : prévu pour durer une heure et demie, le spectacle se prolongea une bonne heure de plus, comme si nous avions de la peine à nous quitter.

Claude Worms


 

UN BILAN

Le Festival Flamenco de Nîmes aura dignement fêté son vingtième anniversaire. A l’ exception de quelques rares déceptions, inévitables dans une programmation de cette ampleur, et vite oubliées, il aura apporté de très belles pages à notre livre de souvenirs, écrites par Eva Luisa et son groupe ; Israel Galván (« El final de este estado de cosas, redux ») ; Miguel Poveda et Luis El Zambo (« Sin frontera ») ; Inés Bacán, Tomás de Perrate, El Rubio de Pruna et Manuel de Tañé ; Antonio Campos ; Rocío Molina (« Oro viejo ») ; et les protagonistes de « A cinco voces ». Encore avons-nous manqué, à notre grand regret, les premiers jours du festival, et donc au moins deux soirées mémorables : le récital de Mayte Martín, et le spectacle « Dos voces para un baile » de Javier Barón. Si la guitare soliste s’est vue réduite à la portion congrue (avec, tout de même, deux valeureux récitals de Rafael Rodríguez « El Cabeza » et d’Antonio Soto), le toque d’accompagnement pour le cante aura par contre souvent brillé, notamment avec Juan Ramón Caro, Antonio Cortés Dani Méndez, Chicuelo, Moraíto, et Antonio Moya. La diversité de la programmation nous aura offert un panorama complet du flamenco de ce début de XXI siècle, des grosses machines chorégraphiques au flamenco familial, en passant par le tablao de qualité et le concert intimiste.

Nous ne pouvons prendre congé sans remercier une fois de plus, pour leur accueil chaleureux et attentionné, tous les membres de l’équipe du Théâtre de Nîmes et du Festival Flamenco : François Noël, Patrick Bellito, Marine Amelin, Sophie Noël, Elyse-Marie Cabasson, Houria Marguerite, Antoine Chosson, Adèle Brouard, Edith Bornancin, Anouk Landy, Aïcha Yousfi, Geneviève Dumas, Sandy Korzekwa..

L’ambiance de chaude convivialité de ces deux semaines, palpable en coulisse comme dans les salles de spectacle, chez les artistes comme chez les spectateurs, leur doit évidemment beaucoup. La réussite et la qualité du festival sont largement redevables à leur travail et à leur dévouement.

La fête continuera l’an prochain, camino del trigésimo aniversario. Faites provision de RTT pour ne pas la manquer !





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