Lyon : 1er Festival de Peñas Flamencas

14 et 15 mai 2011

lundi 6 juin 2011 par Claude Worms

Ce week-end du mois de mai aura donc été marqué par la naissance d’ un nouveau festival de flamenco dans notre hexagone. Comme nous vous l’ avions annoncé dans un précédent article, l’ objectif était original et ne pouvait manquer de provoquer notre intérêt et notre curiosité : la programmation était entièrement consacrée à des artistes représentant quatre peñas andalouses, d’ Almería et Cádiz le samedi, et de Huelva et Séville le dimanche. Nous n’ avons malheureusement pu assister qu’ aux deux concerts du premier jour : un (trop) bref séjour qui nous aura cependant permis de prendre le pouls du "petit dernier".

Un tel projet ne va pas sans aléas. Comme l’ expliquait Nicolas Perrin (directeur du festival) dans sa présentation, tous les protagonistes étaient amateurs, ou semi professionnels, ou en voie de professionnalisation pour les plus jeunes. Ajoutons que transplanter ce type de flamenco au quotidien sur scène, et très au nord de son "écosystème" socioculturel, n’ est jamais une entreprise aisée. Mais, si la qualité musicale connut ça et là quelques défaillances, tel ne fut pas le cas de l’ enthousiasme et de l’ "entrega" des artistes.

Pedro Torres et Jesús Fernández, Palais de Bondy

La peña El Ciego de la Playa (Huércal de Almería) avait le redoutable honneur d’ ouvrir les débats. Pedro Torres commença logiquement par des Tarantos classiques d’ Almería, qu’ il interpréta avec l’ intensité et la sobriété qui leur convient. Les deux séries de cantes suivantes, Soleares de Triana et Malagueña del Mellizo suivie d’ un cante "abandolao" de Juan Breva, excédaient par contre sensiblement ses capacités vocales, ce qui provoqua quelques problèmes de justesse. Les Soleares, plutôt monotones dans la mesure où le cantaor choisit de répéter à plusieurs reprises la composition d’ El Portugués telle que transmise par Manuel Celestino Cobitos (il existe bien d’ autres Soleares de Triana...) manquaient aussi de précision rythmique : quelques errements dans le compás qui prirent au dépourvu le jeune guitariste, Jesús Fernández. Doué d’ un très joli toucher, ce dernier manque sans doute encore de l’ expérience et de l’ autorité qui permettent de faire face à ce genre de situation. Il faut dire aussi qu’ il dut remplacer au pied levé (et donc, sans doute, avec peu, ou pas, de répétitions) les deux guitaristes, Norberto Torres et El Niño de la Fragua, qui s’ étaient décommandés.

El Titi por Fandangos

Il n’ eut heureusement aucun problème de mise en place ou de phrasé avec Manuel Fernández Fernández "El Titi". Curieusement, ce dernier sembla représenter beaucoup plus Jerez qu’ Almería, tant par le répertoire que par le style vocal. Ses Tientos, suivis d’ un court remate "por Tango", évoquaient irrésistiblement la manière d’ Agujetas (sauf en ce qui concerne le registre d’ El Titi, beaucoup plus aigu que celui de son modèle). Les deux Siguiriyas étaient elles aussi des classiques jérézans ("Siempre por los rincones..." / "Mala suerte es la mía, con quien vine a dar" - réminiscences de Manuel Torres et de La Piriñaca, entre autres). Le cantaor entra vraiment dans le vif du sujet dans la Siguiriya de cambio conclusive, ce qui nous valut ensuite une belle série de Fandangos. Le dernier, devant la scène et sans micro, déchaîna l’ enthousiasme du public. Mais El Titi chante dangereusement : pratiquement uniquement en voix de gorge, sans utiliser une capacité thoracique que l’ on devine pourtant impressionnante. On peut se faire du souci pour la longévité de ses cordes vocales...

Pilar Villar et Victor Rosa

Juan Villar était lui aussi absent. Il fut remplacé par sa fille, Pilar Villar. Nous y avons perdu une rare occasion d’ écouter un cantaor devenu légendaire pour nombre d’ aficionados, mais nous y avons gagné la découverte d’ une artiste de qualité. Tientos - Tangos, Cantes Mineros, et Bulerías : la présence scénique et l’ énergie de la cantaora nous firent oublier la défection de son père, ce qui n’ est pas une mince performance.

La peña Juan Villar (Cádiz) avait aussi délégué à Lyon la cantaora Rosi Gómez. Nous lui devons, à notre avis, le meilleur récital de la soirée, avec un programme pourtant exigeant : Soleares de Cádiz et Lebrija, Tangos extremeños (citations de Camarón incluses), et Fandangos pendant lesquels elle rendit hommage à nouveau à Camarón, mais aussi à Pansequito. Les trois séries de cantes mirent également en valeur, outre un joli timbre de mezzo soprano, la sûreté de sa conduite mélodique et l’ autorité de ses phrasés. Une artiste à suivre.

Victor Rosa s’ acquitta de l’ accompagnement avec une remarquable efficacité : falsetas sobres et incisives, réponses toujours pertinentes, et solidité rythmique à toute épreuve.

Ne manquait plus qu’ une "fin de fiesta" débridée. Manolo Cortés "El Pinto" était incontestablement l’ homme de la situation : avec un abattage scénique et une roublardise (sans intention péjorative de notre part) dignes de Carrete, façon tablao années 1970 - 80, taconeos dévastateurs et poses "toreras" ou humoristiques compris (une tradition qui remonte aux antiques Chuflas), ses Alegrías et ses Bulerías (il chanta au passage quelques "cuplés") mirent le public en délire. Ainsi, la soirée alla crescendo, et, de "source bien informée", nous avons appris que les concerts du dimanche n’ ont pas contredit cette tendance.

Ajoutons enfin que la cordialité et la courtoisie de Nicolas Perrin et de toute l’ équipe de l’ association Flamenco y Más rendent le séjour à Lyon des plus délectables (comme, d’ ailleurs, les dégustations offertes aux spectateurs - inutile de prévoir un restaurant pour dîner...). Avec un peu plus d’ exigence dans le choix des artistes, le Festival de Peñas Flamencas de Lyon trouvera définitivement sa propre personnalité parmi les principales manifestations flamencas françaises : ce sera sans doute le cas l’ année prochaine.

Un dernier mot : le Palais de Bondy, qui accueille le festival, est une jolie salle de concert Arts Décos, de dimensions idéales pour des récitals de cante. Et il est situé à deux pas des quartiers de la Presqu’ ïle (place Bellecour, place des Terreaux, églises Saint-Bonaventure et Saint-Nizier, Hôtel de Ville, Opéra, Musée des Beaux-Arts...) : de belles flâneries en perspective pour l’ année prochaine (le matin, car l’ après midi et le soir, vous serez fort occupés).

Claude Worms

Photos : Festival de Peñas Flamencas de Lyon





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