Hommage à Luis Torres Cádiz "Joselero de Morón" (1910 - 1985)

jeudi 2 septembre 2010 par Claude Worms

Luis Torres Cádiz "Joselero de Morón" est né le 23 janvier 1910 à La Puebla de Cazalla, mais appartient de plein droit au patrimoine flamenco de Morón de la Frontera, où sa famille s’ est installée alors qu’ il était encore enfant. La quarante troizième édition du traditionnel festival ("Gazpacho andaluz") de la ville a donc commémoré le 31 juillet dernier le centenaire de sa naissance.

"Joselero" était le surnom de son frère aîné, qui tenta une éphémère carrière de cantaor : plus connu comme "Niño de la Puebla", il partagea quelques affiches avec El Cojo de Málaga, La Niña de los Peines, ou José Cepero. Mais il devint rapidement commerçant, et Luis le seconda comme vendeur ambulant dans les rues de Morón et des bourgades voisines, un métier qu’ il n’ abandonna jamais complètement. Il doit ses premiers "leçons" à son frère aîné et à leur mère, mais c’ est sa rencontre avec Diego del Gastor qui s’ avérera décisive pour son orientation artistique : il se marie avec Amparo, une soeur de Diego, et partagera avec lui l’ aventure de la Finca Espartero de Don. E . Pohren (cf : notre "Hommage à Diego del Gastor" dans cette même rubrique). De cette union, naîtront trois artistes importants : la bailaora Niña Amparo, le cantaor Paco Torres "El Andorrano", et surtout le guitariste Diego de Morón. Même s’ il avait tenté sporadiquement quelques incursions dans la Séville flamenca de l’ après Guerre Civile (notamment en compagnie de Tomás Pavón), Joselero ne mènera une véritable carrière (semi) professionnelle qu ’ à partir des années 1960, dans le sillage de Diego del Gastor. Encore ses apparitions publiques se limiteront-elles pour l’ essentiel aux alentours immédiats de Morón et Séville (peñas et festivals), et s’ espaceront singulièrement après le décès de son beau-frère en 1973.

Avec Diego del Gastor

La discographie (cf : ci-dessous) de Joselero correspond à la même période. Après une importante participation à l’ "Archivo del cante flamenco" dirigée par José Manuel Caballero Bonald et distribuée par le label Vergara (six LPs - 1968), il enregistre trois albums pour Movieplay / Gong (1975 et 1978), accompagné par son fils Diego de Morón, et à l’ initiative du producteur Gonzalo García Pelayo. Ajoutons à cette maigre discographie officielle un enregistrement live réalisée à la salle Zeleste de Barcelone en 1975, et publiée l’ année suivante (Zeleste / Edigsa).

Comme d’ autres cantaores semi-professionnels enregistrés sur le tard pendant cette décennie 1970 (La Piriñaca, Juan Talega, Manolito el de María...), Joselero nous a transmis un répertoire certes limité, mais a sauvé de l’ oubli des tournures idiomatiques étroitement liées à son entourage immédiat : dans son cas, des cantes des Sierras de Ronda et de Grazalema, apportés à Morón par les parents de Diego del Gastor, Barbara Torres et Juan Amaya. Ses Soleares sont particulièrement remarquables de ce point de vue : parfois sous-titrées "Soleares de la Sierra de Grazalema", attribuées par Joselero à Juan Amaya (confirmation par une exclamation de Diego del Gastor dans la version de l’ Archivo - cf : "Galerie sonore", Soleá n° 1), elles sont en tout cas incontestablement apparentées au style de Triana. Très précieuses aussi : ses interprétations des Tangos "canasteros" de Marchena, et des Alboreás (chants du rituel des noces gitanes : Joselero en enregistra pour l’ Archivo la deuxième version connue, après celle de Rafael Romero pour l’ anthologie Ducretet-Thomson de 1954). Ses autres cantes de prédilection semblent avoir été, à en juger par ses enregistrements et ses récitals, la Siguiriya (essentiellement des styles de Jerez), les Bulerías (style proche de celui d’ Utrera), les Alegrías et Cantiñas del Pinini, et la Malagueña (cantes d’ El Mellizo surtout).

Il est d’ usage de souligner les limites vocales du cantaor, le plus souvent d’ ailleurs pour s’ en féliciter : elles seraient, selon certains "flamencologues", un gage d’ "authenticité"... S’ il est vrai que les prestations en public de Joselero pouvaient être de qualité irrégulière, par manque de recours techniques en cas de difficultés, il n’ en reste pas moins qu’ il nous a laissé quelques interprétations de haut niveau : un registre grave de toute beauté (chose rare chez les cantaores), une diction claire et respectueuse des letras, et surtout une palette de mélismes très personnels, sortes d’ hybrides des systèmes d’ ornementation de Cádiz et d’ Utrera, en plus amples, et toujours parfaitement intégrés au dessin mélodique.

LETRAS

Soleares

"Me "juegan" consejo de guerra

Si me ven hablar contigo

Primita, en Puerta Tierra"

"En aquella primera "chosilla"

Estaban Perrengue y el Cuervo

Miracielo y Maravilla"

"Yo te estoy queriendo a tí

Con la misma violencia

Que lleva el ferrocarril"

"Tras de la cruz de la iglesia

Alta fatiga tiene

Vestida de negro luto

El que no logra su gusto"

"La calle Nueva

Se ha alborotado

Porque el Pinini

Se ha emborrachado"

Tangos

"La Virgen va caminando,

Va caminando solita

Y no lleva más compañía

Que el Niño en la barriguita"

" Yo soy morenita y "probe"

Más morena es la canela

Y la comen los Señores"

"Déjate de tonterías :

Que " ha pasaíto" por mi vera

Y no "m ’ ha endiñao" los buenos días"

" Las campanas de Carmona

Como tienen buen sonido

Así tiene tu persona"

"Me meto por los rincones.

Como a mí no me contesta

La confundo a maldiciones"

"Párate, Manuel,

Que a mi "farda" le falta el freno

De la maquina de coser"

Avec Diego del Gastor

Alboreás

"En un prado verde

Tendí mi pañuelo

Salieron tres rosas

Como tres luceros"

""Alevanta" y no duermas más

Que por la mañanita tendrá lugar"

"Dónde está el padre de la novia

Que ya su hija salió con victoria"

"Mi caballo moro

Me ha "pisaíto" un pie.

Dicen las mocitas

Aguardiente en él"

"Yo me divierto

Regando las flores

Que tiene mi huerto"

DISCOGRAPHIE

LPs

Avec Diego del Gastor :

"Archivo del cante flamenco" : Vergara 13 001- SJ à 13 006 - SJ (1968)

On attend toujours la réédition en CD de ces témoignages inestimables. Scandaleux ! (¡Que verguenza !).

Des prises non retenues pour l’ Archivo ont été éditées postérieurement dans une collection d’ anthologies par formes. La Soleá n°2 de la galerie sonore est extraite du LP "Antología de las Soleares (3)" (Ariola 85.421 - N, 1971)

Avec Diego de Morón :

"A Diego - Vol. 1" : Movieplay / Gong S - 32.711 (1975)

"A Diego - Vol. 2" : Movieplay / Gong S - 32.712 (1975)

"Luis Torres "Joselero"" : Zeleste / Edigsa UM 2031 (1976)

"Todos mis hijos" : Movieplay / Gong 13.0853 / 7 (1978)

CDs

Avec Diego de Morón

"A Diego" : collection "Cultura Jonda - Vol. 20" - Fonomusic (1997). Un florilège des deux LPs Movieplay / Gong de 1975

"Luis Torres "Joselero"" : PDI (1994). Réédition du LP Zeleste / Edigsa

Claude Worms

Galerie sonore

Intégrale des enregistrements de Joselero pour l’ "Archivo del cante flamenco", augmentée d’ une autre prise de Soleares éditée ultérieurement (Soleares n° 2).

Guitare : Diego del Gastor

Siguiriyas (Curro Dulce / Diego el Marrurro) et Toná

Soleares de Triana

Tangos

Alboreás

Cantiña del Pinini

Soleares (n°2)


Siguiriyas
Soleares de Triana
Tangos
Alboreás
Cantiña de "El Pinini"
Soleares (n° 2)




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