"Voces flamencas de Andalucía"

Antología por provincias del cante flamenco

lundi 2 juillet 2012 par Claude Worms

8 CD + un livret (espagnol) de 187 pages

Production : Fundación Unicaja

Prix : 18 euros + frais de port (vous avez bien lu...)

Une "nouveauté discographique" plus toute jeune, puisqu’ elle date de 2001... Mais nous ne l’ avons découverte que très récemment, par hasard, en flânant à la Feria del Libro de Málaga. Compte tenu de l’ intérêt exceptionnel de l’ objet, nous tenons à vous faire profiter de l’ aubaine.

Encore une anthologie de cante flamenco ?! Oui, mais... Le titre, "Voces flamencas de Andalucía", résume bien le propos, plus original qu’ il n’ y paraît. Les huit CDs offrent en effet un panorama exhaustif des vocalités flamencas, de Juan Valderrama ou Pepe Marchena à Manuel Agujetas ou El Borrico. Surtout, on ne saurait trop féliciter Agustín Molina Morales, Gabriel Olea Barbarán et Manuel Ríos Ruíz pour leur sélection aussi variée qu’ irréprochable.

Le programme de l’ anthologie est construit sur une répartition des artistes par province (les huit provinces andalouses), en fonction de leur lieu de naissance - c’ est ainsi que El Chocolate, sévillan d’ adoption (et par une bonne part de son répertoire de prédilection), apparaît dans le disque consacré à Jerez, où il est né en 1931. Trois provinces sont représentées en un seul CD (Almería, Granada et Jaen - volume 1), ce qui est un peu regrettable mais permet de consacrer deux CDs aux centres majeurs que sont les provinces de Cádiz (Cádiz et los Puertos, et Jerez - respectivement, volumes 2 et 5) et de Séville (la capitale et les localités de sa province - respectivement, volumes 8 et 7). Ce volume 7 est d’ ailleurs à lui seul une anthologie dans l’ anthologie : Mairena (Antonio Mairena, Manuel Mairena et Calixto Sánchez)), Alcalá (Bernardo el de los Lobitos), Marchena (Pepe Marchena), Utrera (Fernanda de Utrera et Curro de Utrera), Lebrija (El Lebrijano, Curro Malena et El Choza), Aznalcollar (Pepe Aznalcollar), La Puebla de Cazalla (José Menese, Diego Clavel et La Niña de La Puebla), Dos Hermanas (Juan Talega) et Morón de la Frontera (Joselero).

Petite liste éloquente qui vous donnera une idée de la richesse de cette anthologie. Chaque disque contenant 16 plages, et chaque cantaor(a) n’ apparaissant qu’ une fois, ce sont au total 128 "voces flamencas" réparties sur 40 formes du répertoire traditionnel qui vous sont offertes - le tout sur une période couvrant l’ ensemble du XX siècle, de 1909 (un Garrotín par Manuel Escacena - sauf erreur de notre part, le plus ancien des enregistrements sélectonnés) à la nouvelle vague des années 1980 / 1990 (El Pele, Julian Estrada, David Pino, La Macanita, Remedios Amaya...). Cette diversité des époques et des styles vocaux, qui rend l’ écoute de l’ ensemble particulièrement agréable, est sans doute due au fait qu’ une quinzaine de labels discographiques et d’ entités diverses (Confederación Andaluza de Peñas Flamencas, Exsmo. Ayuntamiento de Jerez, Obra Social de Caja Sur...) ont accepté de collaborer à l’ entreprise, alors que pour la plupart des anthologies de ce type, le fond de catalogue d’ une seule firme, ou les seuls enregistrement tombés dans le domaine public, sont en général utilisés.

La tâche des maîtres d’ oeuvre n’ en était que plus ardue. Ils auront parfaitement réussi à concilier diverses exigences qui auraient pu s’ avérer contradictoires : chaque artiste est programmé pour un cante dont il est le créateur supposé, ou le spécialiste incontesté, mais on a veillé tout aussi soigneusement à la diversité des formes et à leur adéquation avec la zone géographique concernée. Sans entrer dans une liste exhaustive, traçons quelques lignes directrices :

_ Les enregistrements historiques du premier tiers du XX siècle : Cayetano Muriel (Córdoba) ; José Rebollo et Antonio Rengel (Huelva) ; Antonio Chacón, Juan Mojama, Manuel Torres, José Cepero et El Gloria (Jerez) ; Juan Breva, El Cojo de Málaga, El Pena Hijo et La Repompa - cette dernière enregistrée dans les années 1950 (Málaga) ; La Niña de la Puebla, Manuel Vallejo, Pastora Pavón "Niña de los Peines", Pepe Pinto, Tomás Pavón, Manuel Escacena et El Carbonerillo (Séville)...

_ Les "passeurs", à qui nous devons la transmission et / ou la reconstruction du répertoire traditionnel : Juan Valderrama et Rafael Romero (Jaén) ; Manuel Ávila (Grenade) ; Aurelio Sellés, Pericón de Cádiz, Manolo Vargas, Jarrito, Chano Lobato, Antonio El Chaqueta, La Perla de Cádiz, El Beni de Cádiz et El Flecha de Cádiz (Cádiz) ; Paco Isidro (Huelva) ; El Sernita et El Borrico (Jerez) ; Ángel de Alora et Diego El Perote (Málaga) ; Antonio Mairena, Bernardo el de los Lobitos, Pepe Marchena, Juan Talega, Joselero, Pepe de la Matrona, Manolo Caracol et Pepe El Culata (Séville)...

_ Les grands noms de l’ "âge d’ or des festivals andalous" - années 1970 - 1980 : Gabriel Moreno, Carmen Linares et Rosario López (Jaén) ; Alfredo Arrebola, Enrique Morente et El Polaco (Grenade) ; José Sorroche (Almería) ; Rancapino, Juan Villar, Pansequito, Chiquetete, Mariana Cornejo, Camarón de La Isla et María Vargas (Cádiz) ; Fosforito, Antonio Ranchal, Luis de Córdoba, Chaparro et Curro Lucena (Córdoba) ; Los Hermanos Toronjo (Huelva) ; El Sordera, Terremoto, Agujetas, La Paquera, El Chocolate, Manuel Moneo, El Torta et José Mercé (Jerez) ; Juan Casillas (Málaga) ; Fernanda de Utrera, Curro de Utrera, Calixto Sánchez, El Lebrijano, José Menese, Diego Clavel, Curro Malena, José de La Tomasa, Aurora Vargas, Lole et Juana la del Revuelo (Séville)...

_ Enfin, et peut-être surtout, des maîtres locaux dont la notoriété a rarement dépassé les limites d’ une aire géographique restreinte, mais qui sont souvent les dépositaires ou les créateurs de styles d’ autant plus précieux que rares. Régulièrement ignorés par les anthologies courantes, leurs enregistrements ne sont en général que parcimonieusement distribués hors des circuits des peñas (nous avons privilégié ces enregistrements pour notre "Galerie sonore"). Une raison de plus de ne pas manquer cette anthologie : Joselete de Linares (Jaén) ; Carrete (Almería) ; Juanillo el Gitano et Guzmán Alvea (Grenade) ; Ricardo "Onofre", El Guerra, Pepe Lora et Pedro Lavado (Córdoba) ; El Raya, María Dolores Jerez, Cerrejón, José María de Lepe, Simón Ponce, María José Vázquez, Santiago, María Isabel Ballesteros, Pepe Perejil et Placido González (Huelva) ; Juan Villodres, Niño de Alora, Niño de las Moras, Antonio de Canillas, El Tiriri, Pepe de Campillos, Juan de la Loma et Niño de Vélez (Málaga) ; El Choza et Antonio el Arenero (Séville)...

Le copieux livret (Manuel Ríos Ruiz) propose un exposé de l’ histoire du flamenco, point trop novateur (on n’ échappera ni à Juvénal, ni à Zyriab, ni à Tío Luis el de La Juliana, ni à la chronologie rituelle des "Cafés Cantantes" - âge d’ or naturellement -, de "la Ópera flamenca", de la "Nouvelle époque à partir de le revalorisation" et de l’ ère de l’ "expérimentation"), mais utile au néophyte de bonne volonté - ce qui est à l’ évidence son propos. On y trouve surtout trois chapitres plus directement opérationnels : un glossaire des termes techniques du vocabulaire flamenco, une brève biographie de tous les cantaore(a)s sélectionnés et un tableau synthétique des cantes par CD.

En fonction de ses goûts personnels, chacun pourra regretter l’ absence (ou la présence) de tel ou tel artiste. Dans le volume consacré à Séville, nous aurions par exemple volontiers troqué Aurora Vargas et Remedios Amaya contre Naranjito de Triana et Luis Caballero (n’ y voyez pas la moindre trace de misogynie...). Mais cette anthologie constituera une initiation idéale pour les non connaisseurs, et les plus chevronnés des afionados y trouveront sans doute quelques enregistrements délectables qu’ ils ne connaissaient pas. Bien que ma discothèque ne soit pas trop indigente, j’ y ai entre autres découvert une extraordinaire série de Siguiriyas par El Polaco, cédée par la Confederación Andaluza de Peñas Flamencas (¡ Gracias !), nettement supérieure à tout ce que j’ avais entendu de ce cantaor (sur disque en tout cas).

Nous avons trop rarement l’ occasion de dire du bien des banques (espagnoles ou autres) pour bouder celle-ci. Leur mécénat artistique, beaucoup plus intense en Espagne que chez nous, est surtout consacré aux arts plastiques (expositions gratuites, édition de catalogues...). Mais il oeuvre aussi souvent en faveur de la diffusion de la musique, et quelquefois du flamenco, essentiellement par le financement de spectacles, festivals, concours ou enregistrements. Grâce soit donc rendue à la Fundación Unicaja, qui nous offre quasiment ce précieux coffret, puisque son prix est de... 18 euros. Pour vous le procurer (vous ne le regretterez pas, surtout à ce prix) il vous suffira d’ aller sur le site de sa librairie virtuelle (www.libreriaunicaja.es). En bas et à gauche de la page d’ accueil, cliquez sur le menu déroulant "categoría" et sélectionnez "CD" ; entrez le titre "Voces flamencas de Andalucía" dans l’ onglet "Título", puis cliquez sur "buscar". Le tour est joué...

Librería Unicaja

Claude Worms

Galerie sonore

Juanillo el Gitano : Soleares - guitare : M. Martín Liñan (extrait du volume 1 - enregistrement original : Big Bang Producciones Discográficas)

Joselete de Linares : Tarantas de Linares - guitare : Paco Serrano (extrait du volume 1 - enregistrement original : Big Bang Producciones Discográficas)

María Isabel Ballesteros : Fandangos de Zalamea - guitares : Rafael López et Lázaro Cancela (extrait du volume 4 - enregistrement original : Nota Alta S.L.)

Diego El Perote : Malagueñas perotas - guitare : A. Vargas (extrait du volume 5 - enregistrement original : Emi Odeón S.A.)


Soleares
Tarantas de Linares
Fandangos de Zalamea
Malagueñas perotas




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