Flamencoweb de vacaciones (studieuses) por la Axarquía

Ríogordo, Cómpeta, Málaga

samedi 19 août 2017 par Claude Worms

Antonia Contreras, Argentina, Soleá Morente, Alfredo Tejada et Antonio Nieto.

Nichés au cœur des montagnes de l’Axarquía, Ríogordo et Cómpeta sont deux des jolis villages dont le climat exceptionnellement clément produit des centenaires à ne plus savoir qu’en faire. Comme à Benagalbón, Torrox, Casabermeja, Colmenar, El Borge, Almáchar, Comares, Moclinejo, Benamargosa, Canillas de Aceituno, Alcaucín..., il y fait d’autant plus bon vivre que les activités culturelles y sont étonnamment nombreuses. Le flamenco tient naturellement une place de choix dans l’agenda musical de l’année, les peñas locales programmant régulièrement des conférences et des concerts, dont le point culminant est le festival annuel lié en général - autant joindre l’agréable à l’agréable - à une fête célébrant le folklore (verdiales) et les spécialités agricoles et culinaires locaux (migas, ajo blanco, figues, amandes, olives, raisins secs, vins...).

Pour sa XXXVI édition, le festival Río del Cante (Ríogordo) présentait le 14 août 2017 un programme pléthorique : le groupe Diquela al baile ; Chaparro de Málaga et Antonio Cáceres al toque ; Niño Chaparro, Raúl Montesinos, Antonio Nieto et Alfredo Tejada al cante.

Oublions rapidement la prestation de Diquela (rondeñas, alegrías et cantiñas, tangos, bulerías por soleá) dont les meilleurs moments (la chorégraphie traditionnelle des alegrías, avec silencio, castellana et escobillas) rappelaient les spectacles des tablaos de la Costa del Sol des années 1970. Niño Chaparro nous présenta un programme ambitieux – trop malheureusement pour l’état actuel de sa technique vocale, comme de sa connaissance du répertoire. Les tangos (extremeños, La Pirula et La Repompa, Niña de los Peines) et les bulerías (cortas de Jerez, Antonio Mairena, La Perla de Cádiz) passèrent "sin pena ni gloria", ce qui ne fut pas le cas des malagueñas (El Mellizo et Diego el Perote) et de la rondeña, totalement désarticulées par manque de contrôle du souffle et passablement retouchées mélodiquement (ambitus vocal insuffisant). Les soleares étaient plus assurées, notamment les deux dernières - La Serneta ("Por el hablar de la gente…") et le cante de cierre de Paquirri. Après une brève interruption provoquée par quelques gouttes de pluie, Niño Chaparro s’avisa malencontreusement de revenir sur scène pour les fandangos qu’il nous avait promis avant l’averse : beaucoup trop (neuf !), et beaucoup trop difficiles (Manolo Caracol, El Chocolate, Rafael Farina, Antonio de la Calzá, Manuel Torres…), malgré toute la fougue et la bonne volonté d’un jeune cantaor qui a encore tout le temps nécessaire pour apprendre son métier.

Les coïncidences des choix de cantes par les artistes à l’affiche d’un même festival sont parfois cruelles. Antonio Nieto commença son récital par une leçon magistrale de cante por malagueña, en l’occurrence à nouveau celle de Diego el Perote ("Que yo sigo con mi pena…") suivie par une rondeña et un cante abandolao de Juan Breva d’anthologie. Le cantaor unit à la perfection vocale d’un Calixto Sánchez ou d’un Luis de Córdoba (longueur de souffle, intonation impeccable et même tessiture de ténor) une vigueur rythmique sans doute apprise de Fosforito, dont il reprit d’ailleurs la version historique de la "malagueña antigua" de Juan Breva ("Decir bien la malagueña es cosa de dura prueba…").

A cette qualité vocale exceptionnelle, Antonio Nieto allie une rigueur musicale peu commune, qu’il démontra par la construction quasi mathématique des soleares : six modèles mélodiques strictement puisés dans le répertoire assigné à Alcalá, groupés par paires de tension croissante, le dernier tercio du premier cante de chaque groupe étant lié sur le souffle au premier tercio du second.

Il nous restait encore trois longues séries de cantes d’égale qualité à écouter : tientos et tangos ; fandangos de Alosno (coda spectaculaire avec la difficile composition d’Antonio Abad) ; et surtout des cantiñas de Córdoba, pour une fois sans interférences d’autres variétés de cantiñas, commencées par la version de José Moreno Rodríguez "Onofre" ("Cuando pases el arroyo de los ladrones…") et conclues par la seconde partie modulant vers la tonalité mineure homonyme – le tout d’une musicalité rare, avec juste ce qu’il y faut de virtuosité vocale sans les excès auxquels se livrent trop souvent les chanteurs "à voix" dans ce contexte. Ajoutons enfin que l’accompagnement impeccable d’Antonio Cáceres acheva de nous combler, avec de surcroît des falsetas brillantes qui nous ont rappelé par instants le style de Manuel Silveria. Inutile d’ajouter que nous vous recommandons sans réserve son deuxième enregistrement, intitulé "Perla de Sefarad" (La Droguería Music - LDM015A, 2017).

On nous pardonnera d’être également dithyrambique à propos d’Alfredo Tejada, dont nous avons déjà eu l’occasion de souligner le grand talent dans un récent article sur l’histoire du cante à Grenade (Cantaor(a)es granadin(a)os) – les soleares que nous vous proposions en "Galerie sonore", extraites de son premier CD ("Directo" : Ambar - AMB1510, 2015), auront sans doute suffit à vous convaincre. Le Concours de La Unión vient de nous donner raison en lui décernant non seulement la "Lámpara Minera" 2017, mais encore les premiers prix de mineras, cartageneras, soleá et farruca. Peut-être pour varier le programme de la soirée (beaucoup de malagueñas), ou pour se reposer lui-même de longs mois de travail et d’étude des cantes mineros, il avait choisi de baser l’intégralité de son récital sur des palos a compás, en quatre longues suites : cantiñas, soleares por bulería, tientos et tangos et bulerías.

Nous ne nous livrerons pas ici à une analyse détaillée des quatre pièces, tant les interprétations du cantaor sont régulièrement d’une qualité musicale et d’une originalité hors pair. A partir de temples si savamment ouvragés et développés qu’ils pourraient à eux seuls avoir valeur de cantes, Alfredo Tejada déploie à tout coup des moyens vocaux apparemment illimités (intonation infaillible, large ambitus, longueur de souffle et puissance) pour nous surprendre et nous émouvoir par des moyens strictement musicaux – pour le répertoire de cette soirée, essentiellement rythmiques et dynamiques : messa di voce, contrastes entre de longue notes tenues et de brefs "passages" (au sens baroque du terme) staccato, codas sforzando (là ou tant d’artistes moins maîtres de leur technique achèvent comme ils peuvent, plus ou moins époumonés)… Surtout, il fait preuve d’un sens de l’improvisation rythmique digne des meilleurs jazzmen, qui nous a parfois rappelé, malgré la différence de leurs styles respectifs, l’art d’El Lebrijano : la comparaison entre les versions des cantiñas (alegrías classiques, dont le redoutable "El cielo se me nubló" en coda, extraits des mirabrás et des cantiñas de Córdoba – la partie en mode majeur) et des soleares por bulería (début sur le classique de Tomás Pavón, "El día que me eches de menos…", développement "por Jerez" et cambio de Carapiera pour la coda) de ce récital avec celles du disque démontrent de ce point de vue une étonnante faculté de renouvellement permanent.

Les tientos et tangos (extremeños façon Porrina de Badajoz, de Pastora Pavón, de Triana et de Granada – del camino) et les bulerías, pour l’essentiel dans le style de Lebrija et Utrera (annoncé par une brillante variation sur le temple caractéristique d’El Lebrijano), s’avérèrent tout aussi enthousiasmants – réussir à renouveler totalement des compositions aussi ressassées que les bulerías d’Antonia Pozo ou les romances por bulería par les seuls moyens du placement du texte, des notes clés des modèles mélodiques et des "ayes" intercalaires n’est pas à la portée de n’importe qui.

Paradoxalement plutôt mal à l’aise en duo avec son fils, Chaparro de Málaga, par la solidité de son jeu, la puissance et la limpidité de son toucher et des falsetas "a cuerda pelá" spectaculaires ("por Morón" dans les bulerías, "por El Perchel" dans les tangos…) était un partenaire idéal pour le cantaor.

Alfredo Tejada est certes un grand cantaor, mais c’est surtout un grand musicien, pour le moment modestement soucieux de maîtriser, à sa manière évidemment, le répertoire traditionnel. Cela dit, il a d’ores et déjà toutes les qualités requises pour devenir un véritable créateur – Grenade tient peut-être avec lui un successeur crédible d’Enrique Morente. Nous attendons donc avec d’autant plus d’intérêt son deuxième enregistrement, en cours de gestation.

Raúl Montesinos, "Lámpara Minera" 2004, est un très estimable cantaor de la lignée de ses grands aînés de La Puebla de Cazalla (José Menese, Diego Clavel, Miguel Vargas…). Nous avons jeté l’éponge avant son entrée en scène… à quatre heures du matin, et nous espérons qu’il ne nous en tiendra pas rigueur. Quand les festivals andalous se décideront-ils enfin à commencer à l’heure annoncée, ne serait-ce que par respect pour le public et surtout pour les artistes ? Encore faut-il d’ailleurs que l’horaire soit annoncé : à Ríogordo, après une enquête serrée, nous avons fini par apprendre que ce serait sans doute "vers 23h" - les festivités commencèrent en fait à minuit (très) passé.

Claude Worms

La XLII édition de la "Noche del Vino" de Cómpeta associait comme de coutume des festivités protocolaires et folkloriques d’usage purement local à un spectacle de flamenco : un plato combinado franchement copieux, avec "pregón", discours précédant chaque remise de distinction honorifique, démonstrations de verdiales et présentations aussi approximatives que redondantes pour occuper le temps nécessaire aux changements de dispositifs scéniques et autres balances subséquentes, avec des résultats sonores incertains. La soirée commença donc à 23h (et non à 22h comme annoncé), et, pour sa partie flamenca, à minuit et demi.

Une charmante place située au sommet du bourg accueillait les artistes et le public. Un décor enchanteur certes, mais cerné de toute part par les terrasses bondées de restaurants où l’on parlait surtout anglais et allemand, ce qui en soi ne serait pas répréhensible si les touristes n’étaient venus là en masse pour festoyer bruyamment plutôt que pour écouter de la musique. Les competeñ(a)os, relégués dans des bars aux tarifs plus abordables, ou debout tout autour de la place Almijara, entendaient bien eux aussi célébrer dignement l’événement. C’est donc dans un brouhaha indescriptible, rythmé par le compás des verres et des canettes (et de quelques tentatives de palmas destempladas), que nous avons tenté de "disfrutar del cante" comme nous y encourageait le présentateur – espérons qu’une start-up providentielle inventera un jour prochain des boules Quies directionnelles. Pour l’heure, la minorité aficionada du public dut s’efforcer avec courage d’écouter tant bien que mal les artistes. Exercer dignement la profession de musicien de flamenco suppose un travail, une énergie et une concentration qui mériteraient au minimum le respect des organisateurs, et non ce traitement indigne qui reste malheureusement fréquent dans les festivals de l’été andalou, sans que personne ne semble s’en émouvoir outre mesure. Dans ces conditions il est compréhensible, mais bien désolant, que les artistes préfèrent souvent se produire sous d’autres latitudes.

C’est donc dans une indifférence quasi générale, hormis les spectateurs mélomanes qui se pressaient aux premiers rangs, qu’Antonia Contreras ("Lámpara Minera" 2016 - La Unión est décidément une grande pourvoyeuse de talents pour les festivals malaguènes) et Juan Ramón Caro déployèrent vaillamment des trésors de délicatesse musicale, à commencer par une anthologie de soleares (Alcalá, Utrera, Cádiz et Triana) au cours de laquelle la cantaora se livra à de brillantes paraphrases mélodiques dignes d’Enrique Morente. Elle nous convia ensuite à une évocation de la genèse de la malagueña, en trois parties : verdiales sur le tempo d’enfer des airs à danser vernaculaires, rondeña sur le rythme abandolao que lui ont imprimé les flamencos (tempo medium) et enfin malagueña de La Trini, ad lib. naturellement. Une idée originale, à rebours des interprétations habituelles (malagueñas, puis coda par un ou plusieurs cantes abandolaos) menée de main de maître par le duo (belles transitions fluides de tempo à tempo par le guitariste) comme pour l’album "La voz vivida" (La Voz del Flamenco – LVF 1077, 2017. La voz vivida).

Par un procédé identique, la suite de tangos s’acheva rallentando par une version d’une composition d’Enrique Morente (extraits de "Lenguaje de las flores" de García Lorca : "Abierta estaba la rosa…"), sur un contrechant en trémolo de Juan Ramón Caro. Comme pour les soleares, Antonia Contreras avait auparavant parcouru de manière exemplaire la quasi totalité du répertoire de ce palo, commençant par le romance "Mañana de San Juan" mis en musique por tango par El Lebrijano, suivi de cantes de de Pastora Pavón, de Málaga (La pirula et La Repompa) et de Granada (del camino, comme la veille à Ríogordo). Le récital s’acheva sur de magnifiques fandangos, et non des moindres : Manuel Vallejo, El Gloria, José Rebollo et "grande" de Alosno. Tant de courage, de talent et d’entrega finirent heureusement par emporter l’adhésion du public - ¡Menos mal ! ¡Gracias !

Argentina et son quatuor (El Bolita, guitare / Los Mellis, chœurs et palmas / José Carrasco, percussions) ont à l’évidence toutes les armes nécessaires pour s’imposer à un public rétif, en dépit de circonstances contraires. Mené à un train d’enfer, le show ne laisse aucune place à l’improvisation : entrées des chœurs et des palmas, breaks de percussions, changements brusques de tempo (cf. ci-dessous), codas échevelées en forme de joutes parfaitement synchronisées voix / picado, avec arrêts abrupts sur image… tout est réglé au millimètre près pour un maximum d’efficacité, mais sans démagogie. On peut naturellement ne pas partager cette conception du flamenco qui ne laisse guère de place à l’inspiration du moment (ce n’est pas notre cas, nos goûts nous portant plutôt vers l’éclectisme, de Pepe Marchena à Agujetas), mais force est de constater que la formule fonctionne parfaitement et parvient à imposer une musique de grande qualité et un répertoire flamenco sans concessions, portés par des musiciens virtuoses et par la voix et l’énergie exceptionnelles d’Argentina.

On en jugera par la densité du programme et la diversité des palos puisés pour l’essentiel dans les albums "Un viaje por el Cante" (Un viaje por el Cante), "Sinergia" (Rosevil - RSV 12000, 2014) et le récent et très recommandable "La vida del artista" (Sony Music - 889 854 356 22, 2017) - d’abord des romances del Puerto, l’introduction et la coda ad lib. et a cappella encadrant des strophes por bulería ; puis des guajiras très énergiques, au antipodes de la lecture intimiste mais tout aussi délectable du duo Contreras / Caro, sur un riff en power chords de Bolita qu’on jurerait extrait d’une composition de son groupe instrumental, Ultra High Flamenco (UHF 2010). Après des tangos originaux, de tendance "grandína" pour les mélodies avec larges sauts d’intervalles, la suite canonique liviana / serrana / cambio de María Borrico fut l’un des sommets du récital – canonique quant à sa construction, mais non quant à sa réalisation, avec pour la première fois dans ce récital un changement brutal de tempo intervenant de manière inattendue dans la seconde partie de la serrana (liviana et début de la serrana très lents, la suite très rapide, quasi por bulería). Après une très respectueuse version d’une malagueña de Chacón ("De aquella campana triste…"), la rondeña et surtout la jabera étaient animés par les mêmes contrastes de tempo, parfaitement négociés.

Mais Argentina sait aussi chanter sobrement et de manière strictement traditionnelle, et le démontra par une suite de siguiriyas grandioses : El Nitri / El Marrurro / cabal de Silverio a cappella ("Si el querer que yo te tengo…"). Enfin, deux remates imparables pour une faena sans temps morts : d’abord des cantiñas - El Pinini /Camarón ("Pueblos de la tierra mía…") / Pastora Pavón ("A donde van los colegiales…") / Romero el Tito ("Baluarte invencible, Isla de León…") ; puis, comme l’on pouvait s’y attendre, des bulerías, avec au passage quelques citations de La Perla de Cádiz et de Lole y Manuel ("Todo es de color…") et un cuplé façon El Chaqueta pour terminer en beauté ("María de las Mercedes").

Comme à Ríogordo, nous avons déclaré forfait après le récital d’Argentina, et nous avons donc manqué le baile de Saray Cortés et Antonio de Verónica. Il n’était que 3h30, pero ya vamos por viejos.

Claude Worms

Du 12 au 19 août 2017, le flamenco est l’un des protagonistes musicaux de la Feria de Málaga, avec des concerts gratuits chaque jour à 13h30 à la Peña Juan Breva (dans le centre-ville piétonnier) et à 23h à la Caseta Municipal del Flamenco y la Copla, au Real de Feria situé hors les murs (près du Palais des Congrès et du Campus Universitaire) – les mêmes artistes, en général locaux, y sont à l’affiche. Nous avons tenté vainement d’écouter Luis Perdiguero à la Peña Juan Breva : "aforo agotado", ce qui est compréhensible et heureux pour le cantaor, mais n’empêche pas de déplorer un accueil acerbe, tendant vers le franchement irascible, peu conforme aux traditions de courtoisie chaleureuse des malagueños.

La Feria diurne propose sur la plupart des places du centre-ville des concerts de rock, blues, jazz, verdiales, sevillanas, pasodobles, voire de chanson napolitaine… pour tous les âges et tous les goûts. Les nôtres nous ont conduit le 15 août Plaza Uncibay, où se produisait Soleá Morente, pour l’un de ces concerts impensables en France, mais pas en Andalousie : imaginez une artiste de ce renom, avec son groupe, sur une modeste estrade installée à l’ombre d’un arbre, sans le moindre service d’ordre, et un public nombreux et conquis d’avance à quelques centimètres des musiciens… Cela semble aller de soi à Málaga, et le récital se déroula sans le moindre problème dans une ambiance d’amicale convivialité, comme en famille.

Une heure et demi durant, Soleá Morente nous chanta tous les titres de son premier album ("Tendrá que haber un camino", El Volcán Música – 888 751 568, 2015) et quelques "bonus" : un programme à forte teneur pop-rock (compositions de Soleá elle-même, qui s’accompagne à l’occasion avec une guitare douze cordes, et d’Ana Fernández-Villaverde et David Rodríguez), non sans les deux adaptations de Leonard Cohen chères à son père ("Dama errante", alias "Winter Lady" et "Esta no es manera de decir Adiós", alias "Hey, that’s no way to say goodbye"). Pour le flamenco, en versions grunges, des tangos personnels ("Solos tú y yo"), les uniques sevillanas enregistrées naguère par son père en Autriche pour un album de la bailaora Nina Corti ("Están bailando"), des fandangos de Huelva traditionnels et une version très personnelle et émouvante dédiée à son oncle, le guitariste Montoyita, d’ une granaína de Chacón ("Eso nunca lo dire…"), avec une ornementation diabolique estampillée "de la casa Morente". Le concert avait d’ailleurs commencé par une reprise de "Yo escucho los cantos" ("tangos de Morente" extraits de l’album "Despegando", 1977) augmentée de quelques extraits de "A la hora de la muerte" (autres "tangos de Morente", de l’album "Se hace camino al andar", 1975). Entendre trois générations (au moins) de malagueños entonner joyeusement et en chœur les fameux estribillos d’Enrique est en soi un spectacle réjouissant et un touchant hommage à un compositeur qui aura su comme personne allier l’exigence musicale à une veine authentiquement populaire.

Le groupe Los Evangelistas (guitare électro-acoustique "aflamencada", guitare électrique, basse et batterie – les musiciens nous pardonneront de ne pas connaître leurs noms) sonne, selon le contexte, comme une variante andalouse de Nirvana ou comme le Pata Negra de la grande époque – celui qui accompagnait Kiko Veneno et enregistra "Guitarras callejeras", les approximations en moins - exactement ce qui convient au chant de Soleá Morente, entre énergies rock et flamenca. Comme le public, nous en redemandons.

Claude Worms





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