2ème Festival Flamenco de Lyon

Du 11 au 13 mai 2012

jeudi 17 mai 2012 par Claude Worms

Soirée du vendredi 11 mai / Salle Molière, Palais de Bondy

On prétend toujours que le deuxième disque (film, roman...) est l’ épreuve de vérité. Le défi aura été brillamment relevé par la deuxième édition du Festival Flamenco de Lyon, qui a définitivement trouvé sa place singulière dans le club très fermé des festivals de flamenco de l’ hexagone, avec une programmation totalement construite sur une collaboration avec les peñas andalouses. Nous aurons ainsi cette année pu apprécier le talent des artistes sélectionnés par la Peña Cultural Flamenca de Jódar (Jaén), la Peña Flamenca Los Amigos del Flamenco d’ Almáchar (Málaga), la Peña Flamenca El Mirabrás de Fernán Nuñez (Córdoba) et la Peña Flamenca La Parra de Huétor Vega (Granada) - les quatre autres provinces andalouses, Almería, Huelva, Sevilla et Cádiz avaient été invitées l’ année dernière.

La salle Molière (et néanmoins art-déco) du Palais de Bondy est toujours aussi accueillante, comme sont chaleureux, passionnés et efficaces l’ équipe de l’ association Flamenco y más et son président, Nicolas Perrin, directeur du festival. Pour qui connaît un peu l’ envers du décor et la somme de travail en amont que suppose une telle entreprise, le dévouement et la disponibilité des organisateurs de ces deux belles soirées de musique (et des multiples activités annexes - animations scolaires, projections, stages, conférences...) apporte la preuve que la passion peut surmonter tous les obstacles.

Les deux peñas du concert auquel nous avons assisté ont délégué pour les représenter de jeunes (parfois très jeunes) artistes remarquablement formés, tant sur le plan de la technique que sur celui du style. Quelques esprits chagrins n’ auront pas manqué de regretter (comme de coutume en pareil cas) un manque supposé de spontanéité et d’ accent du terroir. Nous avouons pour notre part un faible coupable pour la musique et le travail bien faits, dont nous ne voyons pas très bien en quoi ils excluraient la sincérité et la générosité. Car il s’ agit aussi d’ un travail, et la moindre des choses est bien de respecter le public qui se déplace (et paye sa place) en faisant preuve sur scène de conscience professionnelle (même si l’ on est encore un artiste "amateur"). Le moins qu’ on puisse écrire est que les huit protagonistes de la soirée n’ ont pas mesuré leur engagement ni ménagé leurs instruments (cordes - vocales ou de guitare, pieds...), la qualité en sus. Un dernier détail sympathique : parité totale pour les deux peñas : une bailaora, un guitariste, et un couple de cantaore(a)s.

Peña Cultural Flamenca de Jódar

Danse : Cristina Rodríguez

Chant : Belén Vega et Carlos Cruz

Guitare : Juan Ballesteros

Le concert commence on ne peut mieux, mais pas dans la facilité, avec une série de Soleares de Triana (apolás, dont deux versions d’ un cante attribué à José Lorente et popularisé par un enregistrement de Camarón - "El espejo donde te miras...") de belle facture interprétée par Carlos Cruz, dont la voix et le style rappellent par instants Luis de Córdoba. Belén Vega n’ est pas en reste. Un joli timbre de mezzo légèrement voilé pour une Granaína (Antonio Chacón) et une Media Granaína (Manuel Vallejo) d’ une remarquable sobriété : pas d’ allongement intempestif des tercios (sauf naturellement pour la coda de la Media Granaína), articulation des périodes mélodiques sur des reprises de souffle à peine perceptibles et judicieusement placées, mélismes très dessinés...

Nous avons moins apprécié les Tangos de Carlos Cruz, indécis entre Triana et cantes del Piyayo, rythmiquement un peu raides, et trop démonstratifs à notre goût. Sa série de Siguiriyas de Jerez, superbement couronnée par le cambio de Manuel Molina, aura par contre été l’ un des temps forts du concert.

Cristina López a joliment dansé les Siguiriyas, notamment sur le marquage des letras avec le chále, et n’ a pas oublié ses bras dans les deux escobillas efficaces et point trop longues (pour une fois...). L’ ensemble de la chorégraphie était de plus bien servi par la cantaora, qui n’ a pas baissé de qualité sous prétexte qu’ elle chantait "pa’ tras" : Siguiriyas d’ Antonio Cagancho et El Marruro, et cambio de Curro Dulce accelerando pour le final. Les deux artistes ont fait preuve des mêmes qualités pour les Alegrías qui concluaient le spectacle. Nous y avons retrouvé avec plaisir la chorégraphie traditionnelle, que l’ on ne voit plus guère : marquage de la première letra / desplante / silencio / castellana / escobilla / Bulerías de Cádiz.

"Por Tientos", Belén Vega n’ a pas trahi son modèle (de toute évidence, Carmen Linares), et a chanté avec aisance et swing les Tangos (del Albaïcin et extremeños) qui suivirent. Ses Bulerías (commencées ad lib et a capella, sur la mélodie d’ un Tango de La Repompa - autre emprunt à Carmen Linares) ont par contre beaucoup - trop, sacrifié au cuplé, dont l’ inévitable "Al alba, te fuiste al alba".

Juan Ballesteros est un accompagnateur très efficace, et a notamment brillé par quelques falsetas de pulgar originales d’ une grande densité (entre autres, pour les Siguiriyas de Carlos Cruz). C’ est aussi un guitariste cultivé, qui nous a gratifié d’ une véritable anthologie de morceaux choisis : Paco de Lucía, Paco Cortés et Sabicas pour les Soleares ; Vicente Amigo et Paco de Lucía pour la Granaína ; Paco de Lucía encore pour les Tangos et les Bulerías...

Peña Flamenca Los Amigos del Flamenco de Almáchar

Danse : Sandra Cisneros

Chant : Rosario Campos et Eduardo López

Guitare : Rubén Portillo

La peña malaguègne a commencé son spectacle par un montage habile et bien rôdé présentant les quatre artistes dans une série de cantes emblématique de la province, Malagueña et cantes "abandolaos" : émotion intense dès la superbe version d’ une Malagueña de La Trini par Rosario Campos, à laquelle succédèrent un Verdial proche des origines folkloriques, une Rondeña, un cante de Frasquito Yerbabuena et deux cantes de Juan Breva chantés alternativement par la cantaora et par le très jeune, et très prometteur Eduardo López. Sandra Cisneros est entrée en scène sur le premier Verdial, la chorégraphie s’ organisant en séquences contrastées, utilisant successivement la traîne, les castagnettes, le châle... : baile sur le rythme "abandolao" traditionnel pour les cantes, et sur les phrasés rythmiques contemporains, "por Bulería" (le cycle métrique des "abandolaos" est parfaitement compatible avec le "medio-compás" de la Bulería), pour les intermèdes de guitare. Rubén Portillo eût ainsi d’ emblée l’ occasion de démontrer sa virtuosité et son talent de compositeur, aussi à l’ aise dans le toque traditionnel (introduction de la Malagueña) que dans les harmonies contemporaines (intermèdes "por Bulería"). Le guitariste fut d’ ailleurs remarquable tout au long du concert, notamment sur les Cantiñas, les Tangos et la Soleá por Bulería : précision et créativité des phrasés, et harmonisation raffinée des cantes qu’ il a accompagnés.

Les Cantiñas qui suivirent, tout aussi bien menées, ont repris la formule du "mano à mano" entre les deux cantaore(a)s, cette fois sans la danse : intro ad lib sur la mélodie des Alegrías de Córdoba, Alegría "classique", Romera, Cantiña del Contrabandista et "remate" "por Bulería" (Cádiz).

Après un intermède sympathique du président de la peña (Tientos et Tangos d’ Enrique Morente), les choses sérieuses ont repris avec d’ autres Tangos, originaux (cf. ci-dessous "Galerie sonore") - étrangement, pas de Tangos Malagueños - de La Repompa par exemple.

La Vidalita, tant pour le chant que pour la danse, était nettement inspirée du duo Mayte Martín / Belén Maya, ce qui représentait une grosse prise de risque, tant le modèle est insurpassable. Nous avons nettement préféré la Soleá por Bulería, dont la chorégraphie s’ avéra aussi variée que celle des "abandolaos", avec notamment des "desplantes" imaginatifs alternant très rapidement travail des bras et taconeo, et une large gamme de cantes : Jerez (La Moreno), Alcalá (Agustín Talega), Romance et Bulerías de Utrera pour le final.

Fin de fiesta "por Bulería", réunissant sur scène les artistes des deux peñas, et ovations bien méritées du public, venu très nombreux et visiblement enchanté. Que demander de plus ? ... une troisième édition, évidemment !

Claude Worms

Photos : Fabien Del Vecchio

Galerie sonore

La Peña Flamenca los Amigos del Flamenco de Almáchar a produit un double CD ("Almáchar respira flamenco") : 18 cantes dont nous vous proposons deux extraits, des Tangos et les inévitables Verdiales locaux.

Tangos - Chant : Rosario Campos et Eduardo López / Guitare : Rubén Portillo et Arturo Ruiz / Violon : Idi Ido Segal / Percussions : Jhony "El Caeta" / Choeurs : Miguel A. Fernández et Rocío Gómez / Palmas : Sandra Cisneros

Verdiales - Panda de Verdiales de Almáchar


Tangos
Verdiales




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