Argentina : "Un viaje por el cante"

Teatro Cervantes / Málaga / 4 et 5 mai 2012

lundi 14 mai 2012 par Maguy Naïmi

Argentina poursuit une tournée de concerts présentant son troisième enregistrement, qui devrait paraître à la fin du mois de mai. Maguy Naïmi était au Teatro Cervantes lors de la seconde visite de la cantaora à Málaga (le même récital avait déjà été programmé au Teatro Cánovas en avril 2011)

"Un viaje por el cante"

Teatro Cervantes / 4 et 5 mai 2012

Chant : Argentina

Guitare : Eugenio Iglesias et José Quevedo "Bolita"

Palmas : Francisco Suárez "Torombo"

Palmas et choeurs : Los "Mellis"

Percussions : José Carrasco

Programme :

Garrotín et Cantes del Piyayo (dédiés à Chano Lobato) / Serrana / Peteneras / Caña et Polo (dédiés à Rafael Romero) / Malagueñas del Cojo de Málaga et Jabera / Soleares de Triana (Antonio Silva El Portugués) / Tientos et Tangos de Triana (El Titi) / Martinete et Cabal / Cantiñas (El Pinini, Mirabrás) / Milonga (Antonio Chacón) / Bulerías / Fandangos de Huelva

Nous n’ avions jamais eu le plaisir d’ assister à un concert de cette jeune chanteuse de Huelva dont le nom de scène nous transporte au-delà des mers. Argentina nous a régalé d’ un récital non stop de deux heures sans s’ économiser, ni s’autoriser beaucoup d’ interruptions - une seule vraiment significative, pour reprendre son souffle et se changer, tandis que le guitariste jérézan José Quevedo "Bolita" et le percussionniste sévillan José Carrasco exécutaient sur scène un mano à mano virtuose "por Bulería". Dans son voyage à travers le chant, elle a successivement rendu hommage à Chano Lobato et à Rafael Romero, sans oublier à la fin du récital Fernando Terremoto, récemment disparu (les Bulerías intituées "Pasajeros en el tiempo", une letra extraite du disque posthume du cantaor, paru en 2011).

Cette artiste réellement virtuose n’ a pas choisi la facilité. Il faut dire qu’ elle possède toutes les qualités requises pour être une grande cantaora. Force, dynamisme, justesse de l’ intonation... : dans certains cantes particulièrement difficiles à interpréter en terres malaguègnes, elle a allié puissance et souplesse d’ exécution, soulevant l’ enthousiasme d’ un public averti. En remerciement et en toute simplicité, elle nous a expliqué qu’ elle avait eu beaucoup de mal à apprendre et à maîtriser les Malagueñas del Cojo de Málaga, et qu’ elle avait tenu à présenter des cantes malheureusement peu interprétés, sans doute parce que trop périlleux, comme la Jabera dont elle nous a donné une brillante version.

Argentina a pris le public par la main pour le mener à travers le répertoire du cante. Elle a commencé son récital par un Garrotín et des cantes del Piyayo (Málaga oblige) avec, en toile de fond, des photos de ses albums mais également un portrait de Chano Lobato, dont elle a fait un éloge mérité. Son voyage à travers le cante a été non seulement un hommages aux grands artistes qui l’ ont marquée, mais également au chant flamenco lui-même. D’ où le choix d’ un répertoire sans concession, dense et intense. Le périple s’ est poursuivi avec la Serrana (toujours en remerciement à la province qui l’ avait invitée), la Petenera et un couplage de la Caña et du Polo (en hommage à Rafael Romero, redécouvert et admiré par la jeune génération). Nous ne reviendrons pas sur la série de Malagueñas et de cantes "abandolaos" déjà évoquée, sauf pour souligner le rôle prépondérant des deux guitaristes - José Quevedo "Bolita" et le sévillan Eugenio Iglesias qui, sur les "abandolaos", se sont amusés à alterner accompagnement traditionnel (calqués sur les "pandas" de Verdiales de la région) et accompagnement plus contemporain (balancé et posé, évoquant la Bulería). Tout au long du concert, Argentina s’ est reposée sur eux, l’ un ou l’ autre en alternance, ou les deux ensemble en contrepoint, sur ses trois palmeros, Francisco Suárez "Torombo" et Los "Mellis" (qui, comme leur nom l’ indique, se ressemblent comme deux gouttes d’ eau), ainsi que sur le cajón de José Carrasco.

Argentina a ensuite abandonné Málaga et ses cantes pour un détour par Triana et ses Soleares virtuoses (dont le fameux "Candelas del Cielo" d’ Antonio Silva "El Portugués", un cante particulièrement difficile qui nous a été transmis par Manuel Celestino "Cobitos"). Après une série de Tientos et Tangos (entre autres, ceux del Titi) et une courte pause, le parcours nous a mené à Cádiz pour une série de Cantiñas (del Pinini - donc une brève visite à Utrera, Mirabrás...), suivie d’ une Milonga baptisée par Antonio Chacón "Milonga argentina", ce qui a fait sourire la chanteuse et l’ a incitée à l’ incorporer à son répertoire. Le récital s’ est achevé sur les Bulerías en hommage à Fernando Terremoto, avec bien sûr en rappel de merveilleux Fandangos de Huelva, esquisse émouvante d’ un retour vers la terre natale. Fin du voyage...

Un grand moment musical, salué comme il se doit par le public du Teatro Cervantes de Málaga, qui fête dignement ses vingt cinq ans d’ existence.

Maguy Naïmi

Logo : photo Emmanuel Rouzic


Une critique qui augure bien de l’ album "Un viaje por el cante", qui devrait paraître prochainement sous le label LP Producciones (il a été précédé d’ un single, la Bulería "Pasajeros en el tiempo", sorti en mars dernier). D’ autant plus que la plupart des cantes, avec un programme à peu près identique à celui du concert, devraient faire l’ objet d’ un traitement orthodoxe traditionnel (chant / guitare + palmas éventuellement), avec une production de José Quevedo "Bolita" et des arrangements de Joan Albert Amargos, un orfèvre.

Rappelons qu’ à vingt huit ans, Argentina a déjà deux enregistrements à son actif, d’ ailleurs produits par le même "Bolita", qui signe aussi quelques compositions et quelques letras. L’ artiste est fidèle, non seulement à son producteur, mais aussi à ses guitaristes : Manuel Parrilla, Diego del Morao et "Bolita" ont collaboré à ses deux albums, et Eugenio Iglesias l’ accompagne en concert depuis la parution du deuxième (ajoutons Juan Diego pour le premier, et José Antonio Rodríguez pour le deuxième - que du beau monde...) :

_ "Argentina" : CD Al Compás (2006) - le disque a obtenu en 2007 le "Premio Flamenco Hoy de la Crítica Flamenca Nacional", catégorie "Mejor Disco de Cante Revelación"

_ "Las minas de Egipto" : CD Luismi Producciones (2009)

Si Argentina n’ évite pas dans ces deux premiers opus quelques tentatives de "cross over" façon Niña Pastori (d’ ailleurs élégamment mises en scène par la production de "Bolita"), elle y distille également quelques aperçus de ce dont elle est capable quand elle décide de revenir au répertoire traditionnel, de manière à la fois très informée et résolument personnelle. Pour ne citer que quelques exemples, extraits du programme de "Las minas de Egipto", que l’ on pourra se procurer sans trop de difficulté : Malagueña et Media Granaína d’ Antonio Chacón / Fandangos de Huelva / Soleares - dont ces "Minas de Egipto", une création de Rosalia de Triana très peu enregistrée (par la Niña de los Peines et, plus récemment, par Manuel de Paula - "... de azabache" - LP Pasarella PSD - 5020, 1986)

Galerie sonore

Argentina : "X Huelva" (Fandangos de Huelva) - extrait du CD "Las minas de Egipto"


Fandangos de Huelva




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