Israel Galván : "El Amor Brujo"

lundi 14 octobre 2019 par Nicolas Villodre

Biennale Charleroi Danse - Charleroi, Les Ecuries, 19 octobre 2019

Charleroi, Les Ecuries, 9 octobre 2019

Photo : Nicolas Villodre

Israel Galván : El Amor Brujo

Mise en scène et scénographie : Israel Galván

Musique : Manuel de Falla et Alejandro Rojas-Marcos

Danse : Israel Galván et Eduarda de los Reyes

Chant : David Lagos

Piano : Alejandro Rojas-Marcos

Annie Bozzini a eu la bonne idée de présenter, en première belge, pour ne pas dire flamande (flamenca), le 9 octobre 2019, dans le cadre de la biennale Charleroi Danse, la version d’Israel Galván du ballet-pantomime de Manuel de Falla, "El Amor Brujo", créé en 1915 par Pastora Imperio, chorégraphié, dix ans plus tard, par Antonia Mercé, dansé par Vicente Escudero, dès lors repris sans cesse, par La Argentinita, Mariemma, Antonio Gades ou, plus près de nous, Thierry Malandain.

Le spectacle a déjà commencé lorsque nous accédons à la Salle des Écuries, à une petite trotte de Jolly Jumper de la Tour Bleue de Jean Nouvel, autrement dit de l’Hôtel de Police local. Deux notes de musique sont diffusées en boucle tandis qu’une créature androgyne, de blond emperruquée, dissimulant ses mirettes derrière des lunettes de starlette, reste impassible, assise sur une des deux chaises disposées sur le plateau. Sous une cape sombre, le personnage porte une chemise blanche au col amidonné en partie recouverte par un large corset noir lacé. Autant d’éléments qui renforcent la raideur de la coquette. Une jupe-pantalon fendue dévoile un collant sombre et des santiags. À l’arrière, côté jardin, un piano droit, les entrailles à l’air, attend un temps son instrumentiste. Des micros à ras de terre destinés à sonoriser les frappes de bottines sur le plancher délimitent l’aire d’un jeu qui tarde à s’animer.

Photo : Charleroi Danse

La diffusion de fumigènes en même temps que l’extinction des feux innécessaires – ceux illuminant la salle ou le public – joue le rôle d’un tulle sur lequel sont projetés deux éventails maousses. Le signal est donné. Des cris perçants, humains ou surnaturels, émanant d’une supersonique soprane ou obtenus par un moyen de synthèse, s’accordent tant bien que mal au leitmotiv en répons les ayant précédés. Le tout contribue à plomber l’ambiance. Israel Galván, puisque c’est de lui qu’il s’agit, finalement, dansote en position assise une bonne demi-heure, collé ou aimanté à sa chaise métallique. Alejandro Rojas-Marcos, pianiste elliptique, fait son entrée et joue sa partie ou partition, à partir, apprendrons-nous à l’issue de la représentation, des pages non retenues par Manuel de Falla dans la version définitive de son œuvre - soit que l’arrangement de Rojas-Marcos ait été délivré en mode "free style", soit que l’avant-gardisme même de ces mesures ait fait hésiter le compositeur gaditan qui a préféré, en définitive, pencher vers le folklorisme du Groupe des Cinq (on pense au "Vol du bourdon", l’interlude de Rimski-Korsakov pour son opéra "Le Conte du tsar Saltan" - 1900) et le dynamisme rythmique de Stravinsky, plutôt que vers le dodécaphonisme. Ceci étant dit, il est possible qu’à son tour Maurice Ravel se soit inspiré de l’indolence orientale de la "Danse du Feu" de Manuel de Falla pour son fameux Boléro (1928). À l’instar de la musique, la danse de Galván, comme il fallait s’y attendre, est dysnarrative, ou très vaguement allusive – avec les cris mentionnés ; la féminité affichée pouvant éventuellement rappeler que l’amour sorcier est celui d’une protagoniste entendant des voix d’outre-tombe ; l’abstraction ou sans-façon d’ensemble.

Le mundillo du flamenco traditionnel et celui de la danse contemporaine se réconcilieront à l’arrivée du cantaor David Lagos, qui mixe live sa voix à celle, féminine, d’un 78 tours sans âge, puis se livre à une performance a capella ou presque – en contrepoint avec le piano préparé de son collègue de bureau Rojas-Marcos, puis de la vielle dont il est fait usage comme pour signifier le retour aux sources. Il va sans dire que Galván est là à son meilleur, dans la vingtaine de minutes du finale où il alterne trouvailles scénographiques en simulant le semeur de pois chiches sur scène ou en dansant et jouant avec l’ancêtre du synthétiseur, l’instrument breveté par Lev Sergueïevitch Termen. C’est par le thérémine qu’il termine.

Nicolas Villodre





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