La décade prodigieuse / 4 : Enrique de Melchor

lundi 8 juin 2009 par Claude Worms

BIOGRAPHIE

Né le 28 avril 1950 à Marchena (Séville), Enrique Jiménez Ramírez "Enrique de Melchor" est le fils de l’ un des grands maîtres historiques de l’ accompagnement du cante, Melchor de Marchena. Malgré l’ avis de son père, qui trouvait la profession trop peu rémunératrice, "Cuchichi" (c’ est à dire moitié gitan, par son père, et moitié "payo", par sa mère) opte pour la guitare et apprend le métier sur le tas, à l’ école traditionnelle du tablao ("Los Canasteros", établissement madrilène de Manolo Caracol), et de l’ accompagnement du baile (notamment dans la troupe d’ Antonio, avec Chano Lobato et El Sernita au cante, et Melchor de Marchena et Curro de Jerez à la guitare). A la fin des années 1960, il rencontre Paco de Lucía (sa deuxième grande référence), qui l’ engage pour une série de concerts en France et en Allemagne (il participera à l’ enregistrement de "Recital de guitarra de Paco de Lucía" - 1971. Cf : notre précédent article). En 1972, il travaille à nouveau dans un tablao, cette fois le "Torre Bermeja" (Madrid), avec Camarón, Pansequito, le bailaor Manolete...

A partir de ces années 1970, Enrique de Melchor devient l’ un des piliers des festivals andalous, et accompagne à peu près tous les cantaores importants de l’ époque, notamment les partenaires habituels de son père, Antonio Mairena et José Menese. Une liste exhaustive serait interminable : mentionnons, entre autres, El Lebrijano, Fosforito, Naranjito de Triana, Pansequito, Enrique Morente, Carmen Linares, Luis de Córdoba, Carlos Cruz, Vicente Soto, José Mercé... Depuis, il al réalisé une discographie les plus monumentale pour l’ accompagnement du cante, avec plus de deux cent enregistrements à son actif (sans compter une petite centaine de participations à des disques de Sevillanas...). Son attachement au cante traditionnel ne l’ empêche d’ ailleurs pas d’ être réceptif aux tendances contemporaines de "nuevo flamenco" : avec les groupes "Alameda" et "Vuelo blanco", ou encore avec l’ ex- Ketama Ray Heredia ("Quien no corre, vuela"), à qui il dédiera la Rondeña "Desnudando el alma" (de l’ album "Cuchichi").

Parallèlement, et sans tapage médiatique intempestif, Enrique de Melchor a construit l’ une des oeuvres solistes les plus consistantes de ces dernières décennies, avec à ce jour sept enregistrements : "La guitarra flamenca de Enrique de Melchor" (1977) ; "Sugerencias" (1983) ; "Bajo la luna" ( 1988) ; "La noche y el día" (1991) ; "Cuchichi" (1992) ; "Arco de las rosas" (1998) ; et "Raiz flamenca" (2005).

LE STYLE D’ ENRIQUE DE MELCHOR

Le premier album solo reste très marqué par le style de Paco de Lucía, tant sur le plan harmonique que rythmique. Le choix des modes est cependant nettement différent. Alors qu’ à l’ époque, Paco développe son langage harmonique essentiellement à partir du "toque por medio" (mode flamenco de La), Enrique de Melchor privilégie le "toque por arriba" (mode flamenco de Mi) et "por Taranta" (mode flamenco de Fa#) : les deux Bulerías sont composées sur ces modes ("Solera", " por Taranta" ; "Camino de Utrera", "por arriba"). Le programme du disque comporte également une Soleá, "Bata de cola" (qui restera l’ une des formes de prédilection du compositeur), et une Serrana, "Fantasia" (Paco de Lucía n’ a jamais enregistré la Serrana), toutes deux "por arriba". Dans les albums postérieurs, Enrique de Melchor composera de remarquables Fandangos de Huelva "por arriba". Sauf pour la Siguiriya, rares seront par contre ses compositions notables "por medio".

A partir de "Sugerencias", Enrique de Melchor trouve définitivement son style. D’ une part, tous ses albums proposeront quelques titres en groupe (sur le modèle du sextet de Paco, avec basse, percussions, flûte, et éventuellement cante). Surtout, son jeu en solo combinera de façon harmonieuse des références au toque traditionnel, et des éléments harmoniques plus contemporains, identiques à ceux des premiers disques de Paco (fréquence des cadences intermédiaires, avec accords de passage de septième, de neuvième, ou de treizème ; substitution des accords des deuxième et troisième degrés du mode flamenco par leurs relatifs mineurs, accords altérés...). On pourra le vérifier dans la transcription de la Granaína jointe à cet article :

_ Insistance sur l’ accord de Am (7), substitué à l’ accord de C (deuxième degré du mode "por Granaína"), ce qui rappelle immanquablement le "Reflejo de luna" de Paco : page 4, premier système ; page 10, dernier système...

_ Cadences intermédiaires V - I sur le deuxième degré (G7 - C), avec accords de passage enrichis : G7b13 - C/G - page 1, dernier système ; D79/A - G - page 11, premier système. Les trois accords successifs de la fin de ce système sont d’ ailleurs très caractéristiques de ces procédés. L’ accord de G est altéré (G5b), et agit comme accord de passage, non vers l’ accord de C (cadence intermédiaire V - I), mais vers son relatif mineur, Am7 : D79/A - G5b - Am7.

Du point de vue de l’ interprétation, on notera enfin qu’ Enrique Melchor a largement assimilé le style de son père : une sonorité très incisive et flamenca (même s’ il joue sur une guitare "negra" - en palissandre), des notes sèchement étouffées ("apagado") suivies de silences expressifs, un usage subtil du rubato...

Tout cela explique sans doute qu’ Enrique de Melchor soit également apprécié par les amateurs de "modernité", et par les traditionnalistes purs et durs.

Claude Worms

DISCOGRAPHIE

Accompagnement du cante

Difficile de choisir dans une multitude d’ enregistrements, souvent de grande qualité. On pourra se procurer en priorité les albums avec José Menese. Si vous devez vous contenter d’ un seul, le live "José Menese en El Albéniz" est une belle démonstration de la complicité des deux artistes.

Solo

"Guitarras gitanas" : collection "Grabaciones históricas, vol. 6" - Universal 0601215346329 (réédition du premier LP, couplée avec un enregistrement de Melchor de Marchena)

"Bajo la luna" : GEMA / BIEM 0630 15591 2

"La noche y el día" : Fonomusic CD - 1079

"Cuchichi" : Fonomusic CD - 1171

"Arco de las rosas" : Fonomusic CD - 8113

"Raiz flamenca" : GEMA / BIEM 5046760732

PARTITIONS

"Herencia gitana" : Editions Affédis (avec CD)

"La guitarra flamenca de Enrique de Melchor" : Editions Encuentro Productions (avec DVD)

TRANSCRIPTION

"A mi padre Melchor" (Granaína)

JPG - 450.7 ko
Granaína / page 1

JPG - 425.5 ko
Granaína / page 2

JPG - 450.3 ko
Granaína / page 3

JPG - 421.4 ko
Granaína / page 4

JPG - 434 ko
Granaína / page 5

JPG - 450.2 ko
Granaína / page 6

JPG - 427.2 ko
Granaína / page 7

JPG - 426.3 ko
Granaína / page 8

JPG - 412.1 ko
Granaína / page 9

JPG - 421.5 ko
Granaína / page 10

JPG - 436.2 ko
Granaína / page 11

JPG - 224.9 ko
Granaína / page 12

GALERIE SONORE

Enrique de Melchor : "A mi padre Melchor" (extrait du LP "Sugerencias", 1983)


"A mi padre Melchor" / Granaína




Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | visites : 7885336

Site réalisé avec SPIP 1.9.1 + ALTERNATIVES

RSSfr

Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par WebAnalytics