Chely "La Torito" : "Mamzelle Flamenka"

mercredi 23 janvier 2013 par Maguy Naïmi

Ecole maternelle Paul Marcelin (Nîmes) - jeudi 17 janvier 2013

En marge du Festival de Flamenco de Nîmes, se déroulait une expérience pédagogique intéressante. Une jeune danseuse nîmoise, Chely "La Torito", présentait aux élèves de maternelle un spectacle interactif intitulé "Mamzelle Flamenka". Nous avons eu l’ occasion d’ assister, avec Houria Marguerite et les photographes René Robert, Jean-Louis Duzert et Joss Rodríguez (Flamenco Events) à une séance organisée pour les enfants de moyenne section (4 ans) de l’ école maternelle Paul Marcelin, dans la ZUP Nord de Nîmes – un spectacle d’ une demi-heure suivi d’ un atelier. Visiblement, sans que Chély donne la moindre explication, les enfants ont beaucoup appris et compris, au cours d’ un récit en forme de conte musical et chorégraphique (une ballerine rêve qu’ elle devient une bailaora), par le contact direct avec l’ expression du corps, la danse et la musique – sans concessions : Soleá, Martinete, Alegrías, Bulerías… et une berceuse napolitaine chantée par la mère de l’ artiste. La magie des couleurs des multiples costumes de scène, et la découverte des accessoires flamencos (chaussures, châles, éventails, peignes, boucles d’ oreilles...) contenus dans une valise aux trésors marquaient les changements de chapitre du récit, et maintenaient en éveil l’ attention des enfants. Nous avons voulu en savoir plus…

ENTRETIEN AVEC CHELY "LA TORITO"

Chely évoque d’ abord pour nous ses expériences de sensibilisation d’ élèves plus âgés de ZEP : comment elle a essayé de leur donner confiance, de leur montrer que l’ on peut arriver a faire ce que l’ on aime même si l’ on vient d’ une famille issue de l’ émigration, de leur inculquer le respect des différentes communautés, comme on le lui avait appris lorsqu’ elle était enfant. Elle livre aux élèves sa propre expérience, elle qui est née au sein d’ une famille d’ origine sicilienne émigrée en Tunisie. Le nom de sa mère, Torrito, n’ est pas si éloigné du surnom qu’ un gitan lui avait donné en la voyant danser - "mira a esta niña que parece un torito bailando" -, allusion évidente à la fougue de l’ enfant qu’ elle était alors. Elle a joué sur les mots et a adopté ce surnom "Torito", rendant ainsi un hommage à sa grand-mère.

Elle évoque pour nous sa formation classique : elle a suivi pendant des années les cours extrêmement formateurs, mais en même temps si contraignants pour une enfant, de ballet classique. Chely était en fait déjà attirée par le flamenco (ambiance nîmoise oblige) et voulait suivre des cours a la Casa de España. Mais lorsqu’ elle demande à sa mère de l’ inscrire, celle-ci lui répond, en toute bonne foi, que les cours sont réservés aux enfants espagnols. Chely finit par ranger ses pointes, les cours de danse classique étant par trop sévères, bien qu’ elle avoue devoir "une fière chandelle à sa prof de l’ époque". C’ est grâce aux quatre heures de cours de danse par semaine qu’ elle s’ est ouverte au monde extérieur, qu’ elle s’ est mise à communiquer, à jouer à la poupée comme les autres enfants.

Photo : Sandy Korzekwa

Elle remonte encore plus loin dans son enfance pour nous confier que lorsqu’ elle était petite, elle ne parlait pas, ne jouait pas avec les autres enfants. Cela explique sans doute ce que nous avons ressenti en assistant à son intervention en maternelle. Chely communique bien avec les petits car elle n’ a pas vraiment besoin de parler, l’ expression se fait surtout par le corps. Les enfants sont mis en confiance car elle reste à leur niveau, assise sur le sol, le visage à leur hauteur. Toutes les valises qu’ elle ouvre sont sous leur nez et ils plongent, tout comme elle, à la découverte des différents trésors qu’ elles contiennent. La complicité est évidente - nul besoin de parler fort ou de pérorer. Cheli est tout près d’ eux et semble leur confier un secret.

Elle a été sollicitée par le théâtre de Nîmes (plus précisément par Edith Bornançin qui avait sans doute entendu parler de son travail en ZEP), lorsque Laura Vital a présenté dans le cadre du festival son spectacle "Flamenco land". En partant de sa propre expérience (elle ne comprenait pas ce que chantaient les flamencos quand elle était petite, mais elle captait l’ émotion), elle a essayé de transmettre aux enfants cette dimension du flamenco. En leur montrant les différentes photos des chanteurs et danseurs, elle essayait de leur faire dire ce qu’ ils ressentaient, ce que les artistes exprimaient par leur corps ou l’ expression de leur visage.

Lorsque Chely a commencé cette expérience d’ animation en crèche (la Crèche Suzanne Crémieux, à Nîmes), avant ses animations en maternelle, elle venait d’ avoir un enfant, et elle nous confie que "Mamzelle Flamenka" est dédié à son petit garçon et à son père. Son bébé, qui souffrait et pleurait beaucoup, réussissait à se calmer et à oublier sa douleur grâce au bruit et au balancement de l’ éventail qu’ elle ouvrait et fermait pour le faire rire. Lorsque ce petit bébé flamenco est allé mieux, c’ est le père de Chely qui est tombé malade. Durant les longues heures d’ attente à l’hôpital, celle-ci consignait dans son carnet toutes les valeurs qu’ elle voulait transmettre aux enfants. Elle voulait que les enfants parviennent au flamenco comme elle y était arrivée, c’ est-à-dire sans explications formalistes. C’ est sans doute la raison pour laquelle elle tient à ce que ses interventions en maternelle ne soient pas précédées par un travail préparatoire des enseignant(e)s.

Afin de nous aider à comprendre sa démarche, elle revient donc sur son enfance et sur un épisode important dans sa formation : il manquait une petite danseuse dans une association taurine, et on a demandé à sa mère si elle voulait bien l’ y envoyer. Chely, qui avait raccroché ses chaussons, était libre. Elle y est restée quatre ans durant lesquels elle a dansé des Sévillanes et des Rumbas. Elle a eu du mal à les quitter car elle se sentait bien avec eux, et a donc appris le flamenco surtout en regardant les gitans danser. Ce qui lui plaisait, c’ était la liberté de ces corps petits ou grands, maigres ou gros, jeunes ou vieux, non formatés (comme c’ est le cas pour la danse classique où il faut garder la ligne), et l’ émotion et l’ énergie qu’ ils transmettaient.

On aura compris que Chély travaille beaucoup dans l’ affectif, et c’ est sans doute pourquoi elle a insisté à plusieurs reprises au cours de l’ entretien sur sa gratitude envers les gens qui l’ on aidée, notamment Corinne Savy (ethnomusicologue) et Patrick Bellito (programmateur du Festival Flamenco de Nîmes), ou encore les artistes avec lesquels elle travaille actuellement à un nouveau spectacle pour jeune public, mais cette fois "grand format" (Jeanne Nora Bennouar, danse contemporaine, et Nino García, guitare flamenca). Message transmis…

Maguy Naïmi

Photo : Jean-Louis Duzert





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